NFT : la nouvelle révolution artistique ?
Publié le
Published on
20/9/2022

NFT : la nouvelle révolution artistique ?

En moins de deux ans, les NFT ou jetons “non fongibles”, qui font partie de l’univers des cryptomonnaies, se sont imposés dans le monde de l’art.

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Qu’est-ce qu’un NFT ? Comment fonctionne-t-il ?

NFT est l’abréviation de “non fongible token”, ou jeton non-fongible en français. Derrière ce vocabulaire un brin technique se cache en réalité quelque chose d’assez simple : un NFT est un jeton numérique enregistré sur une blockchain.

La spécificité du NFT par rapport aux autres jetons et cryptomonnaies est qu’il est “non fongible”, c’est-à-dire non remplaçable par un autre jeton, autrement dit c’est un objet numérique unique.

Pour comprendre ce que cela implique, prenons le cas d’un billet de 10 euros. Il existe plus de 2 milliards de billets de 10 euros en circulation, et leur particularité est d’avoir tous la même valeur : 10 euros. Ils sont interchangeables, donc ce sont des objets “fongibles”.

Pour être sûr d’avoir bien compris, prenons l’exemple d’un dessin. Lucie est artiste et a dessiné une série de baleines en dix exemplaires. Chaque dessin est différent des autres, aucun ne remplace l’autre, ils sont tous uniques. On va donc dire de ces dessins qu’ils sont non fongibles, c’est-à-dire non remplaçables l’un par l’autre.

Et c’est là que les NFT entrent en jeu.

Pour garantir le caractère unique des dessins de baleines de Lucie sous leur forme numérique, on peut les enregistrer sur la blockchain et en faire des NFT (Lucie aurait aussi pu directement dessiner ses baleines sur l’ordinateur). Comment ? En faisant ce que l’on appelle du “mintage”. Cette formule vient de l’anglais “mint” qui signifie “frapper une pièce de monnaie”, laquelle doit être comprise comme créer de la monnaie ou monnayer un actif. Dans l’exemple, si Lucie souhaite vendre ses dessins du baleine c’est le processus qu’elle devra réaliser.

Le ”mint” correspond donc à la création du NFT du dessin de baleine et à son enregistrement sur la blockchain. Désormais, votre ticket est inscrit sur un registre numérique infalsifiable pouvant être consulté par n’importe quelle personne dotée d’un ordinateur et d’une connexion internet. La blockchain vous reconnaît comme l’unique propriétaire de cette photo. Vous pouvez utiliser votre NFT comme bon vous semble.

Pourquoi est-ce qu’on parle des NFT ?

Maintenant que vous avez normalement compris ce qu’est un NFT et quelle technologie est utilisée pour les créer, il est important de comprendre pourquoi on en parle tant aujourd’hui.

Quelques chiffres sur ce que représente le marché : En 2021, les volumes de transactions sur les NFT ont atteint 44 milliards de dollars - notamment via l’utilisation de la monnaie native d’Ethereum, l’ether - selon plusieurs rapports. Si le sport, le luxe ou le gaming sont touchés par le phénomène, c’est surtout le marché de l’art qui est concerné. Et pour cause : le caractère “unique” des NFT renvoie directement au caractère unique d’une oeuvre d’art.

L’un des cas les plus emblématiques est celui de l’artiste Beeple. En 2021, la maison d’enchères Christie’s a vendu l’une des oeuvres de l’artiste, “Everydays - The first 5000 days”, pour 69 346 250 $, ce qui en fait le 3ème artiste vivant le plus cher de la planète derrière David Hockney et Jeff Koons.

La rareté d’un jeton numérique définit sa côte sur le marché. À titre d’exemple, les fameuses collections du studio Yuga Labs, Bored Ape Yacht Club et Mutant Ape Yacht Club n’ont respectivement que 6 400 et 13 000 propriétaires. Le caractère unique de ces NFT joue énormément sur leur prix. Certains se sont vendus plusieurs millions de dollars.

Mais ce genre de NFT et ces prix sont tout à fait exceptionnels. Si aucun prix “moyen” n’est disponible, la plupart des NFT, même dans l’art, se négocient à des prix autour de quelques centaines d’euros. Selon une enquête de KPMG France pour l’Association pour le développement des actifs numériques (Adan), 3,5 % des Français ont déjà acheté des NFT. Ce chiffre serait à peu près deux fois supérieur pour les cryptomonnaies.

Les NFT, une révolution artistique ?

