Solana et SBF : les liaisons (très) dangereuses
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Soutenu de longue date par Sam Bankman-Fried, l’écosystème Solana, dont le token s'est effondré en quelques jours, lutte pour sa survie.

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Les jours passent et le nombre de victimes collatérales de la chute de FTX ne cesse de grimper.

Hier, c’est la société de prêts Genesis, pourtant recapitalisée il y a une semaine, qui a mis un genou à terre et indiqué avoir gelé ses opérations. Mais jusque-là, les problèmes n’ont touché que des entreprises et pas des… blockchains.

Or, la situation pourrait peut-être basculer dans les jours ou semaines qui viennent, car l’ancien milliardaire de 30 ans (il a tout perdu) avait aussi investi dans plusieurs projets comme Solana, qu’il soutenait activement. “Solana est l'une des principales victimes" de la chute de FTX, a expliqué il y a quelques jours Stefan Rust, fondateur de la société Laguna Labs, qui développe des projets dans la DeFi.


Une croissance folle

La blockchain Solana et son token associé (le SOL) ont été parmi les grandes stars de ces dernières années. En 2021, son cours est passé de 1 à 259 dollars, soit une progression de 25.800% 🚀.

Cette envolée a fait de Solana une alternative crédible à Ethereum, un protocole qui sert lui aussi à développer des applications décentralisées, comme des NFT ou des banques sans intermédiaires.

Mais depuis la chute de FTX, le SOL traverse une véritable tempête. Son cours s’est effondré d’un peu plus de 60% à moins de… 15 dollars. Une énorme baisse qui ne s'est pas vue pour les autres cryptos comme Bitcoin (-20%) et Ethereum (-23%).

Cette perte de confiance sur les marchés s’explique par les liens particulièrement étroits entre Solana et l’empire de Sam Bankman-Fried (“SBF”). FTX et Alameda Research, le fonds d’investissement de SBF, étaient parmi “les principaux soutiens et financeurs de Solana”, rappelle Stanislas Barthélémi, expert crypto pour le cabinet d’audit KPMG.

“Tout le monde s’est focalisé sur la cryptomonnaie de FTX, le FTT, parce que c’était la première position du portefeuille d’Alameda, mais il ne faut pas oublier que le SOL était en deuxième position”, insiste-t-il.

Selon la fondation Solana, qui gère les intérêts de cet écosystème, Alameda détient actuellement 50 millions de tokens SOL (700 millions de dollars), soit l’équivalent de 14% de la capitalisation de Solana.

Inversement, la fondation était elle aussi très proche de FTX puisqu’elle détient l’équivalent d’un million de dollars sur FTX (qui sont bloqués), 3,24 millions d’actions FTX (qui ne valent plus rien 😯), ainsi que des tokens dont la valeur a plongé ces derniers jours.

Le vrai sujet pour Solana sont les 50 millions de tokens SOL encore détenus par Alameda Research et qui devraient être vendus assez rapidement dans le cadre d’une procédure de faillite aux Etats-Unis. Avec de tels volumes, le prix du token pourrait encore plonger. De combien ? Difficile de le savoir.

L’ensemble de l’écosystème Solana tremble

En attendant, le SOL n’est pas la seule crypto concernée.

“SBF s’impliquait dans beaucoup de projets Solana qu’il finançait”, confie un bon connaisseur de l’écosystème. “Il était quasiment le deuxième cerveau de certains projets”, souligne-t-il.

C’est le cas pour la plateforme d’échange décentralisée Serum, dont le token SRM avait été massivement acheté par FTX. SBF s'était servis de ce token, dont la valorisation n'a cessé de chuter pour gonfler le bilan de FTX ; la société expliquait détenir pour 2,2 milliards de dollars de SRM, alors qu’en réalité sa capitalisation totale valait moins de… 300 millions de dollars. Aujourd'hui elle est inférieure à 100 millions de dollars.

Le cours du SRM a chuté de 66% depuis début novembre, et le “piratage” de FTX le week-end dernier a encore un peu plus accentué cette baisse parce que la société de SBF disposait d’un accès à l’infrastructure de Serum.

“La clé de mise à jour de Serum n’était pas contrôlée par Serum, mais par une clé privée connectée à FTX", s’est inquiété dans un tweet Mango Max, un développeur Solana.

"À l’heure actuelle, personne ne peut confirmer qui contrôle cette clé et son détenteur a le pouvoir de mettre à jour Serum, en déployant éventuellement un code malveillant”, a-t-il ajouté.

Pour s’en prémunir, les concepteurs de Serum ont été contraints de “forker” son protocole, c’est-à-dire le faire migrer sur un autre système. “Entre Solana, Serum et la baisse des cours, cela produit un cocktail explosif pour l’ensemble de l’écosystème”, insiste Stanislas Barthélémi.

Autre problème recensé : les versions synthétiques du bitcoin et de l’ether qui circulent sur la blockchain Solana ont perdu leur ancrage avec les actifs sous-jacents. Le soBTC ne s’échange plus que 1300 dollars, alors qu’un bitcoin vaut actuellement 17.000 dollars.

