Avec Tempo (Stripe), le retour en force des blockchains privées
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Stripe a présenté Tempo, une blockchain conçue pour les paiements, avec l’appui de Paradigm et de grands partenaires institutionnels. Ce projet s’inscrit dans une nouvelle vague de blockchains privées, aux côtés d’Arc (Circle), Plasma (Tether) et Canton.

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C’était l’un des moments les plus attendus par le secteur. Stripe a présenté jeudi Tempo, sa propre blockchain pensée pour les paiements. Un projet qui rappelle, à certains égards, les ambitions avortées de Libra en 2019, mais qui s’inscrit dans un contexte radicalement différent.

À l’époque, Facebook et ses partenaires rêvaient d’une monnaie mondiale. Six ans plus tard, les géants de la finance et de la tech ne cherchent plus à créer une devise universelle : ils bâtissent des infrastructures sur mesure pour faire circuler les stablecoins existants.

>> La stratégie crypto de Stripe, nouveau géant du secteur

Stripe veut maîtriser la chaîne de valeur

Dans son message publié sur X, Patrick Collison, CEO de Stripe, insiste sur la question de la scalabilité. Bitcoin ne traite qu’une poignée de transactions par seconde, Ethereum une vingtaine, Solana et Base montent à mille, mais Stripe dépasse déjà les 10 000 TPS. Difficile, selon lui, de bâtir un réseau de paiement mondial sur des rails conçus pour la spéculation.

Cet argument technique masque toutefois un choix stratégique plus profond. En trois mouvements (l’acquisition de Bridge en 2024, celle de Privy en 2025, puis l’incubation de Tempo) Stripe s’est donné les moyens de contrôler l’actif (stablecoins), l’accès (wallets) et désormais l’infrastructure (blockchain).

Là où Libra avait échoué faute d’ancrage institutionnel et réglementaire, Stripe avance pas à pas, en s’entourant d’investisseurs (Paradigm) et de partenaires poids lourds comme Visa, Revolut ou Shopify.

>> John Egan (Stripe) : “Nous voulons construire un réseau mondial pour les paiements et la trésorerie”

Une tendance de fond

Stripe n’est pas seul à se lancer dans ce type de projet. Depuis quelques mois, les initiatives se multiplient, dessinant une nouvelle géographie des blockchains dites “privées”, ou plus exactement spécialisées dans la finance.

Circle a présenté en août Arc, une blockchain compatible Ethereum où les frais sont payés en USDC (Tempo permettra également de payer les frais en stablecoins). La promesse est claire : des transactions quasi instantanées, des coûts prévisibles, et une intégration directe avec des acteurs institutionnels comme Fireblocks.

Tether mise quant à eux sur Plasma, un réseau conçu pour traiter les flux en USDT sans frais apparents pour l’utilisateur. L’objectif est de concurrencer Tron, qui concentre aujourd’hui la majorité des transferts de stablecoins.

Canton, développé par un réseau d’acteurs financiers traditionnels, avance sur un autre terrain : celui de la tokenisation d’actifs institutionnels. Soutenu par Goldman Sachs, BNP Paribas ou Deutsche Börse, ce réseau rassemble déjà plusieurs centaines d’acteurs et a annoncé avoir levé 135 millions de dollars en juin pour accélérer son déploiement.

Toutes ces initiatives reposent sur une même logique : reprendre le contrôle de l’infrastructure, plutôt que de dépendre des chaînes publiques comme Ethereum.

Le retour des blockchains “privées”

On pourrait y voir un paradoxe. Après des années à vanter l’ouverture et la décentralisation, l’industrie revient vers des architectures plus contrôlées, souvent limitées à des partenaires validés. Mais la réalité est pragmatique : les institutions privilégient la stabilité des coûts, la conformité réglementaire et la performance à la promesse d’un réseau totalement permissionless (il faudra avoir été sélectionné pour participer à la gouvernance et au fonctionnement).

Ce retour en force des blockchains privées pose néanmoins plusieurs défis. Le premier est celui de la fragmentation : chaque acteur développe son propre réseau, au risque d’éparpiller la liquidité des stablecoins entre différents silos. Le second est celui de la gouvernance : comment garantir une ouverture progressive de ces réseaux, sans tomber dans le piège d’une infrastructure fermée aux seuls grands acteurs ?

Il y a aussi la question du rôle des blockchains publiques comme Ethereum ou Solana, qui continuent d’attirer développeurs et capitaux mais risquent de perdre une partie des flux de paiements. “Il est possible que ces dernières continuent de jouer un rôle important pour assurer l’interropérabilité entre ces différentes blockchains institutionnelles”, explique le gérant d’un noeud sur Canton.

Ce qui est sûr, c’est que ces projets marquent une nouvelle étape dans l’histoire de la blockchain. Après les années d’expérimentation et de spéculation, vient le temps des infrastructures financières spécialisées, pensées d’abord pour la conformité et l’efficacité. Elles ne feront peut-être pas rêver les cypherpunks, mais elles répondent aux attentes des institutions qui cherchent des rails adaptés pour faire circuler des milliards de dollars de stablecoins.

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Grégory Raymond

Gregory Raymond est un journaliste français spécialisé en économie et en cryptomonnaies, actuellement responsable de la recherche chez The Big Whale.

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