Les cryptomonnaies permettent-elles de financer le terrorisme ?

18.10.2023
Les cryptomonnaies permettent-elles de financer le terrorisme ?
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Depuis l’attaque du Hamas contre Israël, les cryptomonnaies sont à nouveau accusées de financer le terrorisme. Mais contrairement à ce que beaucoup pensent, leur impact, s’il est réel, reste très négligeable, notamment parce que la blockchain permet de retracer toutes les transactions…

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Comment le Hamas se finance-t-il ?

Depuis l’attaque terroriste qui a visé Israël le 7 octobre, c’est la question qui revient en boucle, au restaurant ou à la machine à café ☕️, et l’un des moyens les plus cités sont les… cryptomonnaies.

Beaucoup d’articles ont été écrits sur le sujet. Il y a aussi eu beaucoup de commentaires d’experts plus ou moins bien informés. Mais inutile de tourner autour du pot, OUI, les cryptomonnaies permettent de financer le terrorisme, et le Hamas, comme d’autres organisations (Daesh par exemple), en a profité.

🗓️ Dès 2019, l’organisation terroriste a récupéré de l’argent en cryptomonnaies.

Elle a d’abord récupéré quelques milliers de dollars, essentiellement via des portefeuilles numériques. Puis, à la faveur de la hausse brutale des marchés, les montants ont progressé. À l’été 2021, le Hamas aurait ainsi récupéré 7 millions de dollars.

Par la suite, l’organisation terroriste a continué de récolter des fonds, davantage via des comptes sur les plateformes d’échange, comme Binance. Selon le Wall Street Journal, qui cite des chiffres de la société américaine Elliptic, le Hamas aurait récupéré 93 millions de dollars entre 2021 et 2023 💸. Un chiffre qui s'est toutefois révélé faux, de l'aveu même du WSJ, qui a publié un correctif, en expliquant que le Hamas aurait en réalité récupéré quelques centaines de milliers de dollars supplémentaires...

Même en admettant que ces chiffres soient vrais, ce qui n'est même pas le cas, les cryptomonnaies représenteraient une faible partie du financement du Hamas. A titre de comparaison, depuis 2018, le Qatar a donné 30 millions de dollars par mois au Hamas, soit au total plus de 1,5 milliard de dollars.

Une fois que l’on a dit cela, il faut en plus ajouter deux choses :

👉 Le Hamas ne récolte plus d’argent en cryptos depuis avril 2023

L’organisation a elle-même demandé à ses soutiens de stopper les virements en cryptos (le graphique ci-dessous le montre très bien) parce que, comme beaucoup l’ont oublié, la blockchain n’est pas la technologie la plus adéquate pour frauder 🙃.

Sur la blockchain, les transactions sont enregistrées et publiques, donc consultables par tous. Il est possible de remonter jusqu’au portefeuille numérique de quelqu’un qui a envoyé des fonds. Pas forcément très pratique !

👉 Le Hamas n'a récupéré qu'une partie de ses cryptos

Par ailleurs, pour récupérer l'argent en monnaie locale, il faut à un moment ou à un autre passer par une plateforme d'échange. Or, la plupart d’entre elles disposent désormais de procédures de connaissance du client (Know Your Customer) et de lutte contre le blanchiment d'argent (AML) pour les utilisateurs, ce qui complique d'autant plus la récupération des fonds.

En plus de ces difficultés, le Hamas a vu beaucoup de ses comptes gelés. Dès 2020, Israël et les États-Unis ont réussi à bloquer des comptes détenus par l'organisation palestinienne sur des plateformes.

Ces derniers jours, les gels de comptes sur les plateformes se sont multipliés. En collaboration avec les autorités israéliennes, Binance a gelé une centaine de comptes liés au Hamas.

Cette semaine, la société Tether, qui gère le stablecoin dollar USDT (une cryptomonnaie indexée sur le dollar), a de son côté annoncé le gel de 32 portefeuilles numériques contenant des cryptomonnaies. Une partie de ces portefeuilles serait liée au Hamas.

Conclusion : si les cryptomonnaies permettent bien de financer le terrorisme, elles ne sont pas un moyen efficace d'échapper aux sanctions…

Format
Analyses
Raphaël Bloch

Raphaël Bloch est CEO et cofondateur de The Big Whale, une plateforme indépendante d’intelligence de marché sur les actifs numériques, destinée aux acteurs des marchés financiers à travers une couverture éditoriale, de la recherche, un briefing hebdomadaire et des événements en présentiel. Il a cofondé The Big Whale en avril 2022. Au sein de la plateforme, il modère et anime des événements institutionnels réunissant banques, asset managers, custodians et fournisseurs d’infrastructure sur des sujets tels que le staking, l’on-chain yield, les stablecoins, le DeFi lending et la tokenisation. Il a modéré des panels lors d’événements organisés en partenariat avec Bitwise, Everstake, Gemini, Morpho, Hexarq, Coinhouse, Delubac, Franklin Templeton et l’Ethereum Foundation, à Londres et à Paris entre fin 2025 et mi-2026.

Avant de fonder The Big Whale, Bloch a travaillé comme journaliste aux Echos de décembre 2016 à mars 2020, puis à L’Express de mars 2020 à mars 2022. Il a également travaillé auparavant chez Reuters. Depuis septembre 2022, il exerce en parallèle le rôle de Business Analyst chez BFM Business. Il couvre le secteur crypto comme journaliste depuis 2016. Il est diplômé d’emlyon et du CFJ.

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