Stani Kulechov (Aave) : “La DeFi va devenir le coeur de la finance”
Publié le
Published on
20/9/2022

Stani Kulechov (Aave) : “La DeFi va devenir le coeur de la finance”

Chute des marchés, avenir de la finance, décentralisation... De passage à Paris pour l'EthCC, le fondateur d'Aave s'est confié à The Big Whale.

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­­👉 L'actu. Le protocole Aave, leader dans le domaine de l'épargne et des prêts décentralisés, était l'une des stars de l'EthCC.

👉 Le contexte. La DeFi profite des récents scandales dans la finance centralisée (Celsius, Three Arrows…).

👉 Pourquoi c'est important. Aave veut devenir l'un des ponts avec la finance traditionnelle.

­­­­­­­Qu’avez-vous pensé de cette édition de l’EthCC ?

La communauté Ethereum ne cesse de se développer, c’est assez impressionnant. Ce que j’aime avec l’EthCC, c’est que les participants sont concentrés sur les applications, leur développement, on parle des projets et très peu des marchés. Cette conférence permet de parler des vrais défis que la communauté doit relever. J’ai participé à plusieurs très bons débats sur ces trois jours, et j’ai vu la keynote de Vitalik Buterin, qui a donné sa vision personnelle des choses et comment il voit Ethereum à long terme.

Justement, comment accueillez-vous The Merge et le développement des Layer 2 (secondes couches) ? L’écosystème Ethereum a l’air bouillant…

Tout ce qui se passe actuellement est très positif. Comme l’a dit Vitalik, les solutions de Layer 2 ont gagné en maturité et c’est un secteur où l’on voit beaucoup d'innovations. Certaines expérimentations sur des Layer 2 sont désormais implémentées sur des Layer 1. Désormais, ce n’est plus forcément la chaîne principale qui a la responsabilité de l’innovation. Un exemple : nous travaillons actuellement sur des projets avec StarkNet ou avec Polygon, que nous utilisons déjà, et qui permet de toucher un nombre plus grand d’utilisateurs grâce à des frais de transaction plus faibles.

Les récents scandales avec Celsius et les autres plateformes de lending ont montré les limites de la “CeFi”, c’est-à-dire la finance centralisée. La finance décentralisée a-t-elle gagné ?

Ce qu’il s’est passé ces dernières semaines est assez simple : des plateformes ont emprunté n’importe comment, et entre elles, des sommes folles. Ca ne pouvait pas durer… Dans la DeFi, vous ne pouvez pas faire ça, les protocoles sont transparents donc vous voyez très vite où sont les maillons faibles.

Aave fait aujourd’hui figure de leader dans la DeFi. Comment expliquez-vous ce succès ?

C’est en partie lié à notre ADN. Depuis le début, nous mettons l’accent sur l’innovation, nous cherchons constamment à améliorer les applications. Nous sommes aussi une communauté très ouverte. Après Ethereum, nous avons travaillé avec Polygon, Avalanche, et d’autres en intégrant à chaque fois de nouveaux services.

Vous avez obtenu une licence de monnaie électronique en 2020. Pour quoi faire ?

Avec cette licence, nous voulons rapprocher la finance décentralisée de la finance traditionnelle, et ainsi toucher un nouveau public. Il y a deux manières d’évangéliser la planète. Soit vous laissez venir les gens à vous, mais cela peut prendre du temps, soit vous allez vers eux, et c’est ce que nous sommes en train de faire. Nous travaillons sur des services de DeFi grand public. Le but est que n’importe quel utilisateur puisse déposer des fonds sur un protocole de DeFi.

Peut-on imaginer une application grand public d’Aave ?

L’adoption est une obsession pour nous. C’est la clé, donc nous travaillons sur la simplification des produits. Après il faut être lucides, le chemin est encore long.

Donc la DeFi va devoir encore attendre longtemps avant de remplacer les banques ?

Oui cela va prendre du temps, parce que les banques ont beaucoup de clients et des interfaces plutôt efficaces. Mais la finance décentralisée est bien plus performante et transparente, donc progressivement les acteurs traditionnels vont s’y mettre. Je suis sûr que la DeFi va devenir le coeur de la finance et les banques une porte d’entrée pour y accéder.

Vous avez très récemment annoncé un projet de stablecoin. En quoi est-il meilleur que les autres ?

Le problème avec les stablecoins surcollatéralisés, c’est que vous ne gagnez rien sur la garantie en cryptomonnaies que vous déposez en échange de l’émission de stablecoins. Avec le stablecoin GHO, votre garantie sera déployée au sein du protocole Aave, ce qui vous permettra de gagner des intérêts dessus (car vos cryptos seront prêtées à d’autres utilisateurs, ndlr). Vous pourrez utiliser l’ensemble de votre portefolio disponible pour émettre des stablecoins.

Vous avez lancé Lens Protocol qui permet de créer des réseaux sociaux décentralisés. Pourquoi est-ce indispensable ?

Comme pour la monnaie, je pense que c’est indispensable que nous soyons souverains sur nos données et notre identité numérique. Aujourd’hui les banques possèdent l’infrastructure financière et les géants comme Facebook possèdent l’infrastructure sociale. Aujourd’hui vous ne pouvez pas vous passer de ces infrastructures. Le but avec Lens est de permettre aux utilisateurs de quitter les plateformes librement en partant avec leurs données.

Quand prévoyez-vous d’ouvrir la plateforme au grand public ?

Très bientôt !

Que pourriez-vous dire à un banquier qui ne comprend pas la DeFi ?

Dans la DeFi, vous avez la propriété de votre argent et vous n’avez pas à passer par un tiers, comme un… banquier. Forcément pour un banquier, c’est compliqué à comprendre ! (rire) Et puis vous pouvez choisir vos services, prendre un prêt chez un tel, faire une opération avec un autre, sans passer par un acteur centralisé.

Que pensez-vous de Morpho ?

Les protocoles comme Morpho sont une excellente chose pour Aave, parce qu’ils permettent d’amener plus de monde dans la DeFi.

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