TBW Premium #16 : La DeFi cartonne à l'EthCC
Publié le
Published on
20/9/2022

TBW Premium #16 : La DeFi cartonne à l'EthCC

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Pour cette semaine, on vous a préparé un dispositif spécial avec des vidéos réalisées sur place (ici et ici), ainsi que plusieurs newsletters pour suivre au plus près l’EthCC (la grande conférence sur Ethereum) qui se déroule à Paris. 🇫🇷

Voici la 2ème des 3 éditions.

­­­­­THE BIG SPLASH

­­­La DeFi à l’honneur 👻

Qui connaît Stani Kulechov ? En dehors de la crypto, personne ou presque. Mais dans la crypto, le fondateur du protocole de finance décentralisée, Aave, est une VÉRITABLE star. Et son intervention hier en fin d’après-midi à l’EthCC à Paris l’a bien démontré. Si toutes les keynotes n’ont pas attiré la foule à la Maison de la Mutualité (aussi à cause des soirées et des évènements parallèles), la sienne a fait recette.

Est-ce étonnant ? Pas forcément. Car si de nombreux secteurs sont bien représentés cette année, c’est bien la DeFi qui tient le haut du pavé. Et de loin ! Dans les stands ou sur les panels, la "finance de demain", celle sans intermédiaires et sans banques, est le principal sujet de discussion. Les projets pullulent et nombre d’entre eux sont tricolores 🇫🇷. “Les Français sont peut-être les meilleurs dans la DeFi”, nous a glissé l’un des plus gros fonds d’investissement de la planète présent sur place.

Difficile sur ce point de lui donner tort (et on bien contents) tant les Morpho, Mangrove, Angle et autres “pépites” ne cessent de progresser. Mais comment expliquer un tel succès ? On en a parlé avec l’un de ceux qui connaissent le mieux le secteur et a investi dans de (très) nombreux projets : le Français Julien Bouteloup (StakeDAO, Stake Capital, etc…).

THE BIG NEWS

­­­Nos informations exclusives

­­👉 Celsius, les vraies raisons du crash

Semaine après semaine, le “dossier” Celsius s’étoffe un peu plus. Il y a quelques jours, la plateforme de lending américaine, qui a gelé toutes ses activités en juin, s’est placée sous le régime des faillites. Une audience est prévue début août pour comprendre au mieux ce qu’il s’est passé pour que la société s’effondre comme un château de cartes. Ce qui est sûr, c’est que l’explosion de Terra Luna en mai et la correction des marchés ne suffiront pas à expliquer la chute de la société. Selon nos informations, Celsius connaissait en réalité d’importantes difficultés depuis longtemps. De nombreux salariés du groupe ont tenté ces derniers mois de trouver des portes de sortie dans d’autres sociétés du secteur. “Nous avons reçu un nombre anormalement élevé de candidatures de salariés de Celsius et cela avait commencé bien avant le krach du marché”, nous a soufflé une start-up étrangère.

👉 Ledger et Cathay carburent

Lors de la présentation en juin de leur fonds d’investissement (100 millions d’euros), Ledger et Cathay Innovation avaient annoncé la couleur en disant vouloir “avancer vite”. Mais à ce point ? Selon nos informations, le fonds Web3 du géant français de la conservation d’actifs numériques et de la société d’investissement dans les technologies a déjà mis des tickets dans plusieurs start-ups crypto. Certaines opérations étaient déjà dans les tuyaux, comme celle dans le français Flowdesk (30 millions d’euros au total), mais d’autres viennent de se boucler comme celui dans l’américain Syndicate, qui est une plateforme de collecte de fonds. “Les choses vont vite. Il y a beaucoup d’opportunités et de beaux projets sur le marché”, explique un proche du fonds. D’autres investissements devraient suivre, notamment dans des jeunes pousses françaises.

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THE BIG INTERVIEW

Julien Bouteloup : “On peut clairement parler de French Touch dans la DeFi”

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Julien Bouteloup

­­­Investisseur touche-à-tout, Julien Bouteloup (StakeDAO, Curve, Stake Capital, etc.) est probablement l’un des meilleurs experts français de la DeFi. Pour lui, la France dispose d’un incroyable vivier de projets.

­­L’EthCC est l’un des plus gros événements crypto en Europe. Qu’en pensez-vous ?

Je pense même que c’est même le meilleur événement crypto au monde (rire). Il y a d’autres événements majeurs comme la conférence DevCon, mais celle-ci est organisée par la fondation Ethereum et on ne retrouve pas autant de monde. L’EthCC est très communautaire, très qualitative. Les projets présents sur place ne sont pas là pour faire du sponsoring agressif et vendre à tout prix leurs projets. À l’EthCC, les gens sont là pour construire, pour développer, et c’est ce qui fait la réputation de l'événement.

Justement, en parlant de projets, quels sont ceux qui ont le plus retenu votre attention ces derniers mois ?

