Sveinn Valfells (Monerium) : “Nous avons environ 2500 clients dont près de 100 entreprises”

20.03.2024
Sveinn Valfells (Monerium) : “Nous avons environ 2500 clients dont près de 100 entreprises”
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Encore peu connu du public, le stablecoin islandais Monerium a de bonnes chances d’être le premier projet régulé en Europe lors de l’entrée en vigueur de MiCA. Nous avons rencontré son patron Sveinn Valfells qui détaille la stratégie.

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The Big Whale : Vous êtes le seul stablecoin bien positionné pour être régulé en Europe dès le 30 juin, mais on vous connaît peu. Quelle est l’histoire de Monerium ?

Sveinn Valfells : Je suis déjà un ancien de l’écosystème car j'ai découvert Bitcoin en 2011. J'ai une formation en cryptographie donc j'ai pu rapidement comprendre que la première des cryptos avait toutes les caractéristiques pour devenir une nouvelle classe d'actifs, mais aussi pour bousculer la manière dont nous échangeons de l'argent.

C'est vraiment au lancement d'Ethereum en 2015 que nous avons parié sur le fait que le futur des monnaies traditionnelles était sur des blockchains publiques. C'est ainsi qu'est né Monerium, puis notre stablecoin, l'EURe, que nous avons lancé en 2022.

Selon vous, quel est l’intérêt d’un stablecoin ?

Nous avons vraiment commencé à parier là-dessus lorsque Ethereum est arrivé. Avec cette blockchain publique, la tokenisation des actifs pouvait prendre énormément d'ampleur. Mais pour échanger ces actifs, il faut nécessairement un actif de règlement régulé directement sur la blockchain.

Les stablecoins peuvent également servir aux particuliers qui souhaitent s’échanger de la monnaie traditionnelle via la blockchain. C’est d’ailleurs ce que l’on fait car l’EURe est disponible sur trois blockchains : Ethereum, Polygon et Gnosis.

Il y a encore beaucoup de freins et nous pensons qu'il faudra, comme Internet avant cela, une décennie avant que la crypto devienne mainstream. Sans monnaie traditionnelle complètement on-chain, il n'y aura pas d'adoption de masse.

"L'euro numérique pour les particuliers a très peu de chances de voir le jour"

Comment accueillez-vous le lancement probable d'un euro numérique qui promet de fournir les mêmes avantages que votre stablecoin ?

Nous pensons que l'euro numérique a très peu de chances de voir le jour, en tout cas pour les particuliers. La Banque centrale européenne n'a pas été conçue pour servir directement les particuliers ou les entreprises non-financières. Historiquement, ce sont les entreprises privées qui assurent ce rôle.

En accord avec cette vision, nous tablons sur le fait que les stablecoins, et plutôt les entreprises proposant des formes de monnaies traditionnelles on-chain, vont se multiplier en Europe, ce qui est une très bonne chose. Ce sont eux qui assureront ce service et pas directement la banque centrale.

Les projets de stablecoins risquent-ils donc de se multiplier ?

Exactement, des stablecoins régulés et supervisés par la Banque centrale européenne où une partie de leur réserve pourra même être placée. De nombreuses grandes banques et acteurs financiers bien connus en Europe s'intéressent de près à ce sujet.

Travaillez-vous avec certains d'entre eux ?

Oui, mais vous comprendrez que je ne puisse pas les nommer pour le moment. En tout cas, nous nous positionnons comme une entreprise offrant des solutions d'infrastructure pour faire circuler de la monnaie traditionnelle via la blockchain.

Quelle est la part d'entreprises traditionnelles dans votre clientèle ?

Pour le moment, elle est essentiellement crypto. C'est d'abord la communauté crypto que nous visions lorsque nous avons lancé notre stablecoin. Pour le moment, ce sont les entreprises natives de l'écosystème qui font avancer l'innovation. Même si les choses progressent bien, la plupart des acteurs traditionnels sont encore frileux pour des raisons de régulation mais aussi de réputation.

Quel est le modèle économique de votre stablecoin ?

Nous investissons une partie de notre réserve dans des obligations d'État, comme la plupart des établissements de monnaie électronique.

Nous assurons également des services en marque blanche de tokenisation ou pour permettre à des entreprises de lancer leur propre stablecoin. Cette partie constitue une partie importante du chiffre d'affaires de l'entreprise. Actuellement, nous avons environ 2500 clients dont près de 100 entreprises.

Votre stablecoin a une capitalisation de seulement 10 millions d'euros, comment comptez-vous le développer ?

C'est vrai, mais il n'a été lancé qu'en 2022 et a commencé à se développer sérieusement en 2023. Le grand avantage de l'EURe, c'est qu'il est déjà régulé selon les normes de MiCA (entrée en vigueur le 30 juin pour les stablecoins) car nous avons déjà l’agrément de monnaie électronique. C'est notamment pour cette raison que de nombreux acteurs, comme Gnosis, ont montré leur intérêt à l'intégrer rapidement dans leur système.

En 2024, notre objectif est d'augmenter sa capitalisation de marché par 10. Actuellement, nous avons environ 12.000 détenteurs identifiés de notre stablecoin et nous travaillons sur plusieurs projets de tokenisation. Nous proposons également du stablecoin en livre sterling et en dollar.

Vous avez eu du flair en optant dès le départ pour l’agrément de monnaie électronique, comment l’expliquez-vous ?

Effectivement, nous avons obtenu cette licence dès 2019. Pour nous, la monnaie électronique apparaissait comme le moyen réglementaire le plus simple et le plus sûr d'émettre l'équivalent d’une monnaie traditionnelle sur blockchain sans avoir à obtenir une licence sur-mesure du régulateur.

De nombreux stablecoins se sont développés sans cadre et sont aujourd'hui confrontés à un important défi réglementaire pour continuer à opérer en Europe. Notre promesse est peut-être moins attrayante sur le papier (car il n’y a pas de rendement associé, ndlr) mais elle est simple : pouvoir échanger à n'importe quel moment et de manière quasi-instantanée de la monnaie traditionnelle sans intermédiaire.

Format
Analyses
Louis Tellier

Louis Tellier est Lead Institutional Research chez Blockstories, où il se concentre sur le développement de l’offre institutionnelle dédiée aux actifs numériques. Il a rejoint Blockstories en avril 2025. Fondée en 2022, Blockstories est basée à Berlin et dispose d’une présence en France et en Suisse.

Avant de rejoindre Blockstories, Louis Tellier a travaillé comme journaliste crypto chez The Big Whale d’août 2023 à janvier 2025, couvrant les sujets liés aux crypto-actifs et à la blockchain. Auparavant, il a été journaliste à L’AGEFI de mai 2022 à juillet 2023, avec une spécialisation sur les cryptomonnaies. Plus tôt dans sa carrière, il a travaillé comme journaliste web et vidéo chez BFM Business, puis comme journaliste vidéo au Figaro. Il a également enseigné le journalisme à l’IICP à Paris pendant trois ans et demi, avec un focus sur le journalisme vidéo web. Louis Tellier est diplômé de Sciences Po Grenoble et de l’Université de Lille.

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