TBW #30 : Sorare au coeur d'une bataille politique
Publié le
Published on
October 20, 2022

TBW #30 : Sorare au coeur d'une bataille politique

Retrouvez toutes les informations de la 30ème newsletter Premium de The Big Whale.

Bonjour les Whales et bienvenue aux petits nouveaux qui viennent de nous rejoindre dans l’édition Premium.

Vous êtes déjà plus de 1500 à nous lire chaque semaine !

Merci infiniment 😍

­À dévorer cette semaine

🖊️ L'édito de la rédaction

🔥 Nos infos exclusives

⚡️ La stratégie d'EDF

🤖 La hype des fonds Web3

THE BIG SPLASH

­La bataille de l’image

­On sait depuis des années que le développement des cryptos ne dépend pas que de leur performance. L’image qu’elles renvoient est aussi très importante et le retour en grâce d’Ethereum en est le meilleur exemple. Depuis son passage au Proof-of-Stake, la 2ème plus grosse blockchain est devenue comme beaucoup plus fréquentable. On ne compte plus les entreprises ou les responsables politiques - le ministre français du Numérique en tête - qui vante ses qualités.

Envie de lire la suite ?

Seuls les abonnés premium ont accès à cet article !
Inscris-toi pour accéder au meilleur contenu, avoir des infos exclusives et rejoindre la communauté des baleines. 🐳

Abonnez-vous gratuitement pour lire la suite.

Cet événement est évidemment un progrès incontestable pour Ethereum, mais il est aussi un signal important pour Bitcoin. Car tous les soutiens au Proof-of-Stake sont autant de condamnations du Proof-of-Work, qui consomme effectivement beaucoup plus d’énergie…

Les mois qui viennent s’annoncent cruciaux pour Bitcoin dont l’image pourrait un peu plus souffrir. La question est de savoir comment réagiront ses défenseurs. Auront-ils la patience de reprendre leur bâton de pèlerin pour expliquer son fonctionnement et démontrer qu'il peut être utile à la transition énergétique ou alors s’isoleront-ils encore un peu plus ? Le Bitcoin a perdu une bataille de l’image, mais pas forcément la guerre.

­­­­­­THE BIG NEWS

NOS INFORMATIONS EXCLUSIVES

👉 Sorare au coeur d'une bataille politique

Entre l’Autorité nationale des jeux (ANJ) et Sorare, le gouvernement semble avoir tranché. Comme il nous l’a expliqué hier dans une interview exclusive (disponible ici), le ministre délégué au Numérique, Jean-Noël Barrot, appelle à faire preuve “d’agilité” au sujet du champion 🇫🇷 des NFT. Autrement dit, il ne faudrait pas que l’ANJ pénalise Sorare en le considérant comme un jeu de paris sportifs. Une mission a été confiée à l’Inspection générale des finances afin de clarifier le statut de ce genre de sociétés, mais celle-ci prendra du temps. “Il faut en général une année avant que le rapport soit rendu et deux ans pour que cela soit traduit dans la loi”, souligne un bon connaisseur de la procédure. Or l’ANJ est censée rendre sa décision dans les semaines qui viennent. Que va-t-elle faire ? Impossible de le savoir. Seule certitude, si l’ANJ décidait de considérer la société comme Winamax et d'autres acteurs de paris sportifs, la France deviendrait le premier pays, avec la Suisse, où les NFT seraient assimilés à des jeux d’argent. Ce qui ferait évidemment tache dans un pays qui veut devenir leader dans le Web3 !

­­­­­­

ANGLE

­­­­­

THE BIG INTERVIEW

­­Fatih Balyeli : “Un groupe comme EDF a un rôle à jouer dans le Web3”

­

FB

­­

Créée en 2020, Exaion, la filiale Web3 du géant français de l’énergie, est désormais un acteur installé dans l’univers des cryptos. On en a parlé longuement de ses ambitions avec son responsable, Fatih Balyeli.

­­­­The Big Whale : Comment peut-on présenter Exaion et son activité ?

Fatih Balyeli : Nous sommes un fournisseur de services et d’infrastructures Web3. Quand je parle de Web3, je fais référence à la blockchain, aux métavers et au edge computing (une méthode d'optimisation employée dans le cloud, ndlr). Nous ne faisons pas d’applicatif, mais de l’infrastructure. Nous sommes la couche technologique que l’on met à la disposition de ceux qui développent des protocoles ou des applications. J’aime bien nous présenter comme le Amazon Web Services (AWS) du Web3.

En parlant d’un géant comme Amazon, Exaion n’est pas une entité autonome. Vous êtes une filiale à 100% d’EDF. Quelle mission avez-vous au sein du groupe ?

