TBW Premium #24 : The "Merge" is coming, Rated lève 2,5 millions de dollars...
Publié le
Published on
20/9/2022

TBW Premium #24 : The "Merge" is coming, Rated lève 2,5 millions de dollars...

Retrouvez toutes les informations de la 24ème newsletter Premium de The Big Whale.

Envie de lire la suite ?

Seuls les abonnés ont accès à cet article !
Inscris-toi pour accéder au meilleur contenu, avoir des infos exclusives et rejoindre la communauté des baleines. 🐳

Réservé à nos abonnés

Bonjour les Whales et bienvenue aux petits nouveaux qui viennent de nous rejoindre dans l’édition Premium.

Vous êtes déjà plus de 1000 à nous lire chaque semaine. Merci 😍

­­­­­

À dévorer cette semaine

🖊️ L'édito de la rédaction

🔥 Nos infos exclusives

🔍 The Big Dossier

🇨🇦 Le focus de la semaine

­­­­­

THE BIG SPLASH

­Retour à la réalité 🇨🇭

Alors la Suisse ?! Comme vous le savez, nous sommes en reportage depuis quatre jours pour découvrir l’écosystème crypto helvète. Nous avons déjà rencontré de nombreux acteurs à Genève, Lausanne et Neuchâtel...

Il nous reste encore du monde à voir, mais une impression assez nette se dégage déjà sur place : si la Suisse est clairement en pointe, ce n’est pas pour autant le “petit paradis” du Web3 que certains veulent absolument vendre.

Comme un peu partout sur la planète, les acteurs crypto suisses rencontrent des difficultés de toutes sortes : ouvrir un compte en banque, trouver les talents nécessaires et affronter un début de bear market !

La grande force de la Suisse a, en réalité, été d’offrir très tôt un cadre favorable aux acteurs du secteur avec une fiscalité presque imbattable, notamment du côté de Zoug (on vous en reparle la semaine prochaine). C’est notamment pour cette raison que la Fondation Ethereum s’est installée dès 2015 dans cette petite bourgade proche de Zurich.

En parlant justement d’Ethereum, on vous a préparé un très gros dossier sur The Merge (la “fusion”), qui va avoir lieu la semaine prochaine. Même si l'année est loin d'être terminée, c’est sans doute l’évènement le plus important de 2022 (en dehors de la création de The Big Whale 😉).

Très bonne plongée !

­

­­­­­­

THE BIG NEWS

NOS INFORMATIONS EXCLUSIVES

­­👉 Wigl arrive très bientôt

Dernière ligne droite pour Wigl. Après quelques mois de retard, la société de paiement crypto française, pilotée par Feel Mining (un acteur historique de l’écosystème tricolore), va bientôt se lancer. Selon nos informations, elle sera disponible début novembre. La start-up, qui a le statut de Prestataire de services de paiement (PSP) et compte 30 salariés, va offrir tout un panel de services via son application : carte Mastercard, achat, vente et stockage de cryptos en propre. Les clients de la société financée en partie par Bpifrance, Société Générale et Banque Populaire (prêts), pourront également placer leurs stablecoins et même obtenir un IBAN français, c’est-à-dire un identifiant de compte bancaire. Une option qui pourrait, à terme, permettre à Wigl de devenir une “vraie” banque crypto.

­­👉 Rated lève 2,5 millions de dollars

Avec le "Merge", dont on vous explique tout plus bas, Ethereum va connaître une révolution inédite : les “mineurs” vont être remplacés par des validateurs, qui seront les garants de la sécurité du protocole. Si la grande majorité de la communauté soutient ce changement, certains comme les responsables de Rated, veulent néanmoins s’assurer que la transition se fera bien. La start-up britannique a mis au point un explorateur de données pour analyser les performances de chacun des validateurs. L’objectif ? Savoir lesquels sont les plus performants et leur attribuer une note réputationnelle. Une idée qui plait manifestement aux investisseurs. Selon nos informations, Rated vient de boucler un tour de table de 2,5 millions de dollars pour poursuivre son développement. La start-up compte parmi ses premiers clients Nexus Mutual, un protocole d’assurance qui couvre les risques liés aux applications décentralisées.

