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À Berlin, l’écosystème crypto cherche un second souffle

À Berlin, l’écosystème crypto cherche un second souffle

À Berlin, l’écosystème crypto cherche un second souffle

Considérée comme l’un des berceaux européens de la crypto, la capitale allemande a quelque peu perdu du terrain ces dernières années. Elle mise sur son pôle de développeurs et sa culture “fintech” pour revenir sur le devant de la scène.

“Installe-toi, les boissons sont là, ça va commencer d’ici quelques minutes !”

Pas le temps de traîner ce vendredi après-midi sur le palier du troisième étage de la “Build Station” de Berlin. L’immeuble grouille de monde. Après des semaines de travail, les participants au hackathon organisé sur place par les équipes du protocole Solana vont présenter leurs nouveaux produits et innovations.

L’ambiance est festive. Entre musique techno et bruit de décapsuleurs 🍻, les derniers start-uppers peaufinent leur présentation, jusqu’à l’intervention de “Chris”, le maître des horloges.

“Allez, c’est fini, on y va, passons au moment que vous attendez tous, les pitchs !”

Survêtement jaune flashy, Chris est le responsable de SuperTeam Deutschland, l'équipe de développement de Solana en Allemagne (financée par la fondation Solana). “Nous avons le meilleur écosystème”, glisse-t-il avec un grand sourire.

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Une dizaine de projets doivent se produire cet après-midi enneigé. Il y a de tout : des applications de finance décentralisée, des collections de NFTs, des portefeuilles (non custodial), etc.

Chacun a une dizaine de minutes sur scène, avec une séquence de questions réponses.

Les projets s’enchaînent.

À part celui de Daniel Kelleher (en photo en dessous), Sunrise Stake, qui propose un système dans la ReFi, pour “regenerative finance”, en lien avec le climat, les projets ne sont pas renversants.

Ça se sent d’ailleurs un peu dans la salle.

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Daniel Kelleher (Sunrise Stake)

“Pas d’autres questions ? Vous êtes sûrs ?”, tente Chris sur scène pour essayer de garder l’attention de la petite centaine de personnes présentes sur place. “Okkkk, je vous demande un tonnerre d’applaudissements pour Daniel.” Ce sera quelques (gros) applaudissements.

À mesure que les présentations s’enchaînent, l’attention baisse inexorablement, jusqu’à l’apéro où, là, tout le monde se réveille. 😅

“Ce genre d’événement est important, les gens sont ensemble, ils se voient, ils travaillent, mais il n’en sort jamais rien d’extraordinaire”, reconnaît Dan, une bière à la main. “C’est d’ailleurs un peu le problème” ajoute-t-il.

Ce constat est fait par d’autres participants sur place. “Il y a beaucoup d’énergie, c’est super, mais combien de ces projets vont vraiment émerger”, s’interroge Tilo, qui travaille sur une collection de NFTs basée sur Solana. “Honnêtement ? Je pense qu’il n’y en aura pas beaucoup.”

Difficile de lui donner tort, tant certains projets peuvent paraître gadget…

Un écosystème qui se cherche

Cette ambiance mitigée, entre euphorie et réalisme, est un peu à l’image de l’écosystème berlinois que The Big Whale a découvert pendant plusieurs jours (ce n’est qu’un premier voyage).

Comme dans la plupart des grandes villes européennes, il y a beaucoup d’initiatives, des projets qui se lancent (il y a plus de 100 start-up Web3 rien qu’à Berlin), mais on sent comme une légère désillusion, et pas à cause du Bear Market qui a plombé les marchés.

Pour comprendre ce sentiment, qu’on ne ressent pas à Neuchâtel, Paris ou Londres (lire notre reportage 👋), il faut revenir un peu en arrière et à ce que Berlin représentait il y a encore quelques années dans la crypto.

Car si certains l’ont oublié, la capitale allemande est le berceau de plusieurs projets incontournables, comme Ethereum, qui est aujourd’hui la deuxième plus importante blockchain de la planète. Une vraie fierté pour l’écosystème local.