Nous avons plusieurs missions qui se déclinent selon deux grands axes. D’abord nous voulons contribuer à réduire l’empreinte carbone de l’industrie crypto : nos centres de données sont installés dans le Nord de la France et leur mix énergétique provient du nucléaire et de l’éolien.

Concernant la puissance de calcul que nous utilisons, celle-ci est alimentée par de l’énergie hydraulique 100% renouvelable au Canada. Nous utilisons de l’énergie décarbonée. C’est important d’avoir ce point en tête parce que c’est ce qui nous différencie de nos concurrents (Infura, Blockdaemon, ndlr.) qui opèrent aux États-Unis ou en Chine.

L’autre principal axe de notre action est d’accompagner la numérisation d’EDF et de l’aider à se positionner sur les nouvelles technologies. Il faut le souligner, EDF est le premier géant européen à avoir créé sa filiale Web3. Nous voulons être pionnier sur les nouvelles technologies et Exaion a été conçu pour ça.

Exaion est-il une simple aventure ou alors un élément stratégique pour EDF et plus globalement pour la France ?

Je pense que l’on peut se ranger dans la seconde catégorie.

Quel parcours avez-vous suivi avant de vous retrouver à ce poste ?

J’ai une formation d’ingénieur et j’ai également fait une école de commerce. Avant de rejoindre EDF, j’ai d’abord travaillé dans la finance comme trader chez BNP Paribas à Hong Kong et à Londres, puis j’ai eu quelques expériences entrepreneuriales. Mon arrivée chez EDF coïncide avec la création en 2017 du fonds de capital-risque EDF Pulse Ventures. J’ai ensuite lancé Exaion en janvier 2020.

Quelle est votre expérience dans le Web3 ?

Je me suis plongé dans les cryptos et le Web3 à travers la finance. Je vous avoue que j’ai été assez perturbé lorsque j’ai découvert et vu l’émergence de Bitcoin car j’avais du mal à conceptualiser l’émission d’une monnaie qui ne soit pas gérée par une banque centrale. Ça allait tellement à l’encontre de ce qu’on m’avait appris et de ce que j’avais vu sur les marchés !

Après Bitcoin, j’ai découvert beaucoup d’autres applications et de projets comme Ethereum. Pour moi, il y a plusieurs générations de protocoles cryptos qui se distinguent selon beaucoup de choses : la technologie, le fonctionnement, la consommation énergétique…

Qu’est-ce qui a motivé la création d’Exaion ?

Lorsque j’étais dans le capital-risque, j’ai longtemps cherché une start-up capable de développer des projets cryptos en lien avec les grands groupes, les institutionnels. Ne l’ayant pas trouvé, j’ai décidé de la créer !

Combien de personnes travaillent dans votre structure ?

Nous sommes actuellement une trentaine (31 précisément). Une majorité est en poste dans la Tour EDF de La Défense à côté de Paris, tandis que les autres sont répartis autour de nos datacenters et en régions (Normandie, Bretagne, Occitanie, Rhône-Alpes, Grand Est, Lyon).

En ajoutant les prestataires, nous ne sommes pas loin de la cinquantaine de collaborateurs. Les profils chez Exaion sont très variés : experts d’infrastructure, développeurs blockchain, développeurs front-end et back-end, experts en sécurité et cybersécurité, experts de l’énergie, commerciaux, communication, etc…

Comment Exiaon est-il financé ?

Nous venons de boucler une levée de fonds (série A) avec EDF. Je ne peux pas dévoiler le montant exact.

Sur quels projets avez-vous travaillé ?

Ces derniers mois, nous avons travaillé avec les équipes de BNP Paribas et d’EDF Renouvelables dans le cadre de la première tokenisation d’une obligation pour le financement d’un projet d’énergie renouvelable.

Nous avons aussi accompagné Société générale, Goldman Sachs et Santander pour l’émission de la première obligation basée sur la blockchain. C’était une opération de 100 millions d’euros pour le compte de la Banque européenne d’investissement. Enfin, nous avons travaillé avec la société Progiss pour la dématérialisation d’éléments liés à l’animation et aux effets spéciaux, ainsi qu’avec le projet Klapcoin qui veut soutenir la diversité du cinéma français.

Comment voyez-vous la France dans l’univers du Web3 ?

Nous avons tout pour devenir les champions du monde du secteur. De part notre situation géographique, la France est dans une position idéale pour gérer un business de centres de données sans avoir à recourir à beaucoup de refroidissement grâce au free cooling (une méthode qui utilise l’air extérieur pour faire baisser la température, ndlr). À ce sujet, la Normandie est particulièrement bien placée car le climat n’est ni trop froid ni trop chaud.

De plus, nous avons le mix énergétique le plus décarboné en Europe et l’un des meilleurs dans le monde. Pour quelle raison ? Parce que nous avons le nucléaire. Nous sommes capables de construire un environnement numérique éco-responsable.