­­­­­­Vous avez une info ?

CONTACTEZ-NOUS

THE BIG DOSSIER­­

“The Merge” : tout comprendre à Ethereum 2.0

­­­­

 BA

­­­­

👉 L'actu. Ethereum va passer la semaine prochaine au Proof-of-Stake (preuve d'enjeu) et devenir beaucoup moins énergivore.

👉 Le contexte. Le retard de son implémentation a permis l'émergence de concurrents.

👉 Pourquoi c'est important. Avec la réduction de son empreinte carbone, Ethereum va pouvoir se déployer beaucoup plus largement.

­­­­

Ça y est, nous y sommes !

Après des années de développement, Ethereum, qui est la deuxième plus grosse blockchain de la planète, s’apprête à changer son algorithme de consensus pour passer du Proof-of-Work (preuve de travail) au Proof-of-Stake (preuve d’enjeu).

Cette évolution, surnommée “The Merge” (la fusion), constitue un événement historique à deux titres :

  • Aucune blockchain (au moins de cette taille) n’a jamais changé d’algorithme de consensus.
  • Ethereum n’a pas connu un changement aussi radical depuis sa création en 2015.

Le “Merge”, qui devrait avoir lieu autour du 14 septembre, est très attendu parce qu’il permettra à Ethereum de considérablement réduire son empreinte carbone.

Comment ? En passant justement au Proof-of-Stake qui ne nécessite pas de miner les cryptos (on vous explique tout plus bas). À la place des mineurs, il y aura des validateurs dont l’activité est beaucoup moins gourmande en énergie.

Le passage au PoS n’est toutefois pas sans poser certaines questions, notamment sur la sécurité et décentralisation… Pour vous permettre de tout comprendre au Merge et à ses potentielles conséquences, on vous a justement préparé un dossier spécial.

Petite précision : comme vous le savez, The Big Whale accepte les paiements en cryptos, ce qui fait que nous avons des ethers (que nous ne touchons pas) dans notre trésorerie.

Voilà pour la transparence, désormais place aux explications !

­­­­­

14 questions sur The Merge

­­

C'est quoi le Proof-of-Stake ?

Il existe aujourd'hui deux grands algorithmes de consensus pour les cryptomonnaies. Il y a le Proof-of-Work (PoW) et le Proof-of-Stake (PoS).

Utilisé par Bitcoin, et Ethereum pour encore quelques jours, le PoW est basé sur un système assez simple : le minage. Pour produire un bloc et enregistrer des opérations sur la blockchain, les mineurs, qui utilisent des ordinateurs, vont procéder à des calculs complexes et être récompensés en bitcoins en fonction de la puissance qu'ils mettent à disposition du réseau (l'énergie est la preuve qu'ils travaillent). Plus il y a de participants au réseau, plus les calculs sont complexes, et plus il faut utiliser d'énergie !

Le Proof-of-Stake (preuve d'enjeu) fonctionne, lui, différemment et consomme beaucoup moins d'énergie puisqu'il n'y a pas besoin de "miner". Pour participer au réseau, il faut “valider” les blocs en prouvant que l'on possède de la cryptomonnaie du réseau. En l'occurrence de l'ether.

Afin de garantir la sécurité du réseau, les validateurs doivent “staker”, c'est-à-dire immobiliser des cryptos. Ceux qui essaieraient de tricher perdent leur capital immobilisé. Ceux qui jouent le jeu et sécurisent le réseau sont récompensés avec les nouvelles cryptos créées.

Pourquoi Ethereum n’a pas opté pour le Proof-of-Stake dès le départ ?

Ethereum a été imaginé en 2014 et lancé en 2015. À l’époque, il n’y avait qu’une seule autre grande cryptomonnaie, le bitcoin, et elle fonctionnait avec le Proof-of-Work (preuve de travail). Il était donc évident pour les concepteurs d’Ethereum de s'appuyer sur une technologie déjà éprouvée.

