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Quand Londres se rêve en capitale financière de la crypto

Quand Londres se rêve en capitale financière de la crypto

Quand Londres se rêve en capitale financière de la cryptoQuand Londres se rêve en capitale financière de la crypto

‍Après avoir laissé le sujet de côté pendant des années, le Royaume-Uni semble s’être pris d'amour pour les cryptos. Le pays pourrait se doter, d'ici 2024, d'une régulation souple avec l'objectif de concurrencer l'Union européenne. Une ambition réaliste ? Première partie de notre reportage à Londres.

Le nouveau premier ministre conservateur, qui a démarré sa carrière chez Goldman Sachs (il n’a que 42 ans), est un partisan assumé des cryptos. “C’est quelqu’un qui vient de la finance, il comprend que la crypto n’est pas une mode”, souligne Nick. “Ces technologies vont avoir un impact énorme”, ajoute-il.

C’est pour cette raison que l’ancien ministre des finances de Boris Johnson vient de lancer un grand chantier sur la régulation financière, dont les cryptos sont un chapitre important.

L’objectif de ce chantier est clair : attirer les investisseurs Web3, leurs milliards de dollars, et créer des emplois dans le pays. 💰

Selon CryptoUK, la principale association professionnelle du secteur au Royaume-Uni (plus de 100 entreprises membres), Londres pourrait créer plusieurs milliers d’emplois directs dans le secteur dans les années qui viennent.

Un chiffre qui n’a évidemment pas échappé à Rishi Sunak qui veut, comme ses prédécesseurs, effacer une partie des conséquences du Brexit qui a fait perdre au pays une partie de ses emplois, notamment dans la finance.

“Avec le Brexit, le Royaume-Uni a perdu un peu de son attractivité, donc il faut trouver des nouveaux leviers, et la crypto en est un excellent”, confirme George Morris, avocat chez Simmons & Simmons.

À quoi pourrait ressembler cette régulation ?

Pour l’instant, peu de choses ont filtré sur la première mouture de la future régulation du gouvernement britannique. 📝

Selon les premiers éléments, le texte reprend les grands principes du règlement européen MiCA, que l’Union européenne doit définitivement adopter en avril. “MiCA est une très bonne base”, explique George Morris.

L’idée pour Londres est toutefois de faire un texte “encore plus complet”, selon plusieurs avocats et consultants, notamment en y intégrant la finance décentralisée et les NFTs, et surtout en essayant d’être un peu plus souple. “Sinon cela n’aurait pas un grand intérêt”, glisse Ian Emerson, associé au sein de Fabric Ventures, qui est un fonds londonien spécialisé dans le Web3.

TBW

Avec Ian Emerson (Fabric Ventures)

Le gouvernement vient de lancer une consultation publique sur le sujet. Celle-ci va durer deux mois. “Tous les acteurs de l’écosystème peuvent contribuer et faire leurs propositions”, explique Diego Ballon Ossio, associé au sein du cabinet d’avocats Clifford Chance.

Après cette consultation, qui devrait donc s’achever courant avril, le gouvernement reprendra la main, jugera ce qui en est sorti, et amendera éventuellement sa première mouture.

Ensuite, l’exécutif passera le dossier à la Financial Conduct Authority (FCA), le gendarme boursier britannique, qui a aussi le pouvoir de légiférer sur les questions financières. Contrairement à ses homologues française ou allemande, la FCA n’est pas seulement une autorité administrative. 🧐

Si le calendrier suit son cours, la régulation britannique pourrait entrer en vigueur en 2024 ou 2025. “Personne ne le reconnaîtra, mais il y a une forme de course contre-la-montre avec l’Union européenne”, explique le responsable d’un fonds basé à Londres.

Le règlement MiCA doit entrer en vigueur en 2024 (avec des dérogations jusqu’en 2026 pour certains acteurs déjà enregistrés). ⏳

Quoi qu'il arrive les entreprises qui veulent aller dans l'Union européenne devront se conformer à MiCA. “Le Brexit donne plus de flexibilité au Royaume-Uni, mais ils perdent aussi les avantages qu'ils avaient en étant dans l'UE”, explique un avocat français.