Dans une interview publiée en avril dans The Big Whale, Emmanuel Macron appelait à construire des géants européens technologiques spécialisés dans quelques briques précises du Web3. Est-ce que vous vous retrouvez dans ce discours ?

Ce qui a été dit par le président dans cet entretien reflète toute l’ambition d’Exaion ! Un groupe comme EDF a un rôle à jouer dans le Web3.

Exaion est récemment arrivé sur le marché canadien. Pensez-vous aller aux États-Unis ?

Ce marché est très difficile car il y a beaucoup de compétition et tout coûte très cher. Un développeur français coûte 70.000 euros, alors qu’un développeur américain coûte 350.000 dollars, soit cinq fois plus ! Et c’est pareil pour les bureaux.

Si nous voulions avoir la même activité aux Etats-Unis qu’en France, nous aurions besoin de beaucoup plus de capitaux. C’est néanmoins un marché que nous regardons évidemment de près. Mais dans l’immédiat, nous sommes concentrés sur le Canada où nous avons déjà investi plus de deux millions d'euros et où nous prévoyons l’ouverture d’une vingtaine de datacenters.

Quelle expérience retirez-vous de votre collaboration avec l’écosystème Tezos pour lequel vous êtes validateurs ?

Nous aimons toujours mettre les technologies françaises en avant ! Actuellement, nous gérons la grande partie des nœuds qui sont hébergés en France. Nous avons une très bonne relation avec les Français de Nomadic Labs, qui est une sorte de cabinet de recherche et développement de l’écosystème Tezos (lire notre enquête).

Tezos n’est pas le seul protocole que vous utilisez. The Big Whale a récemment révélé que vous assuriez la gestion de plus de 150 nœuds Ethereum…

Nous sommes agnostiques au niveau des protocoles. Nous travaillons beaucoup avec Ethereum sur lequel nous participons à la validation des transactions, mais aussi avec Hedera, Energy Web, Polkadot, Cosmos et Avalanche.

Historiquement, nos liens les plus forts sont avec Ethereum et Tezos. Dans le cas d’Ethereum, la plupart des nœuds que nous opérons le sont pour le compte de clients, notamment les Français de Just Mining. Mais nous gérons également 10 nœuds de validation en propre.

Est-ce le passage d’Ethereum à la preuve d’enjeu, qui consomme beaucoup moins d’énergie, qui vous a décidé ?

Plusieurs de nos clients utilisaient Ethereum bien avant le Merge. Mais lorsqu’il y a eu le début des expérimentations sur Ethereum 2.0, nous avons immédiatement basculé dessus. Comme nous avions la roadmap technique, nous savions qu’Ethereum serait un jour moins énergivore. Nous ne nous sommes jamais intéressés aux protocoles qui ne prévoyaient pas de passer à la preuve d’enjeu.

Qu’est-ce qui vous plaît dans Ethereum ?

La preuve d'enjeu évidemment. Mais c’est surtout une très belle technologie qui a fait beaucoup de progrès. Elle prend en considération son écosystème, les équipes tiennent compte des retours des utilisateurs. Elle est dans une logique d’amélioration continue, contrairement à… Bitcoin.

Vous n’avez jamais envisagé de miner des bitcoins chez EDF ?

À mon niveau et à celui d’Exaion, cela a toujours été hors de question. Je ne peux pas prendre la parole au nom du groupe, mais du côté d’Exaion nous ne voulons pas y aller pour des raisons énergétiques. Cela ne nous empêche toutefois pas de nous intéresser à l’écosystème : nous proposerons bientôt un explorateur de transactions en bitcoins qui, lui, n’est pas énergivore.

Pourtant, et vous êtes bien placé pour le savoir, le bitcoin a montré qu’il pouvait être intéressant lorsqu’il consommait les surplus invendus des producteurs d’énergies renouvelables…

Beaucoup de mineurs disent qu’ils consomment l’énergie dite “fatale”, mais sur le terrain c’est moins vrai. La plupart du temps, les installations d’énergies renouvelables ne sont pas reliées au réseau.... Les installations sont financées à 100% par des sociétés privées dans l’unique but de miner des bitcoins !

Et lorsqu’elles sont reliées au réseau électrique, n’est-ce pas un moyen efficace de soutenir la transition énergétique ?

Lorsque le réseau électrique du Texas a lâché lors de l’hiver 2021, des gens n’ont pas été capables de se chauffer alors que des installations minaient du bitcoin à quelques kilomètres. Pour moi, cela pose un problème car cette électricité aurait pu servir à alimenter des foyers. Il n’y a que deux hypothèses possibles : soit les mineurs n’étaient pas connectés au réseau, soit ils ont estimé que le minage était plus rentable que la revente d’électricité. Pour nous, ça n'a pas de sens.

