Le bitcoin s'échange autour de 77 000–77 300 dollars après trois journées particulièrement heurtées. À la suite de l'événement de liquidation du 18 mai, le BTC avait glissé vers la zone des 74 500–75 000 dollars durant le week-end (23-24 mai) sous l'effet de quelque 917 millions de dollars de liquidations, avant de rebondir nettement lundi pour retrouver le milieu des 77 000 dollars.
Le catalyseur : l'apaisement des tensions entre les États-Unis et l'Iran, après l'annonce par le président Trump d'un accord de paix "en grande partie négocié". Ce signal a pesé sur les cours du pétrole, temporairement affaibli le dollar et déclenché un mouvement de rachat de positions courtes assorti d'une rotation modérée vers les actifs risqués.
Les ETF bitcoin spot américains ont enregistré une nouvelle journée de sorties nettes le 22 mai (environ 105 millions de dollars), portant le total à 1,31 milliard de dollars sur six séances consécutives. L'IBIT de BlackRock n'échappe pas à la pression vendeuse ; l'ensemble du complexe ETF affiche des rachats procycliques, cohérents avec le contexte macroéconomique.
La dominance du bitcoin se maintient aux alentours de 59-60 %.
Divergence entre dynamiques structurelles et cycliques
Le découplage entre narratifs structurels et cycliques se confirme. Côté structurel, l'infrastructure institutionnelle continue de s'étoffer : les ETF crypto spot à l'échelle mondiale totalisent 1,5 milliard de dollars de flux nets positifs depuis le début de l'année ; le marché des actifs du monde réel tokenisés (RWA) a progressé de 431 % depuis le 1er janvier 2025, pour atteindre 33,8 milliards de dollars ; et le cadre réglementaire avance, qu'il s'agisse du compromis autour du CLARITY Act sur les rendements des stablecoins ou des exemptions accordées par la SEC aux interfaces DeFi non custodiales.
Sur le plan cyclique, en revanche, le régime reste hostile. L'inflation CPI d'avril, ressortie à 3,8 % (son plus haut niveau depuis août 2023), conjuguée au maintien par la Fed de sa fourchette de taux à 3,50-3,75 %, a conduit les marchés à n'anticiper quasiment aucune baisse de taux d'ici fin 2027, voire à intégrer une probabilité accrue de hausses supplémentaires. Les corrélations élevées du bitcoin (84 % avec le S&P 500, 57 % avec l'or) le placent fermement dans la catégorie des actifs macro : la remontée des rendements obligataires et les tensions macroéconomiques latentes pèsent sur les cryptoactifs de concert, les positions à effet de levier amplifiant les mouvements. Les flux ