Paul Grewal (Coinbase) : “Le contexte devient beaucoup plus favorable aux Etats-Unis”

23.08.2023
Paul Grewal (Coinbase) : “Le contexte devient beaucoup plus favorable aux Etats-Unis”
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Après des mois très compliqués pour l’industrie crypto, avec des enquêtes en cascade de la part du gendarme boursier américain (SEC), les choses sont en train de s’améliorer aux Etats-Unis, selon le directeur juridique de Coinbase. Dans une interview exclusive avec The Big Whale, l’Américain explique en détails pourquoi, et revient aussi sur les ambitions de la plateforme d’échange en Europe.

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Depuis quelques mois, le gendarme boursier américain (SEC) mène une vaste offensive contre les acteurs crypto. Coinbase n’est pas épargné. Comment va la société ?

Honnêtement, les choses vont plutôt bien. Comme beaucoup d’entreprises, nous sommes visés par des enquêtes de la SEC, mais les choses évoluent vite et dans le bon sens. Aussi incroyable que cela puisse paraître, on sent que le vent a tourné en faveur de l’industrie crypto aux Etats-Unis.

Comment est-ce possible ? Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

Il y a en réalité plusieurs raisons. La première, ce sont évidemment les récentes décisions de la justice, et notamment celle en faveur de Ripple dans le dossier qui l’oppose à la SEC.

Cette décision est très importante parce qu’elle apporte une réponse claire à une question fondamentale : les tokens comme le XRP sont-ils des titres financiers ? Dans son jugement de juillet, la cour a définitivement expliqué que le XRP n’était pas un titre financier, ce qui change totalement la situation.

La décision en faveur de Ripple est d’autant plus importante que le système judiciaire américain ne fonctionne pas comme en Europe. Aux États-Unis, la décision d’un juge a force de loi. La SEC, qui a un pouvoir réglementaire, doit donc se plier à la décision du juge.

La seconde raison pour laquelle je suis optimiste, c’est que de nombreux élus américains se sont mobilisés ces dernières semaines. Ils ont fait plusieurs propositions de loi pour définir ce qu’est un marché crypto, et comment les produits cryptos doivent être émis et régulés, et c’est la première fois que nous voyons cela.

Le but est d’encadrer le lancement des tokens, de bien définir ce qu’ils sont dès le départ. Certains seront peut-être des titres financiers classiques, mais la plupart sont des tokens de projets décentralisés, et les entreprises qui les émettent doivent être sûres qu’ils seront considérés comme des “commodities” (marchandises ou matières premières, ndlr) et pas comme des titres financiers, et surtout que cela n’évoluera pas.

Le Congrès américain est aussi en train d’avancer sur une régulation pour les stablecoins, ce qui est très important pour cet écosystème.

Comment expliquez-vous ce changement d’attitude des élus américains ?

Beaucoup n’avaient pas compris l’intérêt de cette industrie et de ce qu’elle représente en termes d’emplois et de souveraineté. J’étais il y a quelques jours avec notre CEO Brian Armstrong et plusieurs élus américains, et je peux vous dire que les mentalités ont changé.

Le plus impressionnant est de voir que cela touche tous les élus américains, à la fois démocrates et républicains. C’est très important de voir cette prise de conscience bi-partisane.

Depuis des années, les États-Unis n’avancent pas assez vite sur les cryptos, et là je dirais que c’est la première fois que je vois un consensus. L’Europe fait la course en tête, le reste du monde suit et je pense que les États-Unis ont compris que ce n’était pas une bonne chose d’être à la traîne.

La SEC n’a pourtant pas abandonné l’idée de poursuivre les projets cryptos. Son président, Gary Gensler, a rappelé il y a peu qu’il poursuivrait ses enquêtes et ils ont fait appel dans le dossier Ripple…

La SEC n’a en effet n’a rien abandonné, et Gary Gensler souhaite exercer son autorité sur ces sujets, mais la justice et les élus américains sont désormais de notre côté.

