Alexandre Roubaud (Bitstack) : “Nous sommes valorisés autour de 70 millions de dollars”

Alexandre Roubaud (Bitstack) : “Nous sommes valorisés autour de 70 millions de dollars”
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Trois mois après sa série A, la startup Bitstack a ouvert son capital au grand public via Crowdcube, établissant un record historique pour la plateforme en Europe. Entretien avec son patron Alexandre Roubaud.

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La série A de Bitstack (15 millions de dollars) remonte à décembre dernier. Pourquoi ouvrir si rapidement le capital au grand public ?

Depuis le début, à chaque annonce d'une étape importante pour l'entreprise, la question revient systématiquement de la part de nos clients : "Est-ce qu'on peut participer, et comment ?" Ce n'est pas quelque chose qu'on a décidé précipitamment. L'idée est restée dans un coin de notre tête, en attendant le bon moment et la bonne façon de la concrétiser. Et quand on a vu l'engouement suscité par la série A, la couverture médiatique, les retours clients, le profil des investisseurs qu'on avait réunis, on s'est dit que si un moment était le bon, c'était celui-ci. Notre communauté n'avait jamais été aussi grande : 300 000 clients, plus de 300 millions d'euros épargnés en Bitcoin. Tout se combinait pour rendre l'opération opportune.

Cela dit, il y a quand même eu un délai de trois mois entre la série A et cette levée. Il fallait préparer quelque chose ?

Oui, ce type d'opération demande une vraie préparation pour être exécuté dans de bonnes conditions. On a travaillé avec Crowdcube, qui est la plus grande plateforme européenne d'investissement dans le non-coté. Ils ont accompagné Revolut, Monzo, Qonto. Ce n'est pas une opération qu'on improvise.

Quels sont les chiffres finaux de cette levée ?

Plus de 25 000 personnes s'étaient préinscrites au moment de l'annonce, ce qui constitue le plus gros volume d'inscriptions jamais enregistré par Crowdcube. Au moment de l'ouverture, un mardi à 10 heures, on a atteint un million d'euros investi en moins de cinq minutes. Notre objectif initial de 2 millions de dollars a été atteint en 20 minutes. Et en moins de 24 heures, on avait bouclé un tour total de 4,5 millions de dollars, avec plus de 8 000 participants. C'est la plus grosse opération en nombre de participants jamais réalisée par Crowdcube en Europe.

Le tour était plafonné à 4,5 millions ?

L'objectif affiché était de 2 millions de dollars. Mais face à la demande, on s'est permis de sursouscrire pour permettre à un maximum de personnes de participer. 4,5 millions, c'est la taille qui nous paraissait la plus raisonnable pour faire participer le plus grand nombre sans dénaturer l'opération.

“Les participants ont investi aux mêmes conditions que les investisseurs institutionnels de la série A”

À quelle valorisation ?

Les participants ont investi aux mêmes conditions que les investisseurs institutionnels de la série A, c'est-à-dire 13Books Capital, Y Combinator et AG2R La Mondiale. La valorisation pré-monnaie est d'un peu plus de 50 millions d'euros. Ça nous paraissait essentiel d'ouvrir à nos clients sans leur appliquer des conditions moins favorables qu'aux institutionnels. À la fin de l’opération, cela valorise l’entreprise autour de 70 millions de dollars.

>> Alexandre Roubaud (Bitstack) : "L’investissement d’AG2R La Mondiale confirme l’institutionnalisation du bitcoin"

Le profil des investisseurs est essentiellement français ?

Majoritairement, oui, parce que notre base communautaire est majoritairement française. Mais on a eu des participants sur plusieurs pays de l'Union européenne.

Le ticket moyen ?

On est autour de 500 euros. Ce n'était pas l'objectif d'avoir quelques gros tickets, mais de faire participer un maximum de monde. Le ticket médian, on l'aura dans les chiffres définitifs, mais 500 euros de moyenne sur 8 000 personnes, ça dit beaucoup sur la répartition.

Comment animez-vous une communauté de 300 000 clients au quotidien ?

D'abord, à travers l'application elle-même : on y annonce les nouveautés via des bannières, des fenêtres modales dans l'app. C'est d'ailleurs l'un des principaux leviers qui a permis de mobiliser notre base existante sur l'opération Crowdcube. Ensuite, on a une base emailing significative, une chaîne YouTube qu'Alexandre Stachtchenko a reprise en main avec un rythme de publication régulier, un Discord, un Telegram, et une présence sur l'ensemble des réseaux sociaux.

Sur la feuille de route : où en est le déploiement de la carte ?

On a livré les 5 000 premières cartes, comme annoncé en début d'année. Mais on a plus de 200 000 personnes préinscrites, donc c'est clairement la priorité numéro un. Plusieurs nouvelles fonctionnalités autour de la carte vont également sortir en parallèle. On a aussi annoncé le lancement du compte euros avec IBAN français, qui fait partie du déploiement des prochains mois.

“Il existe plusieurs façons de générer du rendement sur du Bitcoin”

Il y a de plus en plus de solutions sur le marché pour offrir du rendement sur le Bitcoin. C'est quelque chose que vous envisagez ?

On suit le sujet de très près. Chez Bitstack, notre positionnement, c'est l'épargne Bitcoin avec une vision long terme. Ça implique une approche au risque différente de certains acteurs. Il existe plusieurs façons de générer du rendement sur du Bitcoin, dont le WBTC (BTC tokenisé sur Ethereum, ndlr) et le prêt à des institutionnels. On n'écarte aucune piste. Mais chaque solution a un profil de risque propre, et c'est ce qu'on est en train d'évaluer sérieusement. La confiance de nos clients est notre actif le plus précieux, et on ne prendra pas de risque inconsidéré pour ne pas l'entamer.

Les stablecoins, également ?

C'est un sujet exploratoire, et c'est une demande qui remonte de nos clients. Rien n'est annoncé officiellement. Mais il y a une logique : les stablecoins peuvent servir de pont pour entrer dans Bitcoin ou en sortir, ce qui s'inscrit naturellement dans notre proposition de valeur.

Bitstack pourrait donc devenir un acteur plus généraliste, moins 100 % Bitcoin ?

Non, Bitcoin reste le coeur de notre ADN. Notre mission est la démocratisation de l'épargne en Bitcoin avec une vision long terme. Mais autour de ce coeur, il peut y avoir des produits satellites : une carte, un compte, du rendement potentiel, des stablecoins. Ce ne sont pas des concessions sur notre philosophie, ce sont des couches qui renforcent la proposition de valeur autour du Bitcoin.

>> Analyse : Le cycle de quatre ans du Bitcoin est-il mort ?

People in the article
Grégory Raymond

Grégory Raymond est directeur de la recherche et co-fondateur de The Big Whale. Spécialiste de l'intersection entre finance traditionnelle et actifs numériques, il couvre depuis 2017 les enjeux réglementaires, institutionnels et technologiques du secteur pour une audience de décideurs (banques, asset managers, fintechs). Il est également l'auteur de "Bitcoin & Cryptos : L'enjeu du siècle" (Talent Éditions, 2025), un ouvrage structuré autour d'entretiens avec des figures clés de l'écosystème.

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