Matthias Baccino (Trade Republic) : “L’intérêt des investisseurs traditionnels pour les cryptos ne cesse de grandir”

Matthias Baccino (Trade Republic) : “L’intérêt des investisseurs traditionnels pour les cryptos ne cesse de grandir”
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Dans une interview avec The Big Whale, le responsable France de l’application d’investissement allemande (un peu plus de 2 millions d’utilisateurs) revient sur le lancement de son offre crypto.

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The Big Whale : Le marché des cryptos tangue beaucoup depuis quelques semaines. Était-ce le meilleur moment pour se lancer ?

Matthias Baccino : Le contexte actuel est très intéressant. Le crash de FTX a mis l’accent sur les questions de sécurité dans les cryptos, et nous voyons bien qu’il y a différents types d’acteurs. Ce qu’il s’est passé avec FTX n’aurait jamais pu arriver avec Trade Republic.

Nous faisons de la conservation, mais selon des standards qui n’ont rien à voir. Nos comptes sont audités par le gendarme financier allemand (BaFin) et la banque centrale allemande (Bundesbank). C’est une preuve de réserve assez crédible (rires).

À qui s’adresse votre offre ?

À tout le monde, mais surtout à ceux qui veulent investir dans les actifs numériques sans pour autant s’exposer aux risques de l’univers du Web3. L’intérêt des investisseurs traditionnels pour les cryptos ne cesse de grandir, mais certains redoutent de conserver eux-mêmes leurs cryptos, d’où notre solution.


Qu’attendiez-vous pour vous lancer ?

Nous attendions l’enregistrement de notre service de conservation d’actifs numériques (Trade Republic Custody) auprès des autorités autrichiennes. C’est désormais le cas, et nous pouvons proposer à nos clients d’investir dans 50 cryptomonnaies différentes.

Ce service était déjà disponible en Allemagne, en Espagne et en Italie, et il l'est depuis cette semaine dans neuf autres pays d’Europe : la France, la Belgique, l’Autriche, l’Irlande, la Lituanie, la Lettonie, le Portugal, la Slovaquie et la Slovénie. D’autres vont suivre.

Quelles leçons tirez-vous de vos premiers tests en Allemagne, en Espagne et en Italie ?

Nous nous sommes lancés en partenariat avec Bitgo pour la conservation des actifs numériques, mais nous avons finalement préféré développer notre propre solution pour une sécurité optimale.

Pourquoi avoir choisi l’Autriche pour enregistrer votre structure de conservation ?

En attendant l’entrée en vigueur de MiCA (la future réglementation européenne qui arrivera en 2024, ndlr), la réglementation autrichienne est la plus intéressante pour se développer en Europe. Elle est à la fois stable et assez détaillée, donc sécurisante. Les délais d'enregistrement courts ont aussi joué en la faveur de l'Autriche.

Les cryptos que les clients achètent sont-elles de “vraies” cryptos ? Beaucoup d’acteurs traditionnels proposent des produits synthétiques…

Oui, ce ne sont pas des produits synthétiques. Nous achetons et vendons à nos clients de “vraies” cryptos.

Pourquoi ne proposez-vous pas de dépôt/retrait de cryptos via des wallets externes ?

C'est un très gros challenge en termes de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Un tel système nécessite des développements informatiques importants ainsi qu’un marché européen harmonisé. C’est aussi le but de MiCA.

Nous allons travailler sur cette solution l’année prochaine afin que cela soit disponible le plus vite possible. Nous voulons permettre ces transferts tout en conservant notre niveau d'exigence en tant qu'entité financière régulée.

Sur quelle plateforme d’échange institutionnelle achetez-vous vos cryptos ?

Nous travaillons avec Bankhaus Scheich Wertpapierspezialist AG qui est le plus gros acteur allemand. Comme pour les actions et les ETF (Trade Republic travaille HSBC, ndlr), nous avons choisi ceux que nous considérons être comme les meilleurs.

Comment comptez-vous vous distinguer de Bitpanda et Revolut, qui proposent aussi de l’investissement crypto en parallèle d’autres placements plus traditionnels (actions, métaux précieux, etc.) ?

Bitpanda n’est pas vraiment un concurrent dans la mesure où ils ne vendent pas de vraies actions. Et concernant Revolut, nous aimons mettre en avant le fait que nous sommes régulés en Allemagne (la banque britannique est enregistrée en Lituanie pour ses clients européens, ndlr).

Comment assurez-vous la sécurisation des cryptos ?

Nous avons choisi la solution logicielle de Fireblocks qui est une référence dans l’écosystème (on vous en reparle très bientôt dans The Big Whale 👀). C’est très rassurant pour les clients, car ni Fireblocks, ni Trade Republic, ne sont en mesure de toucher à vos cryptos.

FTX disait la même chose… Comment le prouver aux utilisateurs ?

Dès que nous aurons des réserves suffisantes sur Trade Republic Custody, nous publierons des audits de nos comptes. Notre avantage, c'est que nous appartenons à la finance centralisée et que nous travaillons aussi avec des tiers de confiance : la banque centrale allemande et nos auditeurs, qui garantissent nos fonds.

On ne peut pas faire plus sécurisé qu’une banque européenne. C’est tout l’intérêt d’un modèle hybride comme le nôtre qui réunit, selon nous, le meilleur des deux mondes.

Que pensez-vous du concept de “preuve de réserve", notamment proposé par Binance ?

Je suis convaincu par la puissance offerte par la transparence des technologies blockchain. Néanmoins je suis banquier et je pense que nous avons besoin d’une confiance systémique, d’où l’intérêt de la future réglementation européenne MiCA. Les régulateurs et leur pouvoir de contrôle peuvent être aussi une partie de la solution.

People in the article
Grégory Raymond

Grégory Raymond est directeur de la recherche et co-fondateur de The Big Whale. Spécialiste de l'intersection entre finance traditionnelle et actifs numériques, il couvre depuis 2017 les enjeux réglementaires, institutionnels et technologiques du secteur pour une audience de décideurs (banques, asset managers, fintechs). Il est également l'auteur de "Bitcoin & Cryptos : L'enjeu du siècle" (Talent Éditions, 2025), un ouvrage structuré autour d'entretiens avec des figures clés de l'écosystème.

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Raphaël Bloch

Raphaël Bloch est CEO et cofondateur de The Big Whale, une plateforme indépendante d’intelligence de marché sur les actifs numériques, destinée aux acteurs des marchés financiers à travers une couverture éditoriale, de la recherche, un briefing hebdomadaire et des événements en présentiel. Il a cofondé The Big Whale en avril 2022. Au sein de la plateforme, il modère et anime des événements institutionnels réunissant banques, asset managers, custodians et fournisseurs d’infrastructure sur des sujets tels que le staking, l’on-chain yield, les stablecoins, le DeFi lending et la tokenisation. Il a modéré des panels lors d’événements organisés en partenariat avec Bitwise, Everstake, Gemini, Morpho, Hexarq, Coinhouse, Delubac, Franklin Templeton et l’Ethereum Foundation, à Londres et à Paris entre fin 2025 et mi-2026.

Avant de fonder The Big Whale, Bloch a travaillé comme journaliste aux Echos de décembre 2016 à mars 2020, puis à L’Express de mars 2020 à mars 2022. Il a également travaillé auparavant chez Reuters. Depuis septembre 2022, il exerce en parallèle le rôle de Business Analyst chez BFM Business. Il couvre le secteur crypto comme journaliste depuis 2016. Il est diplômé d’emlyon et du CFJ.

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