On peut néanmoins mettre en place du délestage, comme au Québec, où les mineurs acceptent contractuellement d’éteindre leurs installations lorsque la demande en électricité est très forte…

Sur ce cas précis, je ne sais pas, puisque nous n’avons jamais été dans le business du minage de bitcoins.

EDF ne pourrait-il pas imaginer un accord avec les mineurs dans lequel il serait prévu un système de délestage?

Il faudrait faire une analyse complète du cycle et du marché… Mais comme je vous le dis, je ne connais pas trop l’écosystème du Bitcoin, car il ne m’a jamais vraiment intéressé. Nous avons l’objectif très ambitieux de venir en aide à la communauté blockchain en construisant des infrastructures éco-responsables et décarbonées. Je n’ai pas souhaité regarder dans quels cas spécifiques nous pouvions créer de la valeur avec le protocole Bitcoin. On se positionne sur des enjeux beaucoup plus vastes et structurels.

Pourriez-vous jouer un rôle dans le futur euro numérique ?

Oui, totalement. L’euro numérique tournera sur des infrastructures souveraines et européennes. Actuellement, le seul acteur européen en mesure de le faire est Exaion, et personne d’autre. Une fois que les États et la Banque centrale européenne se seront entendus sur les contours du projet, nous serons en mesure de mettre à disposition notre infrastructure et notre savoir-faire.

­­­­­

Discord

­­­­­

THE BIG FOCUS

­­Pourquoi les fonds Web3 poussent comme des champignons

­­Avec la baisse des valorisations et l’appétit de certains grands groupes, les fonds liés à l’univers des cryptos ont le vent en poupe.

­­150 millions d’euros ! Fin septembre, le français Trail a lancé un fonds Web3 pour mettre des billes dans les jeunes pousses cryptos liées au luxe, à la culture et au sport. Un positionnement encore assez inédit dans le secteur. Et pourtant l’initiative, soutenue par Stake Capital, n’a pas fait beaucoup de bruit. Même presque aucun.

Si ce lancement a été si discret, c’est que Trail n’est pas le premier acteur à se lancer dans le grand bain du Web3. Ces derniers mois, plusieurs autres fonds français ont vu le jour. “C’est presque devenu banal”, s’amuse un bon connaisseur du secteur.

Ledger s’est associé à Cathay pour créer un fonds de 100 millions d’euros. XAnge a également créé sa structure avec une poche de 80 millions d’euros. Certaines entités plus petites comme Atka sont également très actives. Et d’autres fonds sont dans les tuyaux. “C’est la meilleure période pour investir dans le Web3”, explique Marguerite de Tavernost qui pilote, côté Ledger, le fonds Cathay-Ledger.

La baisse des marchés a en effet agi comme une aiguille dans la bulle des valorisations. “Les prix avaient atteint des niveaux délirants et le bear market a fait son effet”, confirme Ivan de Lastours, responsable crypto et blockchain chez Bpifrance, qui est très présente sur ces sujets.

Il y a encore quelques mois, certaines sociétés qui n’avaient jamais livré le moindre produit pouvaient être valorisées plusieurs dizaines de millions de dollars ! De combien ces valorisations ont-elles baissé depuis ? 10%, 20%, 30%, voire 50% ? Toujours difficile de la savoir. Tout dépend en réalité du projet et de son potentiel. Ce qui est sûr, c’est que les opportunités sont désormais beaucoup plus nombreuses et les fonds veulent en profiter.

Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls. Car au-delà de la baisse des valorisations, le succès des fonds Web3 s’explique aussi par l’appétit croissant des acteurs traditionnels. Ces “acteurs”, ce sont les banques, les assureurs et les entreprises.

“C’est un grand classique. Officiellement ils ne font rien, mais en réalité pas mal d’acteurs institutionnels s’intéressent aux cryptos et au Web3”, souligne Julien Bouteloup, le fondateur de Stake Capital, qui a donc investi dans le fonds Web3 de Trial. “Les institutionnels veulent faire du web3, mais pas en direct”, abonde Luc Jodet, responsable du fonds Web3 de XAnge. Et ils devraient en faire de plus en plus dans les mois qui viennent 👀.

­­­­

­­­Cette édition a été préparée avec ❤️ par Raphaël Bloch et Grégory Raymond. The Big Whale est un média libre et indépendant. En nous soutenant, vous participez à son développement.

Envie de rejoindre la révolution Web3 ?

Le meilleur de l'info crypto, NFT, DeFi en 15 minutes chaque semaine grâce aux deux newsletters (mercredi et jeudi) des journalistes spécialisés Grégory Raymond et Raphaël Bloch.