Ethereum prépare sa grande mue “écolo”
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C’est un des principaux chantiers à venir dans l’univers des cryptomonnaies. Cet été, la blockchain Ethereum, qui est la 2ème plus importante en termes de capitalisation (238 milliards de dollars), va migrer vers un système censé être beaucoup plus économe en énergie, comme l’a annoncé il y a quelques jours son fondateur, Vitálik Buterin. Un bouleversement qui tombe à pic, alors que les critiques au sujet de l’impact environnemental des cryptomonnaies ne cessent de progresser.

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Les cryptomonnaies fonctionnent avec ce que l’on appelle un système de consensus. Depuis sa création en 2015, Ethereum repose sur celui de la “preuve de travail” (proof-of-work), une méthode qui consiste à dépenser de l’énergie (via des calculs informatiques très complexes) pour valider les transactions et protéger le réseau. La plus grosse cryptomonnaie de la planète, Bitcoin, fonctionne aussi avec la preuve de travail.

Aux alentours d’août, Ethereum, qui est notamment connu pour avoir permis l’émergence des NFT (non-fongible tokens), passera à la preuve d’enjeu (proof-of-stake). Ethereum ne fonctionnera plus avec des “mineurs” qui sécurisent le réseau avec leurs ordinateurs ultra-puissants, mais avec des "validateurs". Plutôt que d’utiliser leurs machines énergivores, les validateurs se contenteront d’immobiliser des ethers (la cryptomonnaie d'Ethereum) dans le protocole pour le faire fonctionner. Étant donné que ce processus ne nécessite aucune puissance informatique importante (un simple smartphone suffit), cela contribuera mécaniquement à réduire la dépense énergétique.

“Cet événement revient à changer un moteur diesel en un moteur électrique”, explique Barnabé Monnot, chercheur à la Fondation Ethereum, la structure qui soutient le développement du protocole. “C’est un travail colossal pour les ingénieurs impliqués dans cette étape de développement, il y a énormément d’équipes à coordonner, changer le moteur d’un avion en plein vol est un défi titanesque”, poursuit-il. Car Ethereum ne s’arrêtera pas le temps de faire la modification. La tâche sera d’autant plus compliquée qu’Ethereum est utilisé par des centaines de milliers de personnes autour de la planète…

Doit-on redouter un problème technique lors du moment de vérité ? “Un bug de consensus peut toujours arriver, même si la probabilité est très faible, car nous avons élaboré tous les scénarios possibles et envisagé des plans de secours pour rétablir le fonctionnement”, veut croire Barnabé Monnot.

Ne pas s’attendre à une baisse des frais de transactions

Cette modification aura-t-elle des impacts autres qu’énergétiques ? "C'est uniquement le modèle de consensus qui change, pas le modèle d'exécution", prévient Barnabé Monnot. Tous ceux qui se plaignent régulièrement de la congestion du réseau et de l’envolée des frais de transactions (Ils ont pu atteindre 50 dollars par transaction ces derniers mois) devront donc encore patienter.

Les utilisateurs peuvent toutefois se réjouir. Car après le passage à la preuve d’enjeu, une autre mise à jour d’Ethereum avec l’EIP 4844 devrait rajouter une couche de stockage supplémentaire dans Ethereum, permettant aux “layers 2” (des sous-réseaux qui allègent la chaîne principale) d’envoyer plus de données. Autrement dit, les Arbitrum, Optimism, Loopring, ZkSync et autres StarkNet pourront mécaniquement traiter plus de transactions par seconde avant de les envoyer sur Ethereum.

"Avec l’EIP 4844, on devrait pouvoir multiplier par 10 le nombre de transactions des layers 2, ce qui pourrait nous amener à plus de 1000 transactions par seconde sur l'écosystème Ethereum une fois son implémentation achevée", estime Barnabé Monnot. Actuellement, Ethereum (hors layers 2) ne peut traiter que 13 transactions par seconde.

“Les travaux de recherche ont mis en évidence le fait qu’il fallait davantage amplifier les layers 2 pour améliorer le passage à l’échelle d’Ethereum”, souligne Barnabé Monnot. Il est ainsi probable que les efforts de communauté se concentreront dans les mois à venir sur ces sous-réseaux afin qu’Ethereum devienne “l’ordinateur mondial décentralisé” qu’il ambitionne d’être.


Grégory Raymond

Grégory Raymond est directeur de la recherche et co-fondateur de The Big Whale. Spécialiste de l'intersection entre finance traditionnelle et actifs numériques, il couvre depuis 2017 les enjeux réglementaires, institutionnels et technologiques du secteur pour une audience de décideurs (banques, asset managers, fintechs). Il est également l'auteur de "Bitcoin & Cryptos : L'enjeu du siècle" (Talent Éditions, 2025), un ouvrage structuré autour d'entretiens avec des figures clés de l'écosystème.

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Raphaël Bloch

Raphaël Bloch est CEO et cofondateur de The Big Whale, une plateforme indépendante d’intelligence de marché sur les actifs numériques, destinée aux acteurs des marchés financiers à travers une couverture éditoriale, de la recherche, un briefing hebdomadaire et des événements en présentiel. Il a cofondé The Big Whale en avril 2022. Au sein de la plateforme, il modère et anime des événements institutionnels réunissant banques, asset managers, custodians et fournisseurs d’infrastructure sur des sujets tels que le staking, l’on-chain yield, les stablecoins, le DeFi lending et la tokenisation. Il a modéré des panels lors d’événements organisés en partenariat avec Bitwise, Everstake, Gemini, Morpho, Hexarq, Coinhouse, Delubac, Franklin Templeton et l’Ethereum Foundation, à Londres et à Paris entre fin 2025 et mi-2026.

Avant de fonder The Big Whale, Bloch a travaillé comme journaliste aux Echos de décembre 2016 à mars 2020, puis à L’Express de mars 2020 à mars 2022. Il a également travaillé auparavant chez Reuters. Depuis septembre 2022, il exerce en parallèle le rôle de Business Analyst chez BFM Business. Il couvre le secteur crypto comme journaliste depuis 2016. Il est diplômé d’emlyon et du CFJ.

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