“Au début, on manquait de recul sur les consensus Proof-of-Stake. Les premiers comme Tendermint et Tezos venaient à peine d’être documentés, c’était compliqué de partir avec ce consensus”, rembobine Jérôme de Tychey, président de l’association Ethereum France et organisateur de l’EthCC, l’un des plus grands événements mondiaux de l’écosystème.

Mais dès le départ, Vitalik Buterin et l’équipe d’Ethereum avaient expliqué que le PoW n’était qu’une étape avant le passage au PoS. “Il était évident que le le Proof-of-Work serait un jour écarté à cause de sa consommation d’énergie”, ajoute Jérôme de Jérôme de Tychey. Et ce jour est désormais arrivé.

À quoi peut-on attribuer les retards à répétition de The Merge ?

Selon la feuille de route initiale, le passage au Proof-of-Stake devait avoir lieu en 2017, c’est-à-dire il y a… cinq ans ! Que s’est-il passé pour expliquer un tel retard ? Tout simplement parce qu’opérer une telle mise à jour est tout sauf simple. “Concevoir une bonne preuve d’enjeu est un vrai défi”, justifie Jérôme de Tychey. “Toutes ne se valent pas et il fallait garantir la décentralisation d’Ethereum sur le long terme”, ajoute-t-il.

Faute de consensus des développeurs d’Ethereum, le Merge a été plusieurs fois repoussé. Le paradoxe c’est que de nombreux “concurrents”, moins énergivores comme Tron, BNB Chain, Avalanche, Solana et autres en ont profité pour se lancer et prendre une part du marché.

Selon le site d’analyses DeFi Llama, Ethereum et son écosystème représentent 64% des activités de finance décentralisée ; début 2021, c’était 97% 🤔.

Le réseau sera-t-il mis en pause pour The Merge ?

C’est l’un des points qui alimentent le plus les fantasmes, donc soyons clairs ! NON, le réseau ne s’arrêtera pas de tourner. Et pour une raison simple : le Proof-of-Stake d’Ethereum fonctionne parallèlement au Proof-of-Work depuis décembre 2020. Il ne sera donc pas nécessaire de “l’installer” le jour-J.

Ethereum est comme un avion qui voudrait changer de moteur en plein vol. Pour qu’il n’y ait pas d’accident, Ethereum vole depuis presque deux ans avec deux moteurs allumés - l’un fonctionne au PoW et l’autre au PoS. Le Merge consiste à débrancher le moteur PoW pour lui substituer celui qui fonctionne au PoS.

N’y a-t-il pas de risque au moment de la fusion ?

S’il n’y a pas de garantie absolue, les derniers tests ont en tout cas été concluants. “Mais il est possible que certains validateurs échouent à se connecter à la nouvelle chaîne en fonction des logiciels qu’ils utilisent”, concède Barnabé Monnot, chercheur auprès de la Fondation Ethereum. Le vrai risque est qu’un tiers des validateurs n’arrive pas à se raccorder, ce qui pourrait limiter la sécurité des blocs…

Le Proof-of-Stake est-il aussi sécurisé que le Proof-of-Work ?

C’est sans doute la question qui divise le plus les acteurs du secteur.

Si le PoW semble être aujourd’hui le système le plus sécurisé - Bitcoin n’a jamais été hacké en 13 ans - le PoS présente toutefois quelques caractéristiques intéressantes.

D’abord sur la sécurité “financière” :

Pour prendre le contrôle d’une blockchain, que ce soit Bitcoin ou Ethereum, les attaquants doivent maîtriser le réseau.

  • Pour le Proof-of-Work, il faut contrôler la majorité de la puissance de calcul produite par les mineurs.
  • Pour le Proof-of-Stake, il faut contrôler 66% des ethers immobilisés dans le protocole.

En se basant sur ce système, une attaque du nouveau réseau Ethereum serait au moins aussi coûteuse que celui de Bitcoin (14 milliards de dollars).

