C’est un signal de plus que la "DeFi institutionnelle" ne pardonne aucune erreur de gestion des risques. MEV Capital, acteur central du secteur, traverse une crise existentielle majeure.
Le point de rupture remonte au 10 octobre dernier, lorsque le deUSD (le stablecoin émis par Elixir) a brutalement perdu sa parité avec le dollar. Ce "depeg" a provoqué une onde de choc (jusqu'à , déclenchant des liquidations automatiques au sein de nombreux protocoles.
Très exposé à ces stratégies de rendement, MEV Capital, qui a des bureaux à Vilnius et Dubai (équipe essentiellement française), a été pris au piège.
Selon nos informations, les pertes directes s’élèveraient à plus de 10 millions de dollars.
Mais le véritable indicateur du séisme se lit dans les actifs sous gestion (AUM) : en quelques semaines, les encours onchain de la société sont passés de 1,5 milliard de dollars à environ 300 millions de dollars (chiffres DeFiLlama). Une évaporation de 80 % de la valeur gérée.
Un proche du dossier ne mâche pas ses mots : “C’est une véritable catastrophe industrielle”.
Le mystère Laurent Bourquin
Au-delà des chiffres, c’est le silence opérationnel qui inquiète le marché.
Laurent Bourquin, CEO de MEV Capital et figure connue de l'écosystème, semble s'être mis en retrait de manière abrupte.
“Si vous arrivez à le contacter, faites-moi signe”, glisse un investisseur actif du secteur, témoignant du flou qui entoure la gouvernance actuelle de la société.
En interne, le bateau prend l'eau. Sur les quinze collaborateurs que comptait MEV, une dizaine aurait déjà quitté l’aventure.
Concernant l'absence du CEO français (ancien de la Société Générale), un proche tempère : “Il fait un break”.
Un retrait qui intervient pourtant au pire moment pour la crédibilité de la structure, alors que les revenus (indexés sur les frais de gestion et de performance) se sont effondrés mécaniquement avec la baisse des actifs.
Belem Capital passe à l’offensive
Face à ce vide, Belem Capital - constitué d’une équipe de Français - a décidé de trancher.
Le fonds luxembourgeois, conçu pour offrir une exposition réglementée à la DeFi aux investisseurs institutionnels, s’appuyait jusqu’ici sur MEV Capital comme bras armé opérationnel.
Pour protéger ses clients et assurer la continuité des opérations, Belem a annoncé ce mercredi l’intégration des équipes de gestion.
Dans un communiqué, Belem précise qu’elle “renforce sa structure en internalisant l’équipe de gestion institutionnelle de MEV Capital, historiquement en charge des portefeuilles du fonds”.
Un virage stratégique qui transforme le véhicule d'investissement en un opérateur intégré. “Notre objectif depuis le début est d’accompagner les banques et investisseurs institutionnels dans la DeFi.
Grâce à cette opération, nous contrôlons désormais à la fois la gestion et l’exécution onchain en interne”, explique un responsable de Belem Capital.
Cette intégration verticale vise à rassurer une clientèle (banques, asset managers, family offices) devenue extrêmement exigeante sur les standards de risque après les déboires successifs du marché depuis 2022.
Toujours selon nos informations, Belem Capital pourrait récupérer plusieurs “clients” de MEV Capital comme SG Forge - filiale de Société Générale - qui dispose d’un vault sur Morpho.
Une consolidation inévitable
Le contraste est saisissant avec d'autres "curators" du marché.
Des acteurs comme Steakhouse Financial ou Gauntlet ont réussi à stabiliser leurs encours (respectivement 1,5 milliard et 1,3 milliard de dollars) malgré les turbulences d'octobre. Pour un expert du secteur, le constat est sans appel : “Ils ont pas mal profité de la perte de confiance dans MEV”.
Belem Capital ne compte pas pour autant rester sur la défensive.
Via une "collaboration" avec RockawayX, la société veut se positionner sur les vaults publics.
L’ambition affichée est claire : “Tout est à refaire. On repart quasiment de zéro. L’objectif est de revenir rapidement au niveau d’octobre et de dépasser à nouveau le milliard de dollars d’actifs sous gestion”.
La chute de MEV Capital rappelle une réalité brutale : la maturité technologique n'efface pas les risques systémiques.
Dans un univers de corrélations extrêmes et de liquidations automatisées, la solidité d'un gestionnaire ne se mesure plus à ses performances en période de hausse, mais à sa capacité de résistance.









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