Euro numérique : lentement, mais sûrement
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Un an après le début de la phase d'expérimentation, la patronne de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a donné plus de détails sur les modalités et le calendrier du projet.

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Pourquoi vous parler de l’euro numérique aujourd'hui ? Parce que le projet continue d’avancer. Hier, la patronne de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a confirmé lors d'une conférence à Paris plusieurs points importants sur le futur "e-euro", et notamment le calendrier. "Nous espérons un lancement en 2026 ou 2027”, a-t-elle expliqué en visioconférence.

L’euro numérique, c’est quoi ?

Quand on entend Christine Lagarde parler d’euro “numérique”, on se demande tout de suite, “pourquoi” ? N’utilise t-on pas tous les jours des euros numériques en payant avec nos cartes bancaires et nos smartphones ? Si, bien sûr, sauf que ces “euros” ne sont que des jeux d’écriture numériques entre les banques et les acteurs du paiement (Visa, Mastercard, etc.).

Lorsque vous payez avec votre carte, vous n’utilisez jamais vraiment un euro, un dollar ou tout autre monnaie. Les billets et les pièces ne bougent pas des coffres.

Là, avec l’euro numérique de la BCE, il s’agirait de créer l’équivalent du cash sous une forme… dématérialisée 💡.

À quoi va ressembler cet euro numérique ?

Après un an de recherche, les grands choix d’architecture du futur euro numérique ne sont pas encore tous arrêtés : s’il semble désormais évident que l’euro numérique sera centralisé, c’est-à-dire émis par la BCE (et donc pas décentralisé), la technologie sous-jacente n’est pas encore connue.

Utilisera-t-il ou pas une blockchain ? La seule certitude sur ce point, c’est qu’il circulera dans des wallets (portefeuilles numériques), indépendamment des autres moyens de paiement.

Un autre point interroge, et a même suscité un début de polémique la semaine dernière : la présence d’Amazon. Le géant américain fait partie des cinq partenaires de la BCE pour la phase de test. Sera-t-il pour autant impliqué directement ? “Ils ne feront que tester l’interface, Amazon va permettre de voir comment un euro numérique pourrait être utilisé au quotidien”, explique Xavier Layvaissière, chercheur spécialiste des cryptomonnaies et auteur d’un rapport sur les monnaies numériques de banques centrales.

Qu’est-ce qui a poussé la BCE à avancer ?

Essentiellement deux choses.

    Le recul de l’usage du cash : même si les pièces et les billets ont toujours la cote, notamment dans certains pays européens comme l’Allemagne et l’Autriche, surtout pour des raisons historiques, leur usage ne cesse de reculer. Selon les derniers chiffres de la BCE - qui datent, certes de 2020 - l’usage du cash dans les commerces est passé sous la barre des 60%, et des chiffres à jour devraient montrer une baisse encore plus importante.Les cryptomonnaies et le projet Libra : “Avec la montée en puissance des cryptomonnaies et le projet de monnaie 2.0 de Facebook (devenu Meta, ndlr), les États se sont rendus compte qu’ils pouvaient perdre la main sur la monnaie au profits de conglomérats privés”, explique la professeure en sciences économiques Joëlle Toledano, membre du Conseil national du numérique. La création d’une monnaie numérique de banque centrale permettrait ainsi de concurrencer, pour les usages numériques, les cryptomonnaies.

Pourquoi l’euro numérique est-il un sujet sensible ?

L’euro numérique ne va pas avoir pour seule conséquence de “dématérialiser” la monnaie. Il pourrait avoir un impact considérable pour les particuliers ET les banques commerciales.

    Pour les particuliers : l’usage d’une monnaie numérique pose de sérieuses questions en termes de traçabilité et de sécurité. Comment s’assurer qu’aucune donnée ne soit exploitée ? Il faudra aussi s’assurer que les piratages et autres vols 2.0 soient le plus compliqué possible.Pour les banques commerciales : l’arrivée d’une monnaie numérique de banque centrale pourrait court-circuiter les banques puisqu’une partie de l’argent des européens serait stockée dans des portefeuilles directement liés à la BCE. Mais Christine Lagarde a bien expliqué que BNP Paribas et les autres banques seraient “associées” au projet. Comment ? La phase de test, qui doit s'achever fin 2023, permettra de le déterminer.

Format
Analyses
Grégory Raymond

Grégory Raymond est directeur de la recherche et co-fondateur de The Big Whale. Spécialiste de l'intersection entre finance traditionnelle et actifs numériques, il couvre depuis 2017 les enjeux réglementaires, institutionnels et technologiques du secteur pour une audience de décideurs (banques, asset managers, fintechs). Il est également l'auteur de "Bitcoin & Cryptos : L'enjeu du siècle" (Talent Éditions, 2025), un ouvrage structuré autour d'entretiens avec des figures clés de l'écosystème.

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Raphaël Bloch

Raphaël Bloch est CEO et cofondateur de The Big Whale, une plateforme indépendante d’intelligence de marché sur les actifs numériques, destinée aux acteurs des marchés financiers à travers une couverture éditoriale, de la recherche, un briefing hebdomadaire et des événements en présentiel. Il a cofondé The Big Whale en avril 2022. Au sein de la plateforme, il modère et anime des événements institutionnels réunissant banques, asset managers, custodians et fournisseurs d’infrastructure sur des sujets tels que le staking, l’on-chain yield, les stablecoins, le DeFi lending et la tokenisation. Il a modéré des panels lors d’événements organisés en partenariat avec Bitwise, Everstake, Gemini, Morpho, Hexarq, Coinhouse, Delubac, Franklin Templeton et l’Ethereum Foundation, à Londres et à Paris entre fin 2025 et mi-2026.

Avant de fonder The Big Whale, Bloch a travaillé comme journaliste aux Echos de décembre 2016 à mars 2020, puis à L’Express de mars 2020 à mars 2022. Il a également travaillé auparavant chez Reuters. Depuis septembre 2022, il exerce en parallèle le rôle de Business Analyst chez BFM Business. Il couvre le secteur crypto comme journaliste depuis 2016. Il est diplômé d’emlyon et du CFJ.

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