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À quoi la finance décentralisée sert-elle vraiment ?

À quoi la finance décentralisée sert-elle vraiment ?

À quoi la finance décentralisée sert-elle vraiment ?À quoi la finance décentralisée sert-elle vraiment ?

Entre fantasmes et réalité, nous avons mené l’enquête auprès d’experts et de porteurs de projets de pour savoir ce qu’elle change (ou changera) vraiment.

Les applications les plus connues de la DeFi sont Maker (stablecoin décentralisé), Aave (prêts sans intermédiaire) ou encore Uniswap (échange d’actifs numériques sans intermédiaire). Mais combien de personnes les utilisent vraiment ?

“Le DeFi est encore embryonnaire. Que ce soit le nombre d’applications ou le nombre d’utilisateurs, les chiffres sont très faibles”, explique Stanislas Barthélémi, expert crypto pour KPMG. Seulement 400.000 à 600.000 personnes y ont recours en moyenne chaque mois (graphique ci-dessous). “C’est clairement une niche au sein de l’écosystème crypto”, poursuit-il.

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Utilisateurs uniques mensuels des protocoles DeFi. Source : Dune Analytics

Actuellement, la DeFi est principalement utilisée par des traders pour emprunter plus de liquidités sans passer par des plateformes d’échange centralisées (Binance, Coinbase, etc.). 📈

Pris sous cet angle, on est loin d’un système qui permettrait de corriger les défauts de la finance traditionnelle, notamment en termes d’accessibilité et d’impact sur l’économie réelle.

C’est un fait : personne n’emprunte des stablecoins en plaçant des cryptos en garantie dans Aave pour financer un achat immobilier ou un projet entrepreneurial. Pourquoi ? Principalement car il faut placer autant (voire plus) de capital en collatéral que la somme empruntée.

“Il faut certainement faire le deuil de ce type d’utilisation de la DeFi, au moins à court terme”, souffle un expert. “Pour offrir un système d’emprunt vraiment inclusif, il faudrait développer des prêts sous-collatéralisés que l’on rembourserait via des petites mensualités, mais des acteurs devront porter le risque du défaut de paiement de l’emprunteur”, poursuit-il.

Cela sous-entend qu’il faudrait faire intervenir des spécialistes du crédit traditionnel sur cette infrastructure (assureurs notamment), ce qui n’est pas très compatible avec philosophie du Web3. Et même si les acteurs du secteur le voulait, l’expertise est encore loin d’être là…

“Nous sommes encore au tout début de la finance décentralisée, donc ce n’est pas étonnant de rencontrer ce type de freins”, souligne Stanislas Barthélémi. “Il ne faut toutefois pas perdre de vue que la DeFi offre des outils financiers auxquels monsieur Tout-le-monde n’aurait jamais eu accès dans le monde traditionnel”, précise-t-il. 👍

L’exemple d’Uniswap est intéressant à cet égard : l’application permet de lister n’importe quel token sur la plateforme pour qu’il soit échangé contre d’autres valeurs sans intermédiaire. Dans le monde traditionnel, la “cotation” en Bourse peut s’avérer beaucoup plus compliquée. Surtout, être côté sur une place financière ne permet pas de l’être partout.

Uniswap (et plus globalement les agrégateurs de DEX comme Paraswap) est un jalon très important dans l’écosystème qui se met en place.

Parmi les autres grands projets, on peut également citer Lido qui permet de tokéniser les dépôts qui sécurisent Ethereum (9 milliards de dollars de valeur immobilisée) et Curve (5 milliards de dollars) positionné sur l’échange d’actifs de même valeur.

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Les plus gros projets DeFi classés par valeur immobilisée (TVL). Source : DeFiLlama

Du côté des applications moins matures, mais au potentiel intéressant, il est possible d’évoquer GMX (600 millions de dollars) ou dYdX (370 millions de dollars), des plateformes d’échange décentralisées dotées d’un carnet d’ordres (conçues sur Arbitrum pour GMX, Starkware et bientôt Cosmos pour dYdX).

Tous ces projets permettent de réaliser des transactions financières sans confier les fonds à des tiers (non custodial). “Là où la DeFi est déjà une grande réussite, c’est dans le fait de se passer d’intermédiaires”, rappelle Stanislas Barthélémi.

Maintenant, elle doit gagner en efficacité pour justifier son statut d’infrastructure alternative.

Du “crypto-casino” vers l’économie réelle

Et le chantier s’annonce assez considérable. “Il y a encore beaucoup de défauts dans la DeFi en termes de risques, d'efficacité et d’accessibilité, surtout pour des acteurs institutionnels”, avance Paul Frambot, cofondateur de Morpho, un protocole qui optimise les taux de dépôt et d’emprunt sur Aave et Compound. “Si on est honnêtes, la DeFi est encore une sorte de crypto-casino sans règle”, indique-t-il.

Pour l’entrepreneur français, la DeFi est toutefois pleine de promesses et peut-être connectée à l’économie réelle. “C’est ce sur quoi nous travaillons”, explique-t-il.

