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Sorare se lance à la conquête des États-Unis

Sorare se lance à la conquête des États-Unis

Sorare se lance à la conquête des États-UnisSorare se lance à la conquête des États-Unis

Après avoir conquis le football, le champion français des NFT se lance dans le baseball aux États-Unis. Son patron Nicolas Julia nous dévoile le futur de Sorare.


Est-ce que cela pourrait passer par une nouvelle série de cartes moins rares et donc moins chères ?‍


Créer des cartes moins chères n’est pas forcément la meilleure idée. Une piste pour nous serait de permettre de jouer avec une seule carte et pas cinq. Rien qu’avec ce système, on réduit considérablement le coût d’entrée. Nous réfléchissons aussi à la simplification du jeu ou encore à un système de “free-to-play”, qui est un mode de jeu plus fun, plus social, et qui permettrait d’élargir considérablement l’audience. Nous investissons beaucoup sur ce dernier point.‍


Quel est votre plus gros marché aujourd’hui ?‍


C’est l’Europe et c’est normal parce qu’on est parti de France. Ce qui est intéressant, c’est que les Etats-Unis sont déjà les numéro trois. Et les lancements que l’on va faire vont encore nous aider.‍


En septembre 2021, vous avez levé 680 millions de dollars, un record pour la French Tech et une opération qui vous valorise à plus de… 4 milliards de dollars. Quel impact l’opération a eu sur Sorare ? Comment gérer un tel changement de statut ?


Il faut réussir à garder la cohérence, la culture et la vélocité que nous avions lorsque nous étions encore une toute petite entreprise. Et le plus important, c’est d’avoir de la patience, parce que lorsque vous récupérez autant d’argent, vous pouvez être tenté de vous dire que tout va aller encore plus vite. Mais ce n’est pas le cas. Une entreprise c’est un collectif, ça ne se transforme pas comme ça. Nous avons aussi fait beaucoup de recrutements. Et recruter les profils du calibre de ceux que l’on voulait prend du temps. J’aime bien prendre l’exemple de Ryan Spoon, qu’on est allé récupérer chez ESPN où il a dirigé pendant près de dix ans le numérique et les jeux fantasy. Ce n’est pas simple de trouver quelqu’un comme lui. Et après il faut encore lui laisser le temps de faire son équipe, donc très vite tout ce processus prend neuf ou douze mois. Parfois cette “lenteur” est frustrante, mais elle est normale. Il faut juste apprendre à la gérer. Là où nous avons vraiment gagné du temps avec la levée de fonds, c’est sur la signature de nouveaux championnats et nouveaux sports… Ça ma beaucoup aidé !‍


Peut-on envisager un futur token Sorare ?‍


Il ne faut jamais dire jamais, mais ce n’est pas dans nos plans au moins à court terme. Si je devais me prononcer aujourd’hui sur la monnaie “in game”, je pense que plutôt que d’utiliser l’ether (le token d’Ethereum, ndlr) qui fluctue, on partirait sur quelque chose de plus stable. Il ne faut pas perdre de vue que les dizaines de millions d’utilisateurs que nous visons vont venir pour jouer et pas pour spéculer.‍


Si vous partiez sur quelque chose comme un stablecoin, ce serait quand ?‍


Aujourd’hui nous avons une veille technologique sur tous les protocoles. Nous n’avons pas pris de décision en particulier, mais c’est effectivement quelque chose que l’on regarde de très près.‍


Sorare est aujourd’hui utilisé par des centaines de milliers de personnes, parmi lesquels des joueurs de football professionnels. Comment gérer les conflits d’intérêts ?

Deux joueurs de l’Ajax Amsterdam ont récemment cherché à tirer profit d’une composition d’équipe avant que celle-ci soit publiquement annoncée…‍
Oui c’est une question essentielle pour nous. Il n’y a rien de plus important que l’équité. Nous allons sortir ce mois-ci des nouvelles conditions d’utilisation, notamment à destination des joueurs professionnels. Ils pourront toujours jouer, mais il faut vraiment veiller à ce qu’aucun d’entre eux ne puisse tirer des avantages de leur statut.‍
En parlant de joueur professionnel, on a vu que Kylian Mbappé avait fait la promotion de sa carte Sorare. Y a-t-il quelque chose entre lui et Sorare ?‍
Beaucoup de joueurs ont investi dans la société et ont acheté des cartes. Les joueurs sont au centre de Sorare, donc avoir d’anciens joueurs et des joueurs actuels est une chance. Mbappé est une star mondiale, un joueur iconique, forcément ce serait génial. Mais je n’ai rien à annoncer en particulier le concernant.‍


Est-ce que sponsoriser une équipe de football pourrait être un moyen pour vous d’élargir votre audience ?‍


Tout est sur la table. Nous allons commencer à faire du marketing et à être plus visibles dans les mois qui viennent. Après je ne cesse de le répéter : nous ferons du sponsoring de club quand le produit sera parfait ou presque. Se lancer dans ce genre d’aventure est assez coûteux, donc il ne faut pas se louper. Quand nous serons prêts, nous le ferons. Et nous le serons très bientôt.‍


Aujourd’hui, quel budget faut-il compter en moyenne pour faire son équipe et commencer à jouer à Sorare ?‍


Nous avons deux modes de jeu, "underdog" et "specialist”" qui permettent de jouer à Sorare pour quelques euros. Mais cela reste encore marginal.‍


Est-ce que vous avez une idée du panier moyen des joueurs de Sorare ?‍


C’est très inégal. Il faut regarder en fonction de la rareté des cartes. Pour les cartes “limited”, c’est-à-dire les moins rares, le panier moyen représente quelques centaines d’euros par an. Et lorsqu'on parle des cartes uniques, soit la crème de la crème du jeu, ça peut monter jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros, mais seules quelques dizaines d’utilisateurs sont concernés.


