Sébastien Gouspillou : “Nous pouvons largement tenir avec un bitcoin à 6000 ou 7000 dollars”
Publié le
Published on
January 11, 2023

Sébastien Gouspillou : “Nous pouvons largement tenir avec un bitcoin à 6000 ou 7000 dollars”

‍Le patron français de BigBlock Datacenter, très présent en Afrique, travaille depuis des années en privilégiant les énergies renouvelables. Un pari qui s’avère payant alors que d’autres acteurs sont en grande difficulté.

The Big Whale : Comment expliquer que des entreprises aussi importantes que Core Scientific se retrouvent au bord de la faillite ?

Sébastien Gouspillou : Il y a essentiellement deux raisons à cela. La première, c’est qu’ils se sont trop endettés lorsque les marchés montaient. La seconde, c’est qu’ils n’ont évidemment pas anticipé une telle hausse des prix de l’énergie ⚡️

Un de mes clients, qui a une partie de ses activités aux États-Unis, m’expliquait récemment que ses tarifs avaient plus que doublé en un an (de 3,5 à 7,8 centimes le kilowattheure). Pour lui, ce n’est plus intéressant de miner. Après, il faut regarder État par État. Le pays est immense et plusieurs États minent avec des conditions différentes.

Le minage américain est-il condamné à moyen terme ?

Pas forcément. Il y a encore des centrales, surtout au gaz, qui sont loin de leur pleine capacité et il y aussi beaucoup de gaz disponible, au Canada notamment. Vu le prix du gaz, le minage à partir de cette énergie - carbonée - n’est pas prêt de disparaître là-bas.

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Est-ce que le hashrate de Bitcoin, qui mesure la puissance de calcul qui protège le réseau, pourrait chuter ?

Sur le papier oui, bien sûr, mais en même temps, il est intéressant de constater qu’il ne baisse toujours pas alors que le prix du bitcoin a fortement chuté.

Cette situation montre que les mineurs s’accrochent en dépit des conditions de marché particulièrement compliquées. Tout est lié au prix de l’électricité : tant que vous pouvez payer votre facture, vous n’avez pas intérêt à arrêter de miner. Pour ceux qui étaient déjà là il y a quelques années, le marché ressemble un peu à celui que nous avions observé en 2018.

Les mineurs qui s’en sortent le mieux sont ceux qui ont négocié un tarif fixe de l’électricité. Est-ce la clé ?

Ces contrats sont signés sur plusieurs années, au moins sur trois à cinq ans. C’est clairement la meilleure stratégie parce que se contenter de se brancher au réseau vous expose à la volatilité des prix.

Récemment, on a toutefois vu que les prix fixes pouvaient évoluer si la demande en électricité locale s'envolait. Dans ces cas-là, les prix censés être “fixes” peuvent évoluer à la hausse, ce qui va bouleverser votre business et vous contraindre d'aller miner ailleurs. Et croyez-moi, vous n'en avez pas envie. C'est une sacrée logistique pour déménager des machines !

Quelle est votre vision sur l’évolution des prix de l'énergie ? Les mineurs sont peut-être les meilleurs experts sur ce sujet…

Je pense que les prix vont continuer d’augmenter, ou en tout cas se maintenir aux niveaux actuels. Tout augmente : la demande en énergie, les revenus des énergéticiens, etc. Structurellement, je ne vois pas comment les choses pourraient évoluer autrement. C’est pour cela que notre stratégie depuis trois ans est d’aller chercher de “l’électricité perdue”, là où il n’y a pas de concurrence pour la consommer.

Il y a des surplus partout, il faut juste aller les chercher. À terme, je pense qu’il y aura une grande concurrence entre les mineurs de bitcoins autour des sources d’énergie renouvelable.

Dans quelle mesure la hausse des prix de l’énergie pourrait favoriser les mineurs qui utilisent de l’énergie renouvelable ?

Nous travaillons essentiellement avec de l’énergie d’origine hydroélectrique et basée sur la géothermie. Notre plus grosse installation se situe dans le parc national des Virunga, au Congo.

Là-bas, la demande locale n’absorbe pas toute la production et nous utilisons les excédents pour miner. Il y a de la marge. Avec cette énergie, nous pouvons largement tenir avec un bitcoin à 6000 ou 7000 dollars.

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