En attendant, une récente étude de “Recap”, une entreprise crypto britannique (important de le préciser), a classé Londres comme la ville la plus “accueillante” de la planète pour la crypto. Elle devance Dubaï, New York et Singapour.

La première ville de l’UE est… Paris. La capitale française se classe 8ème.

L’étude a fait du bruit dans l’écosystème britannique. "Beaucoup de gens semble découvrir que le Royaume-Uni, et spécialement Londres, ne partent pas de zéro et qu’il y a un écosystème crypto déjà présent”, s’amuse Jérémy Obadia, responsable des produits dérivés chez Ribbon Finance, un protocole de finance décentralisé basé sur Ethereum. 😏

Sans encore parler de “hub crypto”, Londres est en effet loin d’être à la traîne.

Plusieurs plateformes d’échanges d’origine américaine comme Coinbase et Kraken ont des bureaux européens dans la capitale britannique. L’univers des NFTs est également dynamique. “Nous organisons un événement chaque mois et il y a des centaines de personnes qui viennent”, souligne Mila Lolli, fondatrice de NFTUK, une organisation dont l’objectif est d'acculturer aux sujets du Web3 (retrouver son interview plus bas).

La DeFi à l’heure britannique

Mais au-delà de toutes les activités liées à l’achat et la vente de cryptomonnaies ou aux NFTs, le gros point fort de l’écosystème britannique est clairement du côté de la… finance décentralisée (DeFi).

S’il n’y a pas de chiffres officiels, une part importante des start-up et projets cryptos comme Valk, un système de monitoring des flux sur la DeFi, gravitent dans cet univers. “La majorité des gros acteurs de la DeFi sont à Londres”, souligne Antoine Loth, cofondateur de Valk.

C’est notamment le cas du géant Aave. Une grande partie de l’équipe est basée à Londres, dont Aave Limited, l’entreprise commerciale chargée de développer des applications sur le protocole du même nom.

Plusieurs banques et fonds d’investissement basés à Londres travaillent avec les équipes du protocole lancé par Stani Kulechov (lire son interview). 🏦

"J'ai créé trois start-up à Londres, il y a une énorme concentration de talents et d'investisseurs", souffle Itamar Lesuisse, créateur du wallet DeFi Argent (l'un des plus innovants du secteur, ndlr). “Le système légal est très propice pour les start-up, sans parler du fait qu'il y a énormément d'innovation FinTech ici”, poursuit-il. “Vu du Royaume-Uni, on sent un changement pour les start-up françaises, mais Londres reste largement au-dessus en ce qui concerne l'accès au financement.”

La capitale 🇬🇧 accueille également la plupart des market makers de l’écosystème. Les markets makers sont des acteurs très importants car ce sont eux qui fournissent la liquidité aux différentes plateformes d’échange.

À Londres, on retrouve les plus gros spécialistes du secteur comme GSR et Wintermute, qui disposent d’une excellente réputation. “Ils font partie de ceux qui sont totalement passés à travers les gouttes lors des crashs de Celsius ou de FTX, ce n’est pas un hasard”, explique un proche d’Aave.

Cette position de force du Royaume-Uni sur la DeFi est assez simple à comprendre. “Londres est un hub de la finance traditionnelle. Ici, il y a tous les meilleurs profils (dont beaucoup de Français 🇫🇷, ndlr), donc c’est normal que la finance décentralisée se développe autant”, explique Olivier Legris, fondateur de CVRE, une agence spécialisée dans le Web3.

C’est pour ces mêmes raisons que des acteurs comme Revolut, en pointe sur l’accès à l’investissement crypto auprès du grand public, ou Monzo, sont basés à Londres.

Jusqu’à présent, cet écosystème s’est développé sous les radars. L’enjeu pour Rishi Sunak va être de réussir à continuer de le faire grandir dans un univers plus réglementé. De ce point de vue-là, les débats récents autour du règlement MiCA montre à quel point cet équilibre n’est pas simple à trouver…

On vous raconte la suite la semaine prochaine !

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