“Berlin est une ville un peu à part dans l’univers crypto. Il y a une culture et une histoire différentes”, explique Barnabé Monnot, qui travaille pour la fondation Ethereum et vit à Berlin depuis près de deux ans.

“La grande majorité des gens qui travaillent ici sont plus des développeurs que des spécialistes du business. Nous avons moins cette culture marketing”, ajoute-t-il. Un euphémisme.

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Avec Barnabé Monnot (Fondation Ethereum)

À Berlin, il ne faut effectivement pas s’attendre à voir des entreprises crypto connues, avec des figures bien identifiées. “Ici, ce n’est pas comme à Paris où vous avez des Ledger et des Sorare qui sont des stars”, confirme Jonathan Nute, l’un des cofondateurs du fonds d’investissement W3Fund qui a investi dans une dizaine de projets crypto (Pile, Senken, Spirals, etc.).

L’écosystème est moins structuré et plus éclaté. “La dynamique vient des protocoles, pas des entreprises, donc il y a des sortes de chapelles. Vous êtes d’une communauté ou d’une autre”, explique Jonathan Nute.

Une partie de l’équipe de la fondation Ethereum, qui est totalement décentralisée, est basée à Berlin. À l’heure où nous écrivons ces lignes, nous n’avons toujours pas pu visiter leur bureau 😅. “C’est un peu le bazar, et on aime bien travailler tranquillement, à l’abri des regards”, nous explique un membre de l’équipe.

Selon la légende, les bureaux de Berlin auraient toujours le matelas sur lequel Vitalik Buterin, le cofondateur d’Ethereum, aurait dormi pendant des mois en 2016… Sacrée relique !

Ethereum n’est pas le seul protocole à avoir été développé à Berlin. C’est aussi le cas en partie de Polkadot, Cosmos ou justement Solana qui dispose d’importantes équipes sur place et organise de nombreux événements, comme le hackathon cité plus haut, pour tenter de faire monter des projets.

Mais quels sont les projets qui se distinguent aujourd’hui à Berlin ?

“Il n’y en a pas tant que ça”, explique Paul Bramas, responsable “écosystème” de Kyve, une solution décentralisée de stockage des données des blockchains. La société basée à Berlin a levé 9 millions de dollars en 2022 et fait partie des projets à suivre.

La plupart des sociétés Web3 allemandes, comme Bison, sont plus tournées vers Munich, Cologne ou Stuttgart où il y a cette approche business. “Francfort est la ville où on retrouve pas mal de projets liés à la finance décentralisée”, explique Jonathan Nute.

Miser sur la Tech

De fait, la grande force de Berlin se situe sur la Tech.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les fonds présents sur place, comme Greenfield One, misent beaucoup dessus. “C’est important d’avoir des applications dans le Web3, mais il faut aussi créer des fondations solides, et cela passe par les protocoles”, explique un membre du fonds, qui a levé un véhicule de 160 millions de dollars en 2021 et qui a investi dans les protocoles Near et 1Inch.

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Jonathan Nute (W3Fund)

Certains à Berlin pensent que le centre de gravité de l’écosystème européen pourrait progressivement revenir vers la capitale allemande. Au moins en partie.

“Avec le Bear market, il y a moins d’argent et on revient aux fondamentaux du secteur, c’est-à-dire aux protocoles et à la technologie qui est un point fort de Berlin”, explique Paul Bramas.

“Les projets sans trop d’intérêt ne sont pas financés”, ajoute Jonathan Nute, qui compte aussi sur l’arrivée de plusieurs acteurs de poids de l’économie traditionnelle pour “faire le pont” au moment où les marchés vont repartir.Berlin peut ainsi compter sur l’arrivée de certains acteurs de poids dans l’écosystème Web3.

C’est notamment le cas de N26 et Trade Republic. “Les cryptomonnaies sont devenues un sujet incontournable pour nos clients”, explique Thanasis Noulas, responsable data et ingénierie de l’application d’investissement allemande Trade Republic (retrouver son interview en dessous).

Suffisant pour lui donner un second souffle ? C'est ce qu'espèrent certains.

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