Tempo n’a pas encore lancé son réseau, mais son impact se fait déjà sentir. Cette blockchain, conçue par Stripe en partenariat avec le fonds Paradigm, a bouclé l’une des plus grosses levées de fonds du secteur depuis 2022. Selon Fortune, Thrive Capital, dirigé par Joshua Kushner, et Greenoaks ont mené le tour de table, rejoints par Sequoia Capital, Ribbit Capital et SV Angel. Stripe et Paradigm, à l’origine du projet, n’ont pas réinvesti dans ce tour.
Cette opération valorise Tempo à 5 milliards de dollars, un niveau inédit pour une blockchain encore en développement. L’objectif affiché : devenir la “Layer 1 des paiements”, capable de traiter des règlements à grande échelle pour des acteurs du monde réel. Le PDG de Stripe, Patrick Collison, résume l’ambition : “Tempo est une blockchain optimisée pour les services financiers du quotidien.”
La blockchain selon Stripe
Tempo se veut EVM-compatible, donc interopérable avec Ethereum, mais vise des performances supérieures en débit et en finalité. Stripe promet des transactions quasi instantanées, à coût nul pour les utilisateurs finaux, et une intégration native avec les stablecoins du marché. Plusieurs entreprises majeures testent déjà ses infrastructures : OpenAI, Shopify, Visa, Anthropic ou encore Deutsche Bank.
Cette orientation vers les paiements fait écho à la trajectoire de Stripe, valorisée 92 milliards de dollars et de plus en plus présente dans la crypto. En 2024 et 2025, la société a multiplié les acquisitions : Bridge, spécialisée dans l’infrastructure de stablecoins, rachetée 1,1 milliard de dollars, et Privy, fournisseur de wallets intégrés pour les applications Web3. Stripe a également intégré Coinbase Base dans son stack de paiement, confirmant son virage vers la finance on-chain.
Une bataille de standards
La levée de Tempo intervient dans un contexte de course aux standards mondiaux des stablecoins. Le secteur pèse désormais près de 300 milliards de dollars, dominé à 59 % par Tether (USDT). Les grands investisseurs voient dans ces “dollars numériques” une nouvelle infrastructure monétaire mondiale.
Ryne Saxe, PDG de la startup Eco cité par The Defiant, parle d’une “guerre des standards stablecoins” : “Des centaines de millions sont investis pour définir les rails du futur système monétaire. Les enjeux se chiffrent en dizaines de trillions de dollars de volumes de règlement.”
Selon un rapport de Visa publié la semaine dernière, plus de 670 milliards de dollars de prêts ont déjà été émis via des plateformes de crédit on-chain sur les cinq dernières années, preuve que les stablecoins débordent désormais du simple usage de paiement.
Une passerelle avec Ethereum
L’arrivée de Dankrad Feist chez Tempo, chercheur de la Fondation Ethereum, renforce encore la crédibilité du projet. Dans un message publié sur X, il a salué “une opportunité unique d’amener les paiements en stablecoins au grand public”, tout en soulignant que Tempo partage “les idéaux permissionless d’Ethereum”.
Dankrad Feist précise que le code de Tempo sera open source et conçu pour pouvoir “se réintégrer dans Ethereum”, offrant un pont entre la finance institutionnelle et la finance décentralisée. Une orientation qui pourrait séduire à la fois les banques et la communauté Ethereum.
L’analyse de The Big Whale
Avec Tempo, Stripe s’installe au centre du nouvel échiquier des blockchains de paiement, aux côtés de Circle (Arc), Tether (Plasma) et du projet Canton accompagné par plusieurs grandes banques comme Goldman Sachs et BNP Paribas. Mais là où ses concurrents multiplient les alliances bancaires, Stripe mise sur son réseau de marchands (plus d’un million dans le monde) pour imposer son protocole.
Cette stratégie a un atout : l’effet réseau. Si Tempo s’intègre nativement à l’écosystème Stripe, les stablecoins pourraient devenir invisibles pour l’utilisateur final, servant de couche de règlement sous-jacente à des paiements classiques. C’est peut-être là la clé pour faire passer les stablecoins du Web3 à la vie quotidienne.







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