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Jean-Baptiste Graftieaux (Bitstamp) : “Nous allons lancer une offre de produits dérivés totalement régulés”

Jean-Baptiste Graftieaux (Bitstamp) : “Nous allons lancer une offre de produits dérivés totalement régulés”

Jean-Baptiste Graftieaux (Bitstamp) : “Nous allons lancer une offre de produits dérivés totalement régulés”Jean-Baptiste Graftieaux (Bitstamp) : “Nous allons lancer une offre de produits dérivés totalement régulés”

Pionnière dans l'univers des cryptos, la plateforme d'échange Bitstamp, qui se revendique comme la plus régulée de la planète, ne cesse d'étoffer ses services, notamment à destination des entreprises. Entretien exclusif avec son PDG, Jean-Baptiste Graftieaux.

The Big Whale : 2024 a démarré sur les chapeaux de roues avec l'approbation des ETF Bitcoin Spot aux États-Unis et un bitcoin qui vient de franchir les 50.000 dollars. Est-ce le début d'un nouveau cycle ?

Jean-Baptiste Graftieaux : Je ne m'avancerai pas trop, même si c'est clairement un excellent début d'année avec des marchés en hausse et l'arrivée des ETF Bitcoin Spot. Tout le monde ne réalise pas, mais l'arrivée des ETF Spot est un changement considérable. Nous allons voir l'arrivée progressive d'acteurs traditionnels comme BlackRock et d'autres.

Nous travaillons avec des acteurs cryptos qui sont impliqués dans les dossiers d'ETF, et clairement l'approbation de la SEC a créé une dynamique positive, et pas seulement aux États-Unis. En Europe, nous avons de nouveaux clients à la fois entreprises et particuliers qui s'intéressent aux cryptos. Ils ont créé des comptes et ont investi.

En dix ans, l'univers crypto a beaucoup évolué. Est-ce une bonne chose que la crypto s'institutionnalise avec l'arrivée d'entreprises du monde traditionnel ?

C'est une excellente chose. On ne peut pas d'un côté vouloir la démocratisation des cryptos et, de l'autre, choisir qui a le droit d'investir ou pas. Clairement, depuis quelques mois, nous voyons un afflux d'entreprises qui ont besoin de nos services. Aujourd'hui, la moitié des revenus de Bitstamp provient des clients entreprises.

Plus fondamentalement, l'arrivée des entreprises permet aussi de faire grandir le marché, car elles apportent de la liquidité et de la légitimité. Il y a un chiffre que j'aime toujours citer. Il y a quelques années, nous faisions 20 millions de volumes par jour, et aujourd'hui on peut faire jusqu'à 100 fois plus, notamment grâce à la clientèle institutionnelle.

Qu'apportez-vous à ces acteurs institutionnels ?

Nous avons deux types de clients institutionnels. Il y a les clients en B to B (Business to Business). Ce sont des acteurs du marché comme les market makers ou les traders. Ces clients viennent trader sur la plateforme de Bitstamp pour leur propre compte.

Les autres clients institutionnels, ce sont des acteurs en B to B to C (Business to Business to Consumer) qui veulent utiliser la technologie de Bitstamp en marque blanche. Au lieu de développer leur propre Exchange, ils vont utiliser nos services et permettre à leurs clients d'investir dans les crypto-actifs. Plusieurs banques s'intéressent à ces solutions.

Que fournissez-vous exactement ?

Nous fournissons tout, c'est-à-dire la liquidité, le trading, la conservation (custody), et même, pour certains clients, du soutien opérationnel sur la conformité. Pour les entreprises traditionnelles, comme les banques, c'est un gain de temps énorme.

Combien avez-vous de clients sur cette offre ?

Aujourd'hui, nous avons 20 partenaires dans le monde qui utilisent cette solution. Il y a la Bourse de Stuttgart, Revolut, Swissquote. Aux États-Unis, il y a des fonds de pension comme B3 Capital. Cette année, nous allons avoir au moins deux partenariats en France.

Qui seraient ces partenaires ? Des grandes banques ?

Nous ne pouvons pas encore le dire, il reste quelques éléments à fixer.

Il y a encore quelques années, le seul moyen d'acheter de la crypto était de passer par des plateformes, mais ce n'est plus le cas. Est-ce un problème pour les plateformes comme Bitstamp ?

Au risque de vous étonner, c'est une excellente chose ! D'abord parce que notre produit en marque blanche intéresse beaucoup d'entreprises. Nous avons de plus en plus de clients qui veulent être prêts pour le prochain Bull Market.

Ensuite, parce que beaucoup de particuliers préfèrent investir dans les cryptos via leur banque, donc l'arrivée des institutions financières est une excellente chose pour le marché et pour nous tous.

Comment expliquez-vous ce choix ?

Il y a plusieurs raisons. La première, c'est évidemment le fait que beaucoup d'investisseurs ont déjà leur compte dans leur banque et ils ne veulent pas multiplier les points de contact. La seconde, et elle est plus dure pour les acteurs crypto, c'est que beaucoup de particuliers ont plus confiance dans leur banque que dans les plateformes, surtout depuis FTX.