Elle serait même plus coûteuse à mesure que le prix de l’ether progresse. En novembre 2021, lorsque l’ether coûtait plus de 4000 dollars, il fallait ainsi mobiliser plus de 40 milliards de dollars pour prendre le contrôle d’Ethereum… “D’un point de vue économique, Ethereum est le réseau le plus sécurisé”, estime Abdelhamid Bakhta, un développeur Ethereum qui se revendique également comme un partisan du Bitcoin et du Proof-of-Work.

Suivant cette logique, la sécurité d’Ethereum est toutefois moins importante si le prix de l’ether se met à baisser... “L’avantage du PoW est que la source qui sécurise le réseau (les machines de minage) n’est pas directement liée au prix de l’actif”, concède Abdelhamid Bakhta.

Puis il y a la capacité à identifier les attaquants :

L’un des gros avantages du Proof-of-Stake c’est que l’on peut facilement “détecter les comportements agressifs des validateurs”, explique Abdelhamid Bakhta. Comment ? En repérant en amont ceux qui stakent de plus en plus d’ethers et se rapprochent d’une minorité, voire une majorité de contrôle.

Le Proof-of-Stake - mais c’est aussi ce qui lui vaut de vives critiques - permettrait potentiellement d’exclure certains validateurs, et même ceux qui ont le contrôle du réseau !

Le Proof-of-Stake menace-t-il la décentralisation d’Ethereum ?

Là aussi le débat n’est pas tranché. Qu’est-ce que la décentralisation ? “Si celle-ci définit le nombre d’individus qui occuperont le rôle de validateurs, on peut anticiper que le nouvel Ethereum sera certainement plus décentralisé avec le Merge”, explique Jérôme de Tychey.

Étant donné qu’être validateur n’implique pas de posséder du matériel de minage - parfois très coûteux - il devrait y avoir de plus en plus de validateurs. Le fait que, contrairement au minage, tous les validateurs profitent du même rendement devrait aussi inciter un nombre croissants de personnes à contribuer au réseau.

Gros bémol toutefois : devenir validateur nécessite d’avoir beaucoup d’ethers. Un validateur doit immobiliser 32 ethers dans le protocole, ce qui correspond actuellement à 50.000 dollars. Lorsque le cours était au plus haut fin 2021, cela représentait 150.000 dollars… Être validateur n’est donc pas à la portée de tous !

“Il ne faut pas se leurrer, avec la progression du prix de l’ether devenir validateur deviendra de plus en plus cher”, concède Jérôme de Tychey. Pour Barnabé Monnot, chercheur à la Fondation Ethereum, le seuil de 32 ethers “n’est pas gravé dans le marbre et il pourrait être revu à la baisse”.

En attendant, des acteurs comme Lido, qui jouent le rôle de “super validateur”, permettent à n’importe qui de placer des petites quantités d’ethers. Signe de la vitalité de ce système, Lido est actuellement le plus gros validateur avec 31% du staking d’Ethereum, suivi par Coinbase (15%) et Kraken (8%), selon les données de Dune Analytics. Le premier validateur individuel est le créateur d’Ethereum, Vitalik Buterin (0,05%).

Quelle sera l’empreinte carbone d’Ethereum 2.0 ?

Lorsque les mineurs seront débranchés du réseau, seuls les petits ordinateurs des validateurs seront comptabilisés dans l’empreinte carbone d’Ethereum. Et quand nous disons “petit”, c’est vraiment “petit” : vous pourrez même utiliser un Raspberry Pi, un ordinateur de la taille d’une carte de crédit qui se vend moins de 100 euros.

Rappelons toutefois que les validateurs devront quand même utiliser des services cloud, comme Amazon Web Services ou Infura. Même si ça ne se voit pas au premier coup d'œil, les centres de données ont un impact environnemental non négligeable.

