TBW Premium #14 : Quand la France drague les géants du Web3
Publié le
Published on
20/9/2022

TBW Premium #14 : Quand la France drague les géants du Web3

Retrouvez toutes les informations de la 14ème newsletter Premium de The Big Whale.

14 juillet 2022

Bonjour les Whales et bienvenue aux petits nouveaux qui viennent de nous rejoindre dans l’édition Premium. Accrochez-vous, ça secoue bien en ce moment ! 🚀

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­­­­­THE BIG SPLASH

­­­Terra Incognita

­­­Vingt ans ! Vingt ans que l’euro n’avait pas atteint un tel niveau. Mercredi, la monnaie unique a retrouvé la parité avec le dollar, un mini séisme sur les marchés, alors qu’elle valait encore presque 1,20 dollar au début de l’année. Si les raisons de cette baisse sont multiples, elle confirme que nous avons basculé dans une sorte de Terra Incognita monétaire où plus rien ne sera jamais comme avant.

Les derniers chiffres de l’inflation en sont d’ailleurs le meilleur exemple. En juin, la hausse des prix (ou la baisse de la valeur de la monnaie) aux États-Unis a atteint 9,1%, un record depuis plus de 40 ans. Idem en Europe, et on ne sait pas bien où tout cela pourrait s’arrêter… 🚀

En parlant de record, le français Morpho vient de s’en offrir un beau : celui de la plus grosse levée de fonds pour un projet étudiant. Avec cette opération, le protocole de DeFi, qui a levé 18 millions de dollars, détrône Mark Zuckerberg et Facebook qui avaient levé 12,7 millions de dollars en 2005. Un brin excessif ? Pas forcément tant Morpho pourrait potentiellement devenir un géant de la DeFi. On vous explique tout ça plus bas.

­­­­­THE BIG NEWS

Nos informations exclusives

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👉 La France drague les géants du Web3

Blockchain.com, Crypto.com, Binance… La plupart du gratin mondial de la crypto était présent lundi à Versailles pour “Choose France”, le grand raout annuel pour inciter les groupes étrangers à miser sur l’Hexagone. Si aucun investissement n’a été annoncé par un des poids lourds du secteur, l’Élysée et ses équipes en ont profité pour faire de bons appels du pied. “Le Web3 est devenu une industrie à part entière et il nous a été confirmé que la France voulait jouer un rôle de premier plan”, explique le patron d’un grand groupe qui a participé à l’évènement. L’enjeu est de taille pour la 2ème économie de la zone euro. Au printemps, le géant chinois Binance a annoncé la création d’un bureau à Paris avec l’idée d’en faire son siège européen. D’autres pourraient suivre avec à la clé des centaines d’emplois. Selon plusieurs études (comme celle de KPMG), le secteur lié au Web3 emploie directement un peu plus de 1000 personnes en France. Un potentiel que le gouvernement veut très largement développer.

👉 L’avenir flou du token de Napoleon Group

Que va devenir le token NPX ? C’est l’une des questions qui agite la communauté crypto 🇫🇷 depuis l’annonce le 4 juillet du rachat de Napoleon Group, une société d’investissement tricolore spécialisée dans les cryptos, par CoinShares, l’un des premiers gestionnaires de fonds du secteur en Europe et coté au Nasdaq de Stockholm. Pour rappel, Napoleon s’était financé en 2018 grâce à une ICO qui lui avait permis de lever l'équivalent d'un peu plus de 10 millions d’euros. Les investisseurs avaient reçu à l’époque un token (le NPX) qui offre un droit de licence et d’exploitation de signaux de trading. Sauf que ce dernier pourrait être prochainement mis de côté. Pourquoi ? Parce que “le régulateur ne voit pas d’un bon œil qu’une société cotée intègre des tokens dans son fonctionnement”, explique un porte-parole du groupe, qui a mis la main sur Napoleon pour bénéficier de ses agréments en France et accéder à ses stratégies et à ses savoir-faire en DeFi et en trading quantitative. Selon nos informations, une décision sera prise d’ici peu et annoncée en septembre. Les détenteurs du NPX dénoncent également l’opacité des fondateurs historiques de Napoleon sur l’utilisation des fonds levés en 2018. CoinShares déclare que l’ensemble des comptes ont été audités lors d’un processus de due diligence et ont fait l’objet d’une validation par un commissaire aux apports. 

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­­­­­­THE BIG STORY

­­­Morpho, la killer app de la finance décentralisée ? 🔥

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Morpho

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👉 L'actu. Le projet français Morpho vient de lever 18 millions de dollars

👉 Le contexte. Si elle a connu une forte croissance, la DeFi est encore loin d’être efficace sur les taux

👉Pourquoi c'est important. Morpho a développé un système qui permet d’offrir des taux plus intéressants pour les prêteurs et les emprunteurs.