Les banques et les fonds s'intéressent de plus en plus aux cryptos. Est-ce que dans l'autre sens, les plateformes doivent s'intéresser de plus en plus aux actifs traditionnels ?

Oui, c'est une évidence, et c'est d'ailleurs ce que nous sommes nous-mêmes en train de faire. Depuis 10 ans, nous offrons de la crypto en Spot, c'est-à-dire au comptant. Mais maintenant, nous permettons de faire plus ; depuis l'année dernière, nous permettons de faire du staking et du lending. Nos clients peuvent placer et prêter leurs cryptos pour gagner de l'argent.

Pour 2024, nous allons lancer une offre de produits dérivés totalement régulés. Ces produits seront disponibles en Europe. Et avec les nouvelles licences que nous sommes en train d'obtenir, nous allons aussi être en mesure d'offrir des actifs comme des actions, des obligations et des produits tokenisés.

Qu'allez-vous faire sur la tokenisation ?

Nous voulons permettre à nos clients d'acheter des actifs tokenisés, notamment des actions. Nous travaillons sur ce sujet depuis près de deux ans. C'est un vrai choix stratégique pour nous.

Nous voulons être le premier acteur crypto en Europe avec une licence MTF (Système multilatéral de négociation) qui est l'équivalent d'une licence de Bourse traditionnelle. Nous allons sortir du cadre crypto pour élargir notre offre. L'idée est d'offrir une nouvelle classe d'actifs à nos clients.

L'un de vos arguments phares est de dire que vous êtes la plateforme la plus régulée au monde. Qu'est-ce que cela vous apporte ? Quel est l'intérêt pour vos clients ?

En fait, la raison pour laquelle nous voulions être régulés dès le début est que nous en avions besoin pour avoir une banque. Aujourd'hui, c'est beaucoup plus simple, nous avons 18 partenaires bancaires dans le monde pour faire fonctionner notre activité et pour assurer les échanges de fiat à crypto. Mais il y a 10 ans, c'était une autre paire de manches !

En 2024, être aussi régulé que nous est un véritable avantage parce que nous sommes rassurants à la fois pour nos clients et pour nos partenaires bancaires. C'est pour cette raison que nous travaillons avec des acteurs comme la Société Générale, la Bourse de Stuttgart ou Revolut.

70% de vos clients (à peu près 4 millions) sont en Europe. Que pensez-vous de l'offensive des plateformes américaines en Europe ?

Plus il y a d'acteurs cryptos sérieux, mieux c'est. Cela nous pousse à être encore meilleurs.

Sur les actifs du monde réel (RWA), quels sont les produits que vous allez proposer ?

Nous allons tokeniser de la dette, également des produits liés au marché du carbone, et à terme nous visons ce qui touche à l'immobilier et à l'art. Dans l'art et l'immobilier, c'est très prometteur, mais il y a un vrai sujet de liquidité. Si c'est compliqué de vendre un actif, alors l'expérience utilisateur n'est pas bonne. Pour l'instant, nous allons nous focaliser sur les produits les plus liquides.

Avec les difficultés de Binance, il n'y a désormais plus aucun acteur crypto activement présent dans toutes les régions du monde. Qu'en pensez-vous ?

La sortie de CZ s'est faite en douceur, et Richard Teng, qui a pris la suite, est quelqu'un de très respecté. C'est la bonne personne pour reprendre le flambeau et remettre Binance en ordre de marche.

Qu'est-ce qui fonctionne le mieux aujourd'hui chez Bitstamp en termes de produits ?

Aujourd'hui, le prêt est l'un des produits qui fonctionne le mieux. Nous avons lancé cette offre l'année dernière. On peut déposer une dizaine de cryptos en prêt avec un rendement entre 2 et 10%. Il y a une flexibilité totale sur la durée du prêt, allant de quelques heures à plusieurs mois. C'est une offre régulée et nous avons déjà plus de 150 millions de dollars en prêt. Cette offre sera bientôt disponible pour les institutions.

Beaucoup d'entreprises crypto rencontrent des difficultés. Pourriez-vous faire des acquisitions ?

Nous avons investi en 2022 dans Thalex, qui est une plateforme de dérivés. Nous sommes très sollicités pour des rachats, mais pour l'instant, nous investissons surtout en interne dans nos propres solutions.

On parle régulièrement de Bitstamp comme une cible potentielle pour une acquisition. Est-ce toujours le cas ?

Nous sommes constamment sollicités pour un rachat ou une fusion, mais ce n'est pas d'actualité.

Êtes-vous rentables ?

Pendant 10 ans, c'est-à-dire entre 2011 et 2021, nous avons été rentables. En 2022, nous avons beaucoup investi, donc nous ne l'avons pas été, mais la rentabilité est revenue en 2023 et nous voulons accélérer en 2024. J'aime rappeler que le plus important est ce que nous construisons : aujourd'hui, Bitstamp compte 420 personnes dans une dizaine de pays en Europe, ainsi qu'aux États-Unis et à Singapour, avec des millions de clients.

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