Trading du Coin : les dessous d’une énorme perte
Publié le
Published on
November 24, 2022

Trading du Coin : les dessous d’une énorme perte

‍Ce service de trading crypto, qui est une société jumelle du “Journal du Coin”, a été pris dans la débâcle de FTX. Ses clients ont perdu une dizaine de millions d’euros.

On le sait, les conséquences de la chute de FTX vont se manifester progressivement (notamment en Europe). Mais pour certains, comme les clients du Trading du Coin, les conséquences sont déjà bien là.

En l’espace de quelques jours, les clients de la société, essentiellement des Français, ont tout perdu ou presque. Le préjudice s'élèverait à 10 millions d’euros, soit, à ce jour, la plus importante perte pour un acteur européen dans cette affaire.

Pour comprendre comment la chute a été aussi soudaine et importante, il faut savoir comment fonctionnait le Trading du Coin - qui a depuis suspendu ses activités. Il faut aussi aborder les questions que ce type de sociétés soulève, notamment en termes de mélange des genres.

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👉 Déjà qu’est-ce que c’est ?

Créé en 2018, le Trading du Coin se présente lui-même comme “le pôle investissement du Journal du Coin”, un site d'actualité crypto bien connu en France.

Si les deux sociétés ne font officiellement pas partie du même groupe, elles sont intimement liées : elles partagent le même branding (noms, chartes graphiques) et elles ont en commun au moins deux actionnaires (Lucas Ermisse et Romain Didierlaurent).

Surtout, les deux entreprises font du business ensemble. Le site du Journal du Coin proposait jusqu’à ces derniers jours de nombreux liens commerciaux vers le Trading du Coin et ses produits.

Selon Grégory Guittard, directeur de la publication du Journal, “le Trading du Coin était notre troisième source de revenus en 2022”, tandis que FTX était sa première source de revenus, un détail qui a son importance.

On y reviendra plus tard.

👉 Qu’est-ce que le Trading du Coin proposait ?

Le produit phare du Trading du Coin est un système de robots de trading automatisés que les clients peuvent louer dans le cadre d’un abonnement mensuel. Ce type de service est assez courant dans la crypto.

Le problème, c’est que personne n’a vu venir le gel des retraits de FTX et que les fonds n’ont pas pu être retirés à temps.

La raison de ce “blocage” est simple : le Trading du Coin avait la main sur les ordres (achat ou vente), mais ne pouvait pas retirer les fonds pour les placer en sécurité hors de FTX. C’était aux utilisateurs de le faire eux-mêmes, et uniquement eux.

Le Trading du Coin est-il pour autant exempt de tout reproche ? “L’entreprise aurait dû envoyer un e-mail à ses clients pour les alerter sur la situation de FTX”, souligne Cyril Gerbet, à la tête du cabinet de conseil Genesis Partners.

Son concurrent HAL, développé par la société d’investissement CoinShares, a notamment envoyé un message à ses utilisateurs, que nous avons pu consulter, avant l’annonce du gel des retraits. “Beaucoup de gens ont réussi à sortir leurs actifs de FTX en moins de 24 heures, il était donc possible de faire une communication d’urgence”, complète-t-il.

Du côté du Trading du Coin, on indique avoir assuré “un suivi quotidien" sur le Discord de la société et envoyé “plusieurs emails destinés à nos clients avant notre communiqué public du 16 novembre”.

L’un des autres problèmes, "c’est que FTX était la seule plateforme proposée par le Trading du Coin alors qu’un service existant depuis 2018 aurait dû offrir une diversité de choix”, poursuit Cyril Gerbet.

Son concurrent HAL proposait (en plus de FTX) Binance et Kraken.

Après le crash de FTX, et selon nos constatations, le site du Trading du Coin a discrètement supprimé le logo de FTX dans la liste des exchanges utilisés par ses robots afin de le remplacer par celui de Binance (ce dernier a aujourd’hui disparu). C’est cette modification qui a poussé plusieurs internautes à demander des comptes à la société.

“Une refonte de notre stratégie automatisée sur plusieurs autres plateformes d’échange est actuellement en réflexion”, indique les actionnaires du Trading du Coin. “Binance est pour sa part en cours d’intégration”, poursuit-il. Concernant le choix exclusif de FTX, il le justifie en raison de sa “forte liquidité” et de ses “fonctionnalités techniques”.

Le Trading du Coin, qui est enregistré en Estonie, ne se contentait pas d’offrir des robots de trading et visait aussi des clients plus fortunés via des “mandats de gestion”. Selon l’équipe du site, ces utilisateurs “spéciaux” représentent environ la moitié des 10 millions d’euros de pertes. Les plus petits clients avaient 100.000 euros, tandis que les plus gros avaient placé jusqu’à 300.000 euros.

👉 Contrat commercial entre le Journal du Coin et FTX

Côté Journal du Coin, Grégory Guittard explique que le média et FTX avaient signé un contrat visant à mettre en valeur cette plateforme sur le Journal à travers des liens commerciaux placés dans les articles d’actualité. “Je n’ai aucune honte de la publicité de FTX que nous avons pu faire. Sa réputation était excellente il y a encore peu”, indique-t-il.

Mais au-delà du choix de FTX, c’est le système d’échange entre le Journal du Coin et le Trading du Coin qui suscite pas mal de questions.

“Il y avait un problème de neutralité entre les deux structures”, interpelle Cyril Gerbet de Genesis Partners. “FTX était un très gros partenaire à la fois du Journal du Coin et du Trading du Coin”, souligne-t-il.

“Ça poserait moins de problème si le Trading du Coin et le Journal du Coin affichaient clairement leur proximité, mais en conservant cette indépendance de façade cela peut paraître trompeur pour le public”, affirme-t-il.

“À l’arrivée, on se retrouve avec une société installée en Estonie pour échapper à la régulation, tout en s’adressant aux particuliers français”, résume le patron de Genesis Partners. “Cette situation est aberrante et probablement peu légale”, avance un acteur du secteur français.

Du côté du Trading du Coin, on botte en touche. “Si notre communauté est essentiellement francophone, nous ne ciblons pas particulièrement les Français. Nous avons des clients partout dans le monde”, répondent ses administrateurs. Interrogée, l’Autorité des Marchés financiers n’a pas souhaité faire de commentaires.

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