Ce que fait la SEC sur la lutte anti-fraude est très important, et nous les soutenons, mais actuellement il ne s’agit pas de cela. Là, il s’agit d’assurer le développement d’une industrie qui est cruciale pour l’avenir de ce pays.

Coinbase, comme d’autres acteurs, a décidé de relister le XRP et d’autres jetons sur sa plateforme. N’est-ce pas un risque ?

Ce n’était pas une décision facile, mais dès que le tribunal a tranché en faveur de Ripple, nous avons tout analysé et nous avons très rapidement constaté que nous pouvions relister le XRP parce que la décision du juge est très claire : le XRP et les autres tokens ne sont pas des titres financiers.

Nous savons que nous ne prenons aucun risque. C’est important pour nous d’être aux services des investisseurs, notamment ceux qui veulent pouvoir acheter et vendre du XRP ou d’autres tokens.

La décision sur l’affaire entre Ripple et la SEC n’est qu’une première étape. Les choses pourraient évoluer dans les mois qui viennent avec l’appel…

Bien sûr, mais honnêtement, la décision en première instance est assez claire et la juge en question est quelqu’un de très respectée. Elle a pris le temps pour cette décision, donc même en appel, nous sommes convaincus que les choses n’évoluerons pas fondamentalement.

Dans un autre dossier, vous avez suspendu votre service de staking dans plusieurs États américains. Où en êtes-vous à ce niveau-là ?

La SEC, ainsi que les régulateurs de plusieurs États, nous ont aussi attaqué au sujet du staking (qui consiste à immobiliser ses cryptos dans des protocoles pour participer à leur sécurité tout en recevant une rémunération en échange, ndlr). Ce qu’il faut toutefois avoir en tête, c’est qu’aux États-Unis, lorsque vous êtes attaqué sur la légalité d’un produit financier, vous devez stopper sa mise en circulation pour les nouveaux clients. C’est une mesure conservatoire, et c’est pour cette raison que nous avons suspendu le staking dans plusieurs États. Coinbase a toujours respecté la loi.

Désormais, nous sommes dans la phase judiciaire où nous allons prouver que le staking n’est pas une activité basée sur des titres financiers.

Vous n’avez donc pas suspendu l’activité de staking à l’échelle du pays ?

Cela ne concerne que 5 États, et uniquement les nouveaux clients. Ceux qui avaient déjà des produits de staking chez nous ne sont pas touchés.

Toute cette agitation réglementaire n’a pas eu un impact négatif sur l’écosystème américain ? Beaucoup d’entreprises ont gelé leurs activités et ont même, pour certaines, réduit leurs effectifs…

Coinbase a été créé aux États-Unis ; 80% de notre activité est basée ici, et nous sommes convaincus que les États-Unis peuvent jouer un rôle essentiel dans le Web3. Pour nous, les choses sont claires, l’industrie Web3 a un avenir radieux, surtout au sein de la première économie mondiale.

Une fois qu’on a dit cela, je pense que la SEC a en effet fait beaucoup de mal à cette industrie. L’incertitude est une très mauvaise chose, et il n’y en a jamais eu autant ici, donc ce n’est pas simple pour les entreprises d’innover, d’embaucher et de se projeter, notamment dans un contexte de Bear Market.

Quand je compare cela à ce que je vois en France, au Royaume-Uni, je vois bien que ce n’est pas une bonne chose.

Vous parlez beaucoup de l’Europe, mais il y a quelques mois, Brian Armstrong a expliqué dans une lettre ouverte que le “grand vainqueur” du recul des États-Unis dans le Web3 serait la Chine. Pourquoi la Chine et pas l’Europe ?

Soyons clairs, Coinbase n’a aucune activité en Chine, et près de 20% de notre activité est en Europe. L’Europe est clairement notre second marché, donc nous sommes très optimistes sur l’Europe. MiCA est une excellente avancée pour l’Europe. Nous suivons cela de près aux États-Unis, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous misons autant dessus. Nous avons des bureaux en Irlande, au Royaume-Uni et en Allemagne, et nous sommes sur le point d’obtenir notre enregistrement comme prestataire de services sur actifs numériques (PSAN) en France.

Au sujet de la  Chine, ce que Brian Armstrong a voulu dire, c’est qu’après avoir été ouvertement opposée aux cryptos, notamment à cause de ce qu’elles permettent de faire, la Chine a changé d’optique, et elle est désormais très favorable au secteur. Regardez ce qu’il se passe avec Hong Kong. La régulation a beaucoup évolué. Pékin incite même les entreprises Web3 à s’y installer.

Quelles sont les prochaines étapes pour Coinbase ?

Nous voulons vraiment continuer à nous développer au niveau international, spécifiquement en Europe. Il va se passer beaucoup de choses en Europe ces 18 prochains mois. Il va y avoir beaucoup d’opportunités pour Coinbase et le reste de l’écosystème. Il y a un super écosystème en Europe, et spécifiquement en France.

Raphaël Bloch

Raphaël Bloch est CEO et cofondateur de The Big Whale, une plateforme indépendante d’intelligence de marché sur les actifs numériques, destinée aux acteurs des marchés financiers à travers une couverture éditoriale, de la recherche, un briefing hebdomadaire et des événements en présentiel. Il a cofondé The Big Whale en avril 2022. Au sein de la plateforme, il modère et anime des événements institutionnels réunissant banques, asset managers, custodians et fournisseurs d’infrastructure sur des sujets tels que le staking, l’on-chain yield, les stablecoins, le DeFi lending et la tokenisation. Il a modéré des panels lors d’événements organisés en partenariat avec Bitwise, Everstake, Gemini, Morpho, Hexarq, Coinhouse, Delubac, Franklin Templeton et l’Ethereum Foundation, à Londres et à Paris entre fin 2025 et mi-2026.

Avant de fonder The Big Whale, Bloch a travaillé comme journaliste aux Echos de décembre 2016 à mars 2020, puis à L’Express de mars 2020 à mars 2022. Il a également travaillé auparavant chez Reuters. Depuis septembre 2022, il exerce en parallèle le rôle de Business Analyst chez BFM Business. Il couvre le secteur crypto comme journaliste depuis 2016. Il est diplômé d’emlyon et du CFJ.

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Paul Grewal

Paul Grewal est Chief Legal Officer & Corporate Secretary chez Coinbase, poste qu’il occupe depuis septembre 2020. Il est responsable des fonctions juridique, conformité, renseignement global, gestion des risques et relations gouvernementales de Coinbase. À ce titre, il pilote les échanges de la plateforme avec les régulateurs des services financiers et contribue au développement ainsi qu’au déploiement de produits et services régulés. Il rédige également des contenus publics sur les enjeux de protection des consommateurs, notamment sur la coopération de Coinbase avec les forces de l’ordre dans des affaires de vols d’actifs numériques.

Avant Coinbase, Grewal a été Vice President and Deputy General Counsel chez Facebook de 2016 à 2020, où il a porté l’équipe juridique à plus de 200 personnes et supervisé les affaires réglementaires, les contentieux et les sujets commerciaux. Auparavant, il a exercé comme U.S. Magistrate Judge auprès du United States District Court for the Northern District of California de décembre 2010 à juin 2016. Plus tôt dans sa carrière, il a été partner chez Howrey LLP, où sa pratique était centrée sur la propriété intellectuelle et les litiges en matière de brevets devant les juridictions fédérales. Il a également effectué des judicial clerkships auprès du Judge Arthur J. Gajarsa de la U.S. Court of Appeals for the Federal Circuit et du Judge Sam H. Bell du U.S. District Court for the Northern District of Ohio. Il est actuellement Independent Board Director chez Epiq et Director au sein du Nomination and Governance Committee de la Law Foundation of Silicon Valley. Grewal est titulaire d’un J.D. de la University of Chicago Law School et d’un B.S. en Civil and Environmental Engineering du Massachusetts Institute of Technology.

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