Pas évident de répondre, il y en a beaucoup. J’ai passé beaucoup de temps à l’étranger, mais j’ai toujours fait la plupart de mes investissements en France (ses différentes structures gèrent des centaines de millions de dollars, ndlr). Dernièrement, j’ai investi dans des projets français comme Angle, Mangrove ou Morpho (lire l’analyse fondamentale du projet). Ce qui est intéressant, c’est de voir à quel point leurs équipes sont bonnes. La finance décentralisée, et la blockchain en général, correspondent très bien à ces profils d’ingénieurs que l’on trouve beaucoup chez nous, et c’est justement pour cela que la France brille sur le sujet.

Peut-on parler d’une “French Touch” dans la DeFi ? Les Français sont partout dans les gros projets…

L’école française est excellente en mathématiques, ce qui fait qu'on a beaucoup de profils qui correspondent très bien à la finance décentralisée. Les jeunes qui sortent des grandes écoles comprennent immédiatement la DeFi. Presque tous les projets DeFi ont des Français avec eux. Chez Curve, dont je fais partie, plus de la moitié de l’équipe est française. Chez Aave, plusieurs responsables sont français. Si on ajoute à cela toutes les autres entreprises du secteur, on peut clairement parler de “French Touch” dans la DeFi. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on essaie de porter le sujet au niveau politique. La France a une vraie carte à jouer.

En quoi estimez-vous que la crypto est révolutionnaire ?

La crypto n’est qu’une modalité, une manière d’améliorer la société, l’économie… Après la crise des subprimes en 2008, on a vu l’émergence de ce qu’on a appelé “l’économie du partage”, avec des géants comme Uber, Airbnb, etc. Mais ces groupes n’incarnent pas vraiment l’économie du “partage”. Ils continuent de dominer l’économie et de posséder les données qui vont avec. Le Web3 doit justement permettre de redistribuer les cartes en permettant aux gens de se réapproprier leurs données…

Dans quelles mesures les affaires Celsius et Three Arrows pénalisent-elles le secteur crypto ?

Tous ceux qui ont perdu gros dans ces affaires viennent de la finance traditionnelle. Ils n’ont rien à voir avec la DeFi. Il faut bien comprendre que ces gens ont voulu faire de la DeFi tout en gardant le fonctionnement de la finance traditionnelle… Or ce n’est pas comme ça que la DeFi marche. La DeFi c'est le partage. Beaucoup de ces acteurs se sont servis des dépôts de leurs clients pour emprunter à droite et à gauche, et tout le monde se tenait par la barbichette. Quand les marchés se sont retournés, le château de cartes s’est effondré.

Doit-on redouter un effet domino ?

À chaque krach, ce sont les gros qui tombent en premier. Celsius et Three Arrows sont la pointe émergée de l’iceberg, donc c'est d'eux dont on parle beaucoup. Mais d’autres vont tomber, et ça risque de faire mal. On peut s’attendre à beaucoup de faillites de petites entreprises, de family offices qui utilisaient Celsius. Certains gros acteurs du secteur comme le fondateur de FTX Sam Bankman-Fried pourront ensuite faire leurs courses sur le marché.

Sam Bankman-Fried est-il vraiment le bon samaritain que certains voudraient dépeindre ?

C’est une personne extrêmement intelligente qui comprend les mécanismes de la finance traditionnelle et les utilise pour faire des profits dans la finance décentralisée. Il a une démarche très agressive, entre acquisitions et liquidations, tout en profitant des événements pour faire des manipulations sur un marché… non régulé.

Vos investissements vont-ils au-delà de la DeFi ?

J’investis seulement dans ce que j’arrive à comprendre. Mon domaine d’expertise, c’est la blockchain au sens large, où j’investis assez massivement. Je mets des tickets très tôt dans les projets. Ce sont souvent des paris assez risqués, mais c’est comme ça que j’aime travailler et cela me permet de m’investir personnellement. Au-delà de la blockchain, j’investis aussi dans les start-up liées au machine learning, à l’intelligence artificielle et à la physique quantique. Et, là aussi, la plupart de mes investissements sont en France, car je veux garder un contact régulier avec les équipes.

Qu’est-ce qui manque à la France pour devenir vraiment leader dans la crypto ?

Notre vrai problème, c’est la réglementation. Beaucoup de projets dans lesquels j’ai investi sont encore obligés d’aller s’enregistrer dans des juridictions comme les Îles Caïmans parce que la législation n’est pas adaptée.

Vous avez été assez critique au sujet de la législation européenne sur les cryptos (MiCA, TFR). Pourquoi ?

Honnêtement, on passe à côté des vrais enjeux. A part certains comme à l’Adan, et j’en ai parlé avec eux, peu de gens sont contents du résultat. Si on veut de vrais résultats, il va falloir secouer le cocotier. Je suis à 100% pour la régulation et les derniers épisodes avec Celsius et les autres plateformes montrent bien qu’il y a des problèmes, mais il faut avoir une régulation intelligente. Ceux qui font la loi ne maîtrisent pas vraiment le sujet, la plupart n’ont jamais utilisé un wallet, ni jamais acheté des cryptos… Et lorsqu’ils comprendront les enjeux, il sera trop tard.

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