La grande nouveauté avec les crypto-actifs et les NFT est la propriété numérique. Désormais, on peut être propriétaire d’un bien matériel et aussi… virtuel ! Ce qui ouvre évidemment d’énormes perspectives aux artistes. N’importe quel dessinateur, peintre, chanteur ou autre “créateur” peut créer un ou plusieurs NFT et les vendre en direct à de potentiels acheteurs. Est-ce pour autant la fin des galeries d’art ? Pas tout à fait.

Sur le modèle des galeries d’art classiques, d’autres “galeries en ligne” se sont créées. La plus connue d’entre elles est dans doute OpenSea.

En 2022, la plateforme d’échange américaine, valorisée un peu plus de 10 milliards de dollars en 2021, revendiquait 600.000 ”artistes” ou revendeurs d’oeuvres et près de 120 millions de visiteurs par mois ! Avec un tel trafic sur ces plateformes, l’exposition est potentiellement énorme pour les artistes (et propriétaires), même si leur nombre est aussi proportionnellement beaucoup plus important que dans une galerie “physique”.

Outre les revenus liés à la vente des oeuvres, les NFT ont un avantage considérable pour les artistes puisqu’ils leur permettent de continuer à toucher des “royalties” sur chaque vente. Comment ? C’est prévu dans les informations inhérentes au contrat du NFT. Dès que le “propriétaire” souhaite vendre l’oeuvre, l’artiste va toucher automatiquement un pourcentage sur la transaction.

Pour les collectionneurs, l’avantage des NFT est qu’ils peuvent faire leur marché à distance. Certaines oeuvres ne sont qu’en NFT. D’autres sont un NFT avec une déclinaison physique. Il n’est dorénavant plus nécessaire d’investir dans un coffre-fort pour protéger ses précieuses œuvres. Les portefeuilles numériques communément appelés ”wallet” sont sécurisés et permettent à chacun d’avoir la main sur ses propriétés et son patrimoine financier en général.

Ces nouvelles oeuvres ne sont pas sans conséquences sur le marché de l’art qui a commencé à prendre en compte cette évolution pour s’y adapter.

Le cas des musées : sortir les NFT du monde virtuel

L’art numérique a dorénavant ses musées. À Seattle, aux Etats-Unis, un musée dédié aux NFT a ouvert ses portes début 2022. Il n’est pas le seul. A Paris, la NFT Factory, qui devrait bientôt voir le jour, devrait aussi permettre aux artistes d’exposer leurs oeuvres.

L’idée du musée est simple : sortir les œuvres d’art du monde virtuel et en faire directement profiter le public, exactement comme pour les expositions “classiques”. Depuis la crise du Covid, certains établissements, et pas des moindres, comme le British Museum, ont repensé leur modèle économique et se sont tournés vers la vente de NFT afin de diversifier leurs revenus.

Il existe également des musées ”dématérialisés” uniquement accessibles dans le… métavers (oui oui). Il est notamment question d’utiliser ce monde virtuel alternatif, afin de présenter et utiliser les NFT. Ces musées sont censés offrir un accès virtuel mais immersif. La dématérialisation inhérente au metavers ne permet pas d’avoir accès physiquement aux différents objets d’art, mais la technologie sous jacente remet en cause la notion d’accessibilité à certaines collections. Voilà un tout autre sujet mais le métavers n’est pas qu’un jeu comme certains aiment le penser, il fait d’ores et déjà office de galerie d’art dans plusieurs cas (Decentraland, Multiverse…).

Pourquoi les NFT ont-ils de la valeur ?

La question de la valeur des NFT suscite beaucoup de débat, comme pour les oeuvres d’art “classiques”. Une manière assez simple de définir la valeur d’un NFT est de regarder son prix. Mais est-ce suffisant ?

Ce qui est sûr, c’est que le marché des NFT comme celui des cryptos est très spéculatif. Certaines oeuvres d’art comme celle de Beeple ou les collections de NFT (Bored Apes, etc…) sont particulièrement médiatisées et connaissent une forte popularité. C’est donc l’offre et la demande qui définissent le prix du marché.

Les artistes jouent sur le caractère unique d’une œuvre, sur l’histoire qu’ils racontent via leur collection, et aussi sur ce que le NFT peut offrir comme services (accès à des évènements spécifiques par exemple si on détient l’oeuvre d’un artiste) pour inciter les acheteurs à craquer. Il ne faut toutefois pas se tromper : les risques liés aux NFT sont bien présents et la volatilité des crypto-actifs est à prendre en compte pour les investisseurs.

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