Ces dernières années, de nombreuses grandes entreprises fuyaient le secteur des cryptos (et en particulier Ethereum) car son fonctionnement n’était pas compatible avec leurs engagements en faveur du développement durable (RSE). “La dimension énergétique a toujours été un vrai sujet pour les entreprises”, affirme Jérôme de Tychey. Est-ce que les entreprises vont pour autant toutes s’intéresser du jour au lendemain à Ethereum ? On le verra dans les prochains mois.

Les frais de transaction vont-ils chuter ?

L’autre point qui vaut à Ethereum pas mal de critiques concerne les frais de transactions.

Ce n’est un secret pour personne, à chaque pic d’utilisation d’Ethereum, les frais de transactions ont tendance à exploser. En 2021, ils ont pu dépasser les 50 euros par transaction…

Si on vous parle de ce point, c’est que certains ont pu expliquer que The Merge rendrait les transactions moins chères. Or, et au risque d’en décevoir certains, ce ne sera pas le cas !

Ethereum est de plus en plus un protocole réservé aux très grosses transactions (layer 1), à l’image des flux interbancaires dans la finance traditionnelle.

Les petites opérations du quotidien seront, elles, assurées de manière croissante par les couches secondaires (layer 2) qui se connectent au réseau principal.

Actuellement, une transaction sur un layer 2 comme Arbitrum et Optimism (il y a aussi les sidechain comme Polygon) excède rarement quelques centimes. “Ils coûtent entre 5 et 40 fois moins cher que la chaîne principale”, note Jérôme de Tychey. Et ceux-ci devraient continuer à s’améliorer ces prochaines années (voir encadré plus bas).

Quand est-ce que les ethers “stakés” pourront-ils être retirés ?

Depuis décembre 2020, 420.000 adresses ont déposé plus de 14 millions d’ethers, ce qui représente plus de 20 milliards d’euros.

Dès le départ, il était prévu que les fonds soient bloqués jusqu’à une date postérieure au Merge. Leur libération pourrait avoir lieu début 2023 “dans le scénario le plus optimiste”, indique Barnabé Monnot.

Ce délai s’explique par la volonté d’éviter une éventuelle fuite des validateurs le jour du Merge. “Nous avons besoin de quelques mois pour voir comment se comporte le réseau”, déclare Jérôme de Tychey. Une date de “libération” des ethers stakés sera alors fixée par la communauté.

Combien les validateurs vont-ils être rémunérés ?

Depuis décembre 2020, les validateurs, qui sécurisent le réseau, perçoivent des revenus de staking. Ces derniers sont actuellement de 4,2% sur un an. À partir de la semaine prochaine, les validateurs toucheront également une partie des frais de transaction payés par les utilisateurs du réseau 💰.

“Les validateurs pourront donc gagner entre 8% et 9% par an, mais ce rendement baissera mécaniquement à mesure que le nombre de validateurs augmentera”, explique Jérôme de Tychey. La hausse possible du cours de l’ether pourrait toutefois venir compenser cette perte de rendement.

Quelle conséquence pour le prix de l’ether ?

L’une des principales conséquences du Merge pourrait être de faire monter le prix de l’ether. Pourquoi ? Parce que le staking consiste à immobiliser les ethers, contrairement à ceux qui sont disponibles sur les plateformes d’échange qui peuvent trouver preneur à tout moment.

En outre, le Merge prévoit de considérablement réduire la création monétaire d’Ethereum.

Actuellement, 5 millions d’ethers sont créés chaque année. Selon Vitalik Buterin, si 1 million d’ethers sont immobilisés dans le nouvel Ethereum, la création monétaire sera de 166.000 nouveaux tokens par an. Et si 100 millions sont bloqués, la création n’atteindra “que” 1,66 million d'ethers.

Il faut aussi avoir en tête que l’EIP 1559 implémenté en août 2021 brûle une partie des frais de transactions, ce qui contribue également à limiter l’offre en circulation, voire même rendre l’ether déflationniste à certains moments.

Enfin, les validateurs n’ont pas de coûts fixes. “Il n’y a rien qui les contraint à vendre leurs ethers, alors qu’en Proof-of-Work les mineurs ont des coûts récurrents (comme leurs factures d’électricité) qui les empêchent de conserver la totalité de leurs gains”, souligne Abdelhamid Bakhta.