‍Qu’avez-vous pensé lorsque la carte d’Erling Haaland s’est vendue pour plus de 600.000 euros en janvier dernier ?‍


Au risque d’être un brin provocateur, je trouve que ce n’est pas beaucoup. Quand je regarde la valeur intrinsèque d’une carte NFT, je trouve qu’elle offre beaucoup plus de choses qu’une carte physique. Quand on voit que certaines cartes physiques partent pour des millions, les montants des cartes NFT pourraient être bien plus importants. Mais ce n’est pas une fin en soi, nous n’avons jamais eu comme objectif de battre des records.‍


Combien les clubs touchent-ils en royalties sur chaque carte vendue sur le marché primaire ? Aux dernières nouvelles c’était entre 5 et 15%...‍


Je ne communiquerai pas à ce sujet.


‍Est-ce que vous pourriez un jour prélever des commissions sur les cartes qui s’échangent sur le marché secondaire ?‍


C’est quelque chose que nous explorons, notamment sur les sports américains. Sur le foot c’est toujours en réflexion, mais ce n’est pas urgent, il n’y a pas de plan à court terme pour le faire.


‍Vous avez choisi le layer 2 de Starkware pour éviter les frais très importants d’Ethereum, pourquoi ce choix plutôt qu’un autre ?‍


Quand nous avons dû choisir en 2021, il y avait deux solutions. D’une part les layers 1 comme Solana ou Flow, et les autres layers 2. On s’est retrouvé à la place d’un investisseur : on a analysé la qualité des équipes, la technologie, les clients existants, etc. Nous avons été très rigoureux car on s’était un peu brûlé les ailes par le passé. Nous avons commencé sur Ethereum, avant de passer sur le layer 2 Loom, puis de revenir sur Ethereum à cause de différends avec l’équipe. Pendant tout le temps où nous étions sur Ethereum, nous avons toujours pris en charge les frais de réseau. Certains mois, ça nous coûtait des millions d’euros…


Pourquoi avoir décidé de prendre en charge les frais ?‍


Cela permettait de retirer de la complexité au produit. J’ai préféré réduire notre marge pour remplir notre objectif : amener Sorare à des millions de joueurs.


Est-ce que vous avez l’impression qu’il se passe quelque chose en France ?‍


Aujourd’hui, je trouve qu’il y a une vraie dynamique. C’est assez impressionnant. Après nous avons encore beaucoup à faire. Nous sommes encore un petit écosystème. Il y a du chemin, et ça passe notamment par la politique. Emmanuel Macron a plusieurs fois parlé de nous, il l’a fait dans l’interview publiée dans The Big Whale, et nous sommes très fiers. Mais il pourrait faire encore plus. Notre conviction c’est que le Web3 est l’avenir de la France et de l'Europe.‍


Quelles sont vos priorités dans les mois qui viennent ?‍


La priorité numéro un c’est évidemment d’améliorer le jeu de football. C’est le premier sport au monde. La priorité numéro 2 c’est d’être bons sur les autres sports aux Etats-Unis. On va voir comment attaquer ce marché, comment faire en sorte que le gâteau grandisse pour tout le monde. Nous allons faire grossir le football grâce aux sports américains et inversement. La troisième priorité c’est de faire grandir l’équipe. Nous étions 17 lors de la série B, actuellement nous sommes 75 et nous serons 200 à la fin de l’année, dont 100 à Paris et le reste à New York.‍


Le fait d’avoir à votre conseil d'administration des personnalités comme la championne de tennis Serena Williams, qu’est-ce que cela apporte ?‍


Dès le départ, j’ai dit que je voulais travailler avec des sportifs qui sont pleinement engagés dans le projet. Nous ne voulons pas des sportifs qui sont là pour un communiqué de presse. Nous aurions pu en signer plein comme ça. Et quand ce n’est pas authentique, ça se voit. Serena Williams est assez incroyable. Elle nous amène beaucoup de choses, d’une part sur la compréhension des sports féminins qui est évidemment un terrain sur lequel nous allons aller. Et puis il y a sa relation avec les joueurs, les associations de joueurs et tout son réseau. C’est assez énorme.‍


Et Antoine Griezmann ou Gerard Piqué ? ‍


Chacun apporte sa patte. Gerard Piqué est très bien connecté à l’écosystème, aux clubs. Il nous permet de bien naviguer dans les arcanes du football avec les ligues, les fédérations, les clubs… Antoine Griezmann est beaucoup plus concentré sur le produit, l’expérience utilisateur. Il va donner des conseils sur la marketplace, il aime le produit. Après nous ne cherchons pas à cumuler tous les profils. Nous voulons juste les meilleurs.

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