Laszlo Szabo : “Polygon a une stratégie commerciale redoutable”
Publié le
Published on
January 25, 2023

Laszlo Szabo : “Polygon a une stratégie commerciale redoutable”

Le cofondateur et CEO de Kiln, qui est spécialisé dans le staking, vient de récupérer la gestion d’un des 100 validateurs de Polygon. Il souligne la stratégie “très efficace” des équipes commerciales de la blockchain.

Comment expliquez-vous le succès de Polygon ?

Le protocole s’est lancé en 2021 au moment où les frais sur Ethereum étaient vraiment très élevés, donc le timing était parfait pour eux. L’aspect “prix” a beaucoup joué. Ça leur a permis de lever des fonds, de se développer très vite, de signer des gros contrats avec des acteurs connus. Ils sont devenus un acteur majeur de l’écosystème, assez exposé, même si leur organisation interne reste encore assez floue.

Pourquoi des géants comme Meta ou Walmart choisissent-ils Polygon ?

Parce que Polygon offre un coût d’utilisation parmi les plus accessibles du marché et qu’ils permettent de développer des projets Web3 dans des conditions technologiques satisfaisantes.

Comme Polygon n’est pas un vrai layer 2 s’appuyant sur la sécurité d’Ethereum, ce réseau est-il vulnérable aux attaques ?

Les preuves cryptographiques des transactions réalisées sur Polygon sont placées sur Ethereum, donc ce n’est pas tout à fait exact de dire que Polygon ne profite pas du tout de sa sécurité. En revanche, comme Polygon dispose de son propre système de consensus, sa sécurité intrinsèque dépend de la valeur immobilisée en “staking” sur les validateurs.

Actuellement, environ 3,6 milliards de dollars sont “stakés” sous forme de tokens MATIC, ce qui fait qu’un assaillant aurait besoin de réunir 1,8 milliard de dollars pour attaquer le réseau. Ce n’est pas une somme énorme… Pour Ethereum, on parle d’environ 14 milliards de dollars.

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Comment Polygon pourrait-il renforcer sa sécurité ?

Comme pour tous les protocoles en Proof-of-Stake (preuve d’enjeu), il faut inciter les détenteurs de tokens à les “staker” afin de relever le montant minimum à mobiliser pour déclencher une attaque.

L’appréciation du cours du token en question est également un des éléments qui peut contribuer à sa sécurité. Plus il est cher, plus le montant en dollars à mobiliser est une barrière pour un assaillant…

Le staking de MATIC est-il intéressant ?

Oui, surtout en ce moment car seulement 39% des MATIC en circulation sont en staking. C’est beaucoup moins que la plupart des autres blockchains majeures qui utilisent le même système (70-80%).

L’avantage pour les stakers de MATIC, c’est que les revenus sont très intéressants : on peut gagner entre 6 et 7% annuellement grâce à l’inflation naturelle du protocole et le reversement des frais de transaction du réseau. Mis à part Ethereum, c’est très rare qu’une blockchain rémunère autant ses validateurs. Solana et Cardano ne sont pas aussi généreux.

Que proposez-vous autour de Polygon chez Kiln ?

Nous avons récemment annoncé un accord avec la start-up française Ownest (*) qui est un partenaire historique de Polygon et qui faisait partie des premiers validateurs du réseau (il y en a que 100 pour l’instant).

Comme ce n’est pas leur métier (Ownest est spécialisé dans la logistique), nous avons repris en gestion leur validateur. Nous avions beaucoup de demandes de la part de nos clients pour faire du staking de MATIC. Tout cela s’intègre dans notre offre de produits.

Aujourd’hui, nous proposons des interfaces logicielles (API) qui se connectent aux différents services de conservation (Bitgo, Fireblocks, Ledger Enterprise, etc.) et qui leur permettent de proposer du staking à leurs propres clients. Kiln permet aussi aux services de conservation de savoir exactement combien ils ont gagné bloc par bloc, que ce soit sur la partie inflation du protocole ou sur les frais de transaction.

Comment voyez-vous Polygon par rapport à ses concurrents comme StarkWare et ZkSync qui sont plus avancés sur les ZK rollups ?

Polygon n’est pas le plus avancé sur cette technologie très prometteuse, mais ils ont une stratégie de marché qui est excellente. Ce n’est pas toujours la meilleure technologie qui gagne.

À mon avis, il y a de la place pour plusieurs solutions de scalabilité, mais Polygon réussit à se tailler une grosse part du gâteau auprès des entreprises qui ne sont pas du Web3. C’est un peu ce que fait Nomadic Labs chez Tezos..

C’est-à-dire ?

Nomadic Labs est l’entité qui est chargée de favoriser le développement de la blockchain Tezos auprès des grandes entreprises. Le problème de Nomadic, c’est qu’ils font trop de partenariats franco-français, et je pense qu’ils se sont trompés de cible : au lieu de viser des fleurons du CAC40 qui n’ont jamais rien fait de très concret sur le Web3, ils pourraient s’intéresser plus aux start-up, c’est-à-dire à ceux qui créent des vraies applications avec du volume. Pour moi, le modèle à suivre pour Polygon, c’est Amazon Web Services (AWS).

Pourquoi AWS est-il intéressant à répliquer ?

C’est simple : beaucoup de start-up qui se lancent peuvent bénéficier d’un crédit allant jusqu’à 150.000 euros. Une fois que ce crédit est épuisé, vous devez payer, et en général, vu que vous êtes contents du résultat, vous payez, même si ça peut faire mal ! (rires).

En général, vu que la start-up a tout conçu sur AWS, elle va accepter de rester car ça serait trop compliqué de changer de partenaire. Polygon imite AWS pour garder les entreprises captives, ils ont une stratégie commerciale redoutable.

Polygon partage beaucoup de choses avec l’écosystème Ethereum, on imagine qu’une entreprise pourrait facilement migrer chez un concurrent de la même famille…

C’est plus compliqué que cela en réalité. Une entreprise qui voudrait quitter Polygon ne peut pas aller sur Ethereum en raison des frais exorbitants. Elle pourrait opter pour la solution de StarkNet, par exemple, mais celle-ci est très différente de Polygon (il n’y a pas le même langage de programmation, ndlr). Même chose pour les autres protocoles de l’écosystème Ethereum, il y a beaucoup de différences qui font que vous ne pouvez pas changer aussi facilement, surtout quand vous n’êtes pas une entreprise du Web3.

(*) Quentin de Beauchesne est actionnaire minoritaire et à titre privé de The Big Whale

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