­­­­­­­Le Web3 est un immense océan où se développent de nombreux projets. Certains veulent offrir de nouveaux services ou améliorer un système existant. D’autres veulent bouleverser leur industrie. Morpho fait partie de cette seconde catégorie.

Créé en 2021, le projet français, dont le symbole est un papillon (on reviendra sur l’importance du symbole plus bas) est encore un acteur peu connu de la finance décentralisée, que l’on appelle plus communément “DeFi”. Mais pour encore combien de temps ?

Car le projet, qui vient de lever 18 millions de dollars auprès de 90 investisseurs parmi lesquels le prestigieux fonds américain Andreessen Horowitz (A16z), ne manque pas d’ambition. “La finance décentralisée est quelque chose d’incroyable, mais elle manque d'efficacité, et notre but c’est justement de l’améliorer”, explique Paul Frambot, cofondateur de Morpho Labs, la société qui conçoit le protocole Morpho.

Pour déchiffrer ce que fait Morpho, il faut déjà comprendre ce qu’est la “DeFi”, qui s’oppose à la finance “centralisée”, c’est-à-dire au système dit traditionnel où il faut passer par des intermédiaires, votre banque par exemple, pour emprunter et épargner de l’argent.

Bassins de liquidités

Dans la DeFi, il n’y a pas de tiers de confiance, mais des “pools”, des piscines ou bassins en bon français. L’idée de ces bassins virtuels est de permettre à des prêteurs de mettre leur argent en commun (des cryptomonnaies) pour que des emprunteurs viennent directement se servir en échange d’un certain taux.

Un exemple SIMPLE pour comprendre le mécanisme : Grégory met 2 ethers (ETH) dans une “pool” où sont aussi présents les fonds de milliers d’autres prêteurs, et Raphaël vient se servir dans le bassin commun car il a besoin de liquidités.

L’avantage de ce système est qu’il permet à n’importe qui de déposer ou d’emprunter de l’argent sans intermédiaire ; pas besoin d'envoyer un dossier à la banque. Tout se passe en quelques minutes.

La contrepartie, et c’est ce qui permet à la plupart des applications DeFi de fonctionner, est qu’il faut déposer une garantie en cryptomonnaies pour s’assurer que le prêt sera couvert même si l'emprunteur fait défaut.💡

Aujourd’hui, il existe plusieurs protocoles de DeFi. Les plus connus s’appellent Aave ou Coumpound et gèrent respectivement 6 et 3 milliards de dollars dans leurs “piscines”. Mais aussi efficaces soient-ils, ces protocoles ne permettent pas d’offrir des taux optimaux aux utilisateurs. Pourquoi ? Parce que la communauté de prêteurs (Grégory et ses amis) se partagent les intérêts payés par un seul emprunteur (Raphaël)…

Tout dépend des opérations, mais les prêteurs bénéficient souvent de taux de rémunération assez faibles - actuellement autour de 0,5% - quand les emprunteurs payent relativement cher - environ 3% ! 🙃 Étant donné qu'il n'y a pas d'intermédiaire bancaire, cette différence a du mal à se justifier. Ce système rend la DeFi moins attractive que le système traditionnel. Et c’est justement ce problème que Morpho entend résoudre en rapprochant, via son protocole, les emprunteurs et les prêteurs, pour offrir de meilleurs taux…

Mais comment ? En utilisant le pair-à-pair dans les bassins de liquidité.

“Les pools sont très pratiques pour fournir de la liquidité, mais elles manquent d'efficacité pour la redistribuer”, explique Paul Frambot, qui est encore étudiant à Télécom Paris, l'une des plus grandes écoles d'ingénieurs françaises. “En utilisant le pair-à-pair dans les pools, on permet à un prêteur de matcher directement avec un emprunteur. C’est beaucoup plus efficace”. Autrement dit, le prêteur sera récompensé à un certain taux (par exemple 1%), tandis que l'emprunteur remboursera à un taux légèrement supérieur (1,2% dans cet exemple). Morpho récupère l’écart entre les taux, le “spread”, pour se financer.

Morpho-Compound, Morpho-Aave…

Pour y parvenir, Morpho Labs a créé une solution qui permet aux utilisateurs de se connecter aux bassins de liquidités de protocoles très populaires comme Compound, Aave ou Curve. La société a déjà lancé Morpho-Compound en juin. Elle travaille sur Morpho-Aave qui devrait sortir dans les semaines qui viennent. “C’est l’une de nos priorités”, explique Paul Frambot.

D’autres protocoles DeFi devraient être prochainement intégrés car le projet français est capable de se connecter sur “n’importe quel acteur”, ajoute-t-il.