Quel impact sur la finance décentralisée (DeFi) ?

Le rendement offert aux validateurs pourrait progressivement s’imposer comme un taux de référence pour l’ether. Chaque service ou application de DeFi qui propose de placer des ethers devra au minimum proposer un rendement équivalent pour continuer d’être attractif.

Ce taux de référence devrait aussi bousculer l’équilibre en vigueur sur les échangeurs décentralisés comme Uniswap. “Après The Merge, les pools de liquidités contenant des ethers devraient fortement bouger, dans un sens comme dans l’autre”, anticipe Jérôme de Tychey. “Cela pourrait également avoir une influence sur le cours des tokens de gouvernance des protocoles spécialisés dans le sous-traitement du staking, comme Lido, Stakewise ou Rocket Pool”, souffle-t-il.

Que deviendront les mineurs d’Ethereum ?

Une grande partie de ces mineurs devrait allouer leur puissance de calcul à d’autres protocoles qui continuent d’utiliser le Proof-of-Work (Ethereum Classic par exemple). Ils pourront également louer leur puissance sur le réseau blockchain iExec (développé sur Ethereum) à des projets qui en ont besoin.

“Le secteur des métavers devrait également avoir besoin de capacités importantes, donc les débouchés ne manquent pas”, insiste Jérôme de Tychey, également cofondateur de Cometh, un studio de jeux vidéo sur blockchain.

­­­­­­

Et après The Merge ?

­­

The Merge n’est qu’une étape dans le développement d’Ethereum. Fin juillet, lors de l’EthCC à Paris où The Big Whale était évidemment présent, Vitalik Buterin a expliqué que le protocole n’aura rempli que 55% de sa feuille de route une fois le Merge (fusion) réalisée.

Les prochains chantiers s’annoncent tout aussi importants 👀.

L’EIP 4844 devrait améliorer l’intégration des layers 2 (deuxième couche) afin d’augmenter leurs capacités de traitement. “Ces derniers sont déjà très performants, mais ils le seront encore plus”, assure Jérôme de Tychey. “Après l’EIP 4844, les rollups (Arbitrum, Optimism, etc.) auront entre 10 et 100 fois plus de capacité qu’aujourd’hui”, complète Barnabé Monnot.

Selon les projections de la Fondation Ethereum, les rollups n’auront même pas assez de transactions à traiter pour utiliser totalement ce nouvel espace. Dans les scénarios les plus optimistes, l’EIP 4844 pourrait être implémenté début 2023.

Des recherches sont également en cours pour réduire le poids de la blockchain qui pèse actuellement 880 gigaoctets (il faudrait actuellement 4 MacBook standard pour stocker toute la blockchain).

Cette situation est problématique, car chaque personne qui héberge un nœud doit être en mesure de le supporter. “Même si les outils de stockage coûtent de moins en moins cher, l’augmentation de la taille de blockchain ne peut durer indéfiniment”, prévient Jérôme de Tychey. “Réduire le poids de la blockchain est indispensable pour conserver la décentralisation du réseau”, note Barnabé Monnot. Selon lui, cette mise à jour ne devrait toutefois pas voir le jour “avant deux ans”.

Mais si ces projets sont importants, aucun ne porte en eux le bouleversement de The Merge. “Les prochaines étapes seront de l’ordre de l’optimisation. Il ne faut pas s’attendre à quelque chose d’aussi fondamental que The Merge”, conclut Jérôme de Tychey.

­­­­­

Ce qu'en disent les “concurrents”

­

“Plus rapides”, “plus efficaces”… Beaucoup de protocoles se prétendent “meilleurs” qu’Ethereum. Si cet argument a du sens sur le plan énergétique, il pourrait assez vite disparaître à la faveur du Merge.

