“Proof of Reserves” : la fausse solution
Publié le
Published on
December 13, 2022

“Proof of Reserves” : la fausse solution

Considéré par beaucoup de plateformes cryptos comme LA solution pour rassurer les clients, le système de la “preuve de réserves” est en réalité loin du compte.

Comment faire pour redonner confiance ? 🤔

C’est la question à laquelle sont confrontées toutes les plateformes d’échange depuis la chute de FTX qui s’est révélée être une immense boîte noire : personne ne savait ce que l’entreprise détenait, en l'occurrence absolument rien.

Résultat, plus d’un million de clients ont été floués et les pertes s’élèvent au bas mot à… 10 milliards de dollars.

Depuis, les plateformes sont sous pression, notamment du fait de leurs clients, pour montrer que, contrairement à FTX, elles sont saines. Et il y a du travail ! Sur les 30 derniers jours, plus de 4 milliards de dollars ont été retirés des Exchanges, selon Chainalysis. Du jamais-vu dans l’industrie.

Pour faire face à ce début de “bankrun”, un comble pour un écosystème “anti-banque”, plusieurs plateformes, parmi lesquelles Binance ou Cryptocom, ont dégainé le système de la… “Proof of Reserves” (Preuve de réserves).

Le but de la Proof of Reserves est de prouver qu’une plateforme détient bien les fonds de ses clients 💸

Histoire d’avoir ceinture et bretelle, les plateformes ont même fait appel à un cabinet d’audit - le français Mazars - pour certifier leur preuve de réserves. On n’est jamais trop sûrs !

Et pourtant, la confiance n’est pas revenue. Pire, une certaine défiance semble s’être installée. Et pour cause : si la Proof of Reserves est intéressante, elle présente de nombreuses limites sur lesquelles nous allons revenir. 

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👉 Les données fournies

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce sont les plateformes qui fournissent elles-mêmes les données. C’est ce qui s’est passé avec les preuves de réserves de Binance, Cryptocom, Kucoin et d’autres plateformes.

Le cabinet Mazars a travaillé à partir des informations fournies par les plateformes, raison pour laquelle il a d’ailleurs décidé de ne pas certifier l’audit. Un signal “assez négatif”, selon plusieurs consultants interrogés.

Kraken est probablement l’entreprise la plus transparente, car elle permet à ses clients de vérifier de manière indépendante que leurs soldes sont adossés à des actifs garantis.

Kraken, qui a produit deux preuves de réserves (décembre 2012 et août 2022) via le cabinet américain Armanino (également en charge de l’audit de FTX US), prévoit d'augmenter le nombre d'actifs couverts dans les futures attestations (pour l’instant 8 cryptos).

De son côté, Binance n’a publié que ses réserves en bitcoins. “Nous allons publier la preuve de réserves des autres tokens dans les semaines qui viennent”, a expliqué la plateforme qui revendique 120 millions de clients sur la planète.

👉 Les dettes de la plateforme

Au-delà de ce point, la Proof of Reserves pose la question de ce qu’elle reflète réellement. Quid des dettes de la plateforme ? Celles-ci ne sont en effet pas prises en compte. La plateforme peut très bien disposer de 5 milliards de dollars d’actifs, mais être endettée à hauteur de 10 milliards 😅

“La preuve de réserves vous donne une vision partiale de la situation”, confirme Stanislas Barthélémi, consultant blockchain et crypto chez KPMG.

Dans un tweet, le patron de Kraken a expliqué que le document émis par Binance posait problème. La plateforme américaine a été l’une des premières à publier une Proof or Reserves avec ses dettes.

Néanmoins, le système de Kraken ne tient pas compte des “dettes” hors catégorie crypto comme les émissions d’obligations ou les prêts contractés auprès de tiers.

👉 La temporalité

Est-ce pour autant suffisant ? Même pas ! Car avec ou sans les dettes, la Proof of Reserves présente des limites en termes de temporalité : elle n’est effectuée qu’à un “instant T”, ce qui signifie que les fonds peuvent être transférés juste après sur une autre adresse sans que les clients ne puissent le voir…

Une fois qu’on a expliqué cela, que faudrait-il faire ?

Certains plaident pour que l’industrie change totalement de standards. Les uns considèrent qu’il faudrait segréguer les comptes, c’est-à-dire créer des entités totalement séparées entre les activités de trading et celles liées à la conservation d’actifs numériques.

D’autres plaident pour que les plateformes se dotent de vraies fonds propres, comme les banques.

Enfin, une partie de l’industrie est en faveur d’un choix encore plus radical et qui consisterait à faire en sorte que les plateformes n’aient que des activités de trading. “Binance et les autres plateformes sont comme des Bourses, or la Bourse de New York ou de Paris ne détiennent pas les actifs des clients”, explique Pascal Gauthier, le patron de Ledger (lire son interview exclusive).

En attendant, la seule certitude c’est que les plateformes vont devoir en faire plus.

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