Le soETH s’échange quant à lui 200 dollars alors qu’un ether vaut 1200 dollars… La raison de ce décalage ? Ces tokens spéciaux sont émis par FTX. En faillite, la plateforme d’échange n’est naturellement plus en mesure d’assurer qu’elle détient bien les bitcoins et les ethers correspondant.

"Quasiment toutes les plateformes de finance décentralisée de l’écosystème Solana disposent de soBTC en garantie de prêts car ils sont acceptés depuis longtemps comme l’équivalent du bitcoin dans l'espace Solana", analyse Meow, un fondateur (anonyme) de Jupiter, une application qui appartient à l’univers Solana. Une cascade de liquidations est donc à craindre et celles-ci ont déjà commencé.

La valeur totale immobilisée (TVL) en SOL dans les applications de finance décentralisée de Solana a chuté de 30% depuis début novembre. Si l’on mesure la baisse en dollars, on parle d’une chute de 70% et Solana n’est plus que la 12ème blockchain sur cette activité avec 300 millions de dollars de TVL, loin derrière Ethereum (25 milliards de dollars).

"Le cas de Solend, équivalent d’Aave sur Solana, est significatif car on ne peut plus rien faire dessus en raison de la chute vertigineuse du SOL”, remarque Stanislas Barthélémi.

FTX, la “banque centrale” de Solana

Les relations entre Solana et SBF allaient tellement loin que la plupart des gros projets développés sur Solana ont bénéficié de financements de la part de FTX et d'Alameda. Avec un détail qui a son importance : les projets étaient incités à stocker leur trésorerie sur… FTX ☠️.

Même si la situation n’est pas encore très claire, il est probable que beaucoup de projets n’aient plus accès à leurs fonds.

Le cofondateur de Solana, Anatoly Yakovenko, a tweeté que la société de développement Solana Labs ne détenait aucun actif sur FTX et disposait d'une marge de manœuvre financière suffisante pour environ 30 mois. Un autre cofondateur, Raj Gokal, a quant à lui déclaré qu'il s'agissait d'un moment “décisif” pour l'écosystème, ajoutant : "Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus forts”.

“Nous devons néanmoins nous poser la question de savoir si les projets de l’écosystème ont vraiment les fonds qu’ils prétendent avoir”, s’interroge un bon connaisseur du dossier.

En filigrane, l’effondrement de l’écosystème Solana et de son token SOL représentent une menace pour la sécurité même du protocole. Comme celle-ci repose sur la preuve d’enjeu (une technique qui consiste à immobiliser des cryptos dans un logiciel), sa robustesse dépend inextricablement du prix du token. Plus le SOL s’échange peu cher, moins il est coûteux d’en mobiliser un grand nombre pour prendre le contrôle de sa blockchain.

“Solana est clairement pris dans une spirale négative, mais est-ce que cela veut dire que le projet va disparaître ? Non, car les blockchains ne meurent jamais totalement”, souligne Stanislas Barthélémi. Encore faut-il savoir dans quel état Solana continuera à vivre.

Format
Analyses
Grégory Raymond

Grégory Raymond est directeur de la recherche et co-fondateur de The Big Whale. Spécialiste de l'intersection entre finance traditionnelle et actifs numériques, il couvre depuis 2017 les enjeux réglementaires, institutionnels et technologiques du secteur pour une audience de décideurs (banques, asset managers, fintechs). Il est également l'auteur de "Bitcoin & Cryptos : L'enjeu du siècle" (Talent Éditions, 2025), un ouvrage structuré autour d'entretiens avec des figures clés de l'écosystème.

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Raphaël Bloch

Raphaël Bloch est CEO et cofondateur de The Big Whale, une plateforme indépendante d’intelligence de marché sur les actifs numériques, destinée aux acteurs des marchés financiers à travers une couverture éditoriale, de la recherche, un briefing hebdomadaire et des événements en présentiel. Il a cofondé The Big Whale en avril 2022. Au sein de la plateforme, il modère et anime des événements institutionnels réunissant banques, asset managers, custodians et fournisseurs d’infrastructure sur des sujets tels que le staking, l’on-chain yield, les stablecoins, le DeFi lending et la tokenisation. Il a modéré des panels lors d’événements organisés en partenariat avec Bitwise, Everstake, Gemini, Morpho, Hexarq, Coinhouse, Delubac, Franklin Templeton et l’Ethereum Foundation, à Londres et à Paris entre fin 2025 et mi-2026.

Avant de fonder The Big Whale, Bloch a travaillé comme journaliste aux Echos de décembre 2016 à mars 2020, puis à L’Express de mars 2020 à mars 2022. Il a également travaillé auparavant chez Reuters. Depuis septembre 2022, il exerce en parallèle le rôle de Business Analyst chez BFM Business. Il couvre le secteur crypto comme journaliste depuis 2016. Il est diplômé d’emlyon et du CFJ.

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