Encore une nouvelle initiative des banques dans l’univers des stablecoins. Après l’annonce d’ING, d’UniCredit et de sept autres banques européennes, c’est au tour de dix des plus grands établissements mondiaux - parmi lesquels Bank of America, Goldman Sachs, Deutsche Bank, BNP Paribas, Santander et UBS - d’annoncer la création d’un consortium destiné à explorer l’émission de stablecoins adossés aux principales devises du G7, notamment le dollar et l’euro.
Ce projet marque une nouvelle tentative des institutions financières traditionnelles pour s’emparer du sujet des actifs numériques, à l’heure où le marché des stablecoins connaît une croissance historique.
Un projet mené discrètement par Santander
Selon des informations exclusives de The Big Whale, Santander serait le véritable moteur de cette nouvelle initiative.
La banque espagnole aurait initié le projet, initialement centré sur l’Europe, avant que les banques américaines ne rejoignent le mouvement ces derniers mois.
Le lien commun entre tous ces géants de la finance s’appelle Fnality, une startup britannique spécialisée dans les infrastructures blockchain pour les règlements interbancaires.
Santander en fut l’un des premiers investisseurs, aux côtés d’autres institutions européennes, notamment BNP Paribas.
Les banques américaines ont rejoint Fnality lors de sa levée de fonds de série C en septembre, lui apportant à la fois du capital et une dimension encore plus internationale.
Fnality pourrait ainsi fournir l’infrastructure monétaire centrale (USD, EUR, GBP) permettant d’émettre et de régler ces futurs stablecoins bancaires, servant de pont technologique entre les établissements du consortium.
“Il est très difficile de dire non aux banques américaines”, confie une source européenne proche du dossier à The Big Whale.
Un consortium mondial… et des absents européens
Outre Santander et BNP Paribas, la liste comprend Bank of America, Deutsche Bank, Goldman Sachs, Citi, MUFG, Barclays, TD Bank et UBS.
L’objectif affiché est d’étudier la faisabilité d’actifs numériques adossés 1:1 à des monnaies réelles, émis sur des blockchains publiques, tout en garantissant la conformité réglementaire et une gestion rigoureuse des risques.
Le projet reste à un stade exploratoire, les banques souhaitant tester des cas d’usage concrets dans les prochains mois.
Fait notable : plusieurs membres du consortium ont décliné l’invitation à rejoindre l’autre groupe de neuf banques européennes, mené par ING et UniCredit, et centré sur un stablecoin en euro conforme à la réglementation MiCA.
“Il n’y avait pas assez de banques Tier 1 dans ce consortium”, explique un banquier européen.
L’Europe avance de son côté
Le consortium européen, formé par ING, UniCredit, CaixaBank, Danske Bank, SEB, DekaBank, KBC, Banca Sella et Raiffeisen Bank International, vise à émettre un stablecoin en euro dès 2026, sous la supervision de la Banque centrale des Pays-Bas.
Leur ambition : créer une alternative européenne crédible à la domination des stablecoins libellés en dollars, qui représentent aujourd’hui près de 99,8 % du marché, comme le montrent les données de The Big Whale.
Ce projet marque une première réponse collective au déséquilibre croissant du secteur, alors que les stablecoins dominants, comme Tether (USDT), pèsent désormais plus de 179 milliards de dollars sur un total de 310 milliards.

Selon des informations de Bloomberg, confirmées par The Big Whale, Citi aurait rejoint le projet de stablecoin euro lancé par ING et UniCredit.
“C’est un choix à double tranchant. C’est bien d’avoir des Américains pour la distribution, mais cela pose des questions en termes de souveraineté”, analyse un expert.
La finance traditionnelle s’ouvre (enfin) aux stablecoins
Ces initiatives interviennent dans un contexte d’enthousiasme renouvelé pour les crypto-actifs, porté par la remontée des marchés numériques et le soutien affiché du président américain Donald Trump au secteur.
Mais les régulateurs restent vigilants.
Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Andrew Bailey, a mis en garde les banques britanniques contre l’émission de leurs propres stablecoins, tandis que Christine Lagarde (BCE) a rappelé que les stablecoins privés pouvaient représenter un risque pour la politique monétaire et la stabilité financière.
Pour l’instant, les stablecoins servent essentiellement aux transactions entre plateformes crypto, et moins de 6 % des volumes concernent des paiements réels de biens ou services, selon un rapport du BCG.
Une bataille d’influence entre banques et États
Entre le projet transatlantique piloté par Santander et Fnality et le consortium européen emmené par ING, deux visions se dessinent.
La première mise sur une collaboration mondiale, ouverte aux grandes devises.
La seconde défend une souveraineté monétaire européenne, alignée sur MiCA - même si l’arrivée de Citi pourrait rebattre les cartes.
Dans les deux cas, une chose est sûre : la tokenisation et les stablecoins s’imposent comme le nouveau terrain de jeu stratégique de la finance mondiale.









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