“Kraken souhaite se positionner sur le marché français, ça ne fait plus aucun doute”. Bien que cette affirmation ne semble pas très étonnante (la rumeur enfle depuis longtemps), le fait qu’elle émane du patron d’une entreprise ayant reçu une proposition de rachat de la part du géant américain lui donne du corps et surtout un calendrier.
Selon nos informations, la troisième plus grosse plateforme d’échange du monde (derrière Binance et Coinbase) cherche activement à racheter une société disposant de l’enregistrement de prestataire de services sur actifs numériques (PSAN).
C’est ce précieux sésame qui permet de vendre des cryptomonnaies au public européen.
Actuellement, Kraken est accessible pour les Européens mais l’entreprise a l’interdiction formelle de les démarcher commercialement (avec de la publicité par exemple). Mais surtout, la plateforme ne pourra plus les servir sans PSAN à partir de 2025, date de l’entrée en vigueur de MiCA, le règlement européen qui va encadrer le secteur des cryptos.
Une telle éventualité est inenvisageable, car Kraken réalise d'importants volumes en Europe. “Ils sont même devant Binance en Europe. Ce marché est crucial pour eux”, déclare le dirigeant d’une plateforme française approchée.
Pour Kraken, l’acquisition d’un PSAN - au lieu de déposer un dossier en propre - est pertinente pour deux raisons.
Premièrement car une telle opération lui ferait gagner du temps (il faut compter environ 8 mois actuellement pour obtenir un enregistrement), mais surtout ça lui simplifierait la tâche car le processus de l’Autorité des marchés financiers (AMF) a été durci ces derniers mois.
“Pour une très grande plateforme comme Kraken, l’examen du dossier pourrait prendre beaucoup de temps, donc racheter un PSAN et en faire une filiale est beaucoup plus intéressant”, souffle une source proche du dossier.
Un point que confirme également William O’Rorke, avocat associé au cabinet ORWL, spécialisé dans les technologies de rupture : “Une acquisition d’un PSAN ne réclame pas un nouvel enregistrement, il faut surtout faire valider le nouvel actionnariat par l’AMF. En principe ça n’interrompt pas l’activité de l’entreprise et c’est donc très intéressant pour l’acquéreur”.
Reste ensuite la question du prix proposé…
“Ils nous ont proposé autour de 50 euros par client ayant renseigné ses informations personnelles”, déclare un entrepreneur qui n’a pas donné suite. En clair, une société qui affiche autour de 20.000 utilisateurs peut espérer se vendre autour d’un million d’euros.
Un telle offre a de quoi décevoir les dirigeants des cibles potentielles, mais le contexte ne joue pas en leur faveur. La quasi-totalité des PSAN sont en difficulté financière et particulièrement les acteurs les plus jeunes. “Il y a clairement un marché pour les start-up aux abois et le secteur en regorge actuellement”, insiste l’un deux