Paul Frambot évoque notamment la possibilité de se “brancher” au marché “repo” (Sale and Repurchase Agreements), c’est-à-dire de refinancement, auquel seuls quelques acteurs financiers institutionnels ont aujourd'hui accès.

Le taux de repo est celui auquel les banques centrales prêtent aux banques commerciales. Si les épargnants finaux ne peuvent pas bénéficier des mêmes conditions, c’est notamment en raison du nombre d’intermédiaires financiers qui prennent chacun l’équivalent d’une petite commission. 💰

“En supprimant ces intermédiaires, nous pourrions fortement optimiser l’efficacité du système au bénéfice des particuliers qui sont en bout de chaîne”, veut croire Paul Frambot. “La finance traditionnelle fonctionne mal pour des raisons opérationnelles, la DeFi est une réponse qui peut améliorer l'infrastructure existante”.

Un cas d’usage pertinent : le financement des entreprises

L’imbrication de la DeFi avec la finance traditionnelle semble être l’une des voies à suivre pour la plupart des experts, essentiellement grâce à l’utilisation des stablecoins décentralisés, comme le DAI dollar (émis par Maker) ou l’agEUR (émis par Angle).

Actuellement, toute organisation peut émettre un stablecoin si elle détient les devises (euros, dollars, etc.) suffisantes pour garantir la stabilité de son token. Un exemple : Circle avec son stablecoin USDC soutenu par des dollars.

Mais cela pourrait aller au-delà des devises : la même logique pourrait s’appliquer aux valeurs mobilières (actions, obligations, ETF, etc.) avec des conséquences intéressantes pour les entreprises et leur financement.

“Il est aujourd’hui très difficile pour beaucoup d’entreprises d’utiliser certains titres (comme des commercial papers) en garantie contre du cash”, indique Pablo Veyrat, cofondateur du protocole Angle.

“Il serait tout à fait envisageable de placer ces titres dans Angle en échange de l’émission de stablecoins euros. Utiliser ses actifs long terme pour financer son activité à court terme, voilà un cas d’utilisation très concret pour la DeFi”, assure l’entrepreneur. 🤝

Selon lui, la tokénisation des titres financiers n’est pas encore très répandue en raison de la difficulté à mettre en place de telles solutions et aussi leur coût. Par exemple, il faut payer des oracles blockchain pour suivre les prix des actifs tokenisés. “En plus de cela, il faut disposer de liquidateurs capables de repayer la dette et récupérer les produits tokenisés si leur valeur chute”, poursuit-il.

En bref, il manque tout un écosystème spécialisé qui n’existe pas encore… Mais les choses bougent, et Ondo Finance fait partie des acteurs qui font bouger les choses. La société américaine émet des tokens adossés à des ETF représentant des bons du Trésor américains gérés par le géant de la gestion d'actifs BlackRock.

De son côté, le suisse Backed Finance permet d’accéder à des fonds indiciels tokénisés également détenus par BlackRock. En acquérant les tokens bCSPX de Backed Finance, les investisseurs peuvent s’exposer au iShares Core S&P 500 UCITS, soit l’ETF qui suit les performances des 500 plus grandes entreprises américaines listées sur l’indice phare de Wall Street.

L’avenir de la finance traditionnelle ?

Pour Adam Levi, cofondateur de Backed Finance, la DeFi permet d’accéder plus facilement à des placements 24/24h (alors que le marché traditionnel est ouvert seulement quelques heures les jours ouvrés) et dont les règlements s'exécutent en totale transparence en moins de cinq minutes. ⏱

Les frais sont aussi beaucoup moins élevés qu’en passant par des courtiers qui prélèvent leur commission.

Adam Levi n’est pas le seul à le penser. Le patron de BlackRock Larry Fink a déclaré début décembre que la prochaine révolution pour les marchés sera portée par la tokénisation des titres financiers, faisant lui aussi valoir un “règlement instantané” et des “frais réduits”.

“C’est assez incroyable ce qu’a réussi à faire Backed, souligne Pablo Veyrat, j’espère que projet tiendra légalement car il y a encore beaucoup d’incertitudes réglementaires…” 😓

Backed assure être conforme à la loi suisse “DLT” de 2021. Celle-ci reconnaît désormais les actifs numériques de la même manière que les actifs financiers traditionnels, autorisant la tokénisation de ces derniers. Cette loi est l’une des premières au monde à clarifier cet aspect. Suffisant pour le développement de produits comme Backed ?

“Ce produit est légal en Suisse… mais seulement là-bas pour l’instant”, tempère William O’Rorke, associé au sein du cabinet d’avocats français ORWL, spécialisé dans le droit des technologies de rupture. “Pour que ce token soit distribué sur d’autres marchés il faut que les autres régulateurs nationaux l’autorisent, sans même parler du risque de requalification comme on l’a vu aux États-Unis”, redoute-t-il.

Selon nos informations, plusieurs demandes ont été déposées par Backed en Europe. Réponse dans quelques semaines pour l’un des dossiers les plus attendus pour l’écosystème DeFi…

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