“C’est vrai qu’il sera désormais difficile d’évoquer le coût énergétique d’Ethereum pour se différencier”, témoigne Hadrien Zerah, managing director de Nomadic Labs, un studio de développement très impliqué dans le développement du protocole d'origine française Tezos, qui travaille depuis sa création avec le Proof-of-Stake. “On perd un avantage concurrentiel", poursuit-il.

Maintenant, les équipes qui œuvrent au développement de Tezos  ont pour objectif de capitaliser sur d’autres caractéristiques. “Le Merge nous a conduit à accélérer notre feuille de route, nous présenterons bientôt un nouveau type d’optimistic rollups, sans permission, qui permettra à n’importe quel projet de développer sa propre solution de scalabilité (développement à l'échelle, ndlr) adaptée à son usage”, annonce-t-il.

Ainsi, Ubisoft (qui travaille actuellement sur Tezos) ou n’importe quelle autre entreprise pourra développer leur rollup. Cette avancée devrait être disponible début 2023. “Cela devrait nous permettre de reprendre un avantage technologique”, espère Hadrien Zerah. “On ne peut pas rester avec la même proposition de valeur si on veut gagner des parts de marché”, assure-t-il.

Chez Avalanche, on préfère souligner que le Merge ne change absolument rien au niveau des capacités de traitement. “Il  n’y a pas plus de transactions par seconde, pas d’amélioration concrète, c’est juste un passage à une source plus verte”, tempère Nicolas Lemaître, manager général chez Ava Labs, la structure principale derrière le développement d’Avalanche. “Je pense toutefois que le Merge devrait favoriser la décentralisation à plus long terme, car il sera plus facile pour un particulier de gérer son propre nœud", concède-t-il.

Avalanche compte s’appuyer sur ses forces : “Décentralisation, sécurité, finalité dans la seconde et des blockchains paramétrables de A à Z”, avance Nicolas Lemaître. “Mais le passage au Proof-of-Stake d’Ethereum est une bonne nouvelle pour l’écosystème, ça va dans la bonne direction”, conclut-il.

­

🎧 REPLAY La Big Interview du lundi 🎧

MDP : TBW2022

­­­­­

THE BIG FOCUS

­­

Arnaud Salomon : “La Suisse a un ADN qui correspond bien aux cryptos”

­­­

KS

­­­­

Pour le patron de la société Mt Pelerin, que The Big Whale a rencontré à Genève, la forte décentralisation suisse explique en grande partie le succès des cryptos dans le pays.

­­­­­The Big Whale : La Suisse s’est imposée comme l’un des pays les plus “crypto-friendly”. Comment l’expliquez-vous ?

Arnaud Salomon : C’est presque une histoire de philosphie. La Suisse est un pays très décentralisé. Cela fait partie de l’identité et de la culture de cette nation, et ça correspond bien à l’ADN de l’univers crypto qui a fait de la décentralisation un objectif essentiel. Il y a plusieurs avantages à ce système : il est plus démocratique, les Suisses votent beaucoup, et il est aussi plus efficace, surtout sur le plan économique.

C’est-à-dire concrètement ?

La conséquence “concrète” de cette décentralisation, c’est que les choses bougent vite. Le pouvoir n’appartient pas à un acteur centralisé. Il n’y a pas besoin d’obtenir dix autorisations ou feux verts pour avancer. Prenez le cas de Neuchâtel, mais c’est valable pour d’autres cantons : ils ont été libres de faire pas mal de choses. Aujourd’hui la Banque cantonale neuchâteloise travaille avec les projets cryptos et tout ça s’est fait au niveau local.

Est-ce que tout est pour autant parfait en Suisse ?

Non, rien n’est parfait (rires). Il y a encore beaucoup de choses à améliorer, notamment sur le plan bancaire. Si certains établissements acceptent de travailler avec les acteurs de la crypto, une grande partie d’entre eux est toujours assez frileuse.

Envie de rejoindre la révolution Web3 ?

Le meilleur de l'info crypto, NFT, DeFi en 15 minutes chaque semaine grâce aux deux newsletters (mercredi et jeudi) des journalistes spécialisés Grégory Raymond et Raphaël Bloch.