Comme la plupart des autres acteurs de la DeFi, Morpho a aussi créé un token, le MORPHO, qui lui permet de décentraliser sa gouvernance. Le token sert aussi à récompenser les utilisateurs du protocole. Les premiers tokens MORPHO seront débloqués dans les jours qui viennent sur les wallets des utilisateurs les plus actifs. Mais ils ne seront pas transférables, au moins dans un premier temps, notamment pour éviter les ventes massives. “Morpho est un projet de long terme”, justifie Paul Frambot. “On construit toutes les couches une à une.”

Jusqu’où pourrait justement aller Morpho ? C’est l’une des grandes questions que l’on peut se poser. Car le projet, s’il décolle, peut potentiellement assécher en grande partie les bassins de liquidité, comme ceux d'Aave ou Compound. “C’est un vrai risque”, souligne un bon connaisseur du secteur. “Si les utilisateurs de la DeFi font un choix rationnel, ils vont davantage utiliser Morpho-Compound que Compound”, lâche de son côté Paul Frambot. En quelques semaines, Morpho a déjà drainé plusieurs dizaines de millions de dollars.

Une situation qui n’inquiète pas les acteurs dominants, comme Aave. “Tous les utilisateurs de Morpho sont actuellement des usagers d’Aave”, indique Marc Zeller, responsable des relations avec les développeurs pour Aave. Au moins sur le court terme. Car à moyen-long terme, Morpho compte bien se passer des bassins de liquidité d’Aave et des autres autres. C’est d’ailleurs toute l’idée contenu dans son logo en forme de papillon.

Morpho n’est qu’au 1er stade d’évolution du projet qui en compte trois.

👉 Larve

👉 Chrysalide

👉 Papillon

Pour l’instant, le protocole est au niveau “larve” et a besoin des “pools” des acteurs de la DeFi pour opérer et offrir de la liquidité aux prêteurs et aux emprunteurs. Mais assez vite, Morpho aura l'ambition de passer au deuxième stade, c’est-à-dire celui de la “chrysalide”, avec l’introduction d'un système de carnet d'ordres (order book) permettant d'avoir des taux différents en pair-à-pair au sein de Morpho. Selon nos informations, cette étape n’est pas attendue avant début 2023.

La dernière phase, celle du papillon, correspond à un système où Morpho prendrait son envol et n’aurait plus besoin des pools de liquidité pour opérer. À la place des “pools”, Morpho utiliseraient en plus d'un carnet d'ordres, des "markets makers", qui sont des acteurs de marché qui viennent compléter eux-mêmes les opérations avec leurs liquidités pour prendre une partie de l’écart de taux. Un système qui est aujourd’hui très utilisé sur les marchés financiers… classiques.

­­THE BIG FOCUS

­­­Le pire de la crise est-il derrière nous ? 🥵

­­­L’inflation américaine a battu hier un nouveau record depuis 1982. Voici les principaux éléments à retenir, selon plusieurs sources sur les marchés.

­­­L’inflation américaine a-t-elle atteint son pic ?

Avec la baisse des prix sur les matières premières que l’on observe depuis début juin, on peut espérer que le chiffre de 9,1% sera l’un des derniers au-dessus de 9% et que les prochaines publications ne surprendront plus les investisseurs (le consensus tablait sur 8,8% en juin). Le blé, le maïs, le pétrole ou le cuivre ont tous perdu près de 20% ces dernières semaines. Sauf événement imprévu, on peut anticiper que ces baisses se répercuteront sur l’inflation et que celle-ci commencera bientôt à ralentir. Il faudra toutefois rester attentif avec la Russie qui menace de nouveau de fermer le robinet du gaz à l'Europe. Les prix pourraient continuer de flamber sur le Vieux continent…

Y a-t-il des chiffres qui permettent d’envisager une éclaircie ?

Pas pour l’instant. Les chiffres de la croissance sont révisés à la baisse en permanence, l’inflation est très élevée, les chiffres d’activité montrent une détérioration en Europe, la confiance dans les petites entreprises américaines est au plus bas depuis 2008… Le risque est que l’on passe d’un environnement de doute à la dépression ! Et il ne faudra pas compter sur les banques centrales pour relancer la machine : leur priorité est de lutter contre l’inflation donc elles ne pourront pas baisser les taux d'intérêt. Pour que la Fed change sa stratégie, il faudrait encore une dégringolade des marchés de 10 à 15%.

Quelle conséquence pour les actifs à risque, dont les cryptos ?

Dans un contexte d'inflation élevée, avec des banques centrales contraintes de monter les taux d’intérêt et une macro-économie dégradée, les mois à venir s’annoncent compliqués. Ce cocktail explosif peut nous emmener vers une capitulation des actifs risqués, que ce soit sur les indices ou les cryptomonnaies. Les investisseurs prudents doivent laisser passer la tempête. Après, il ne faut pas oublier que c'est en période de crise qu'il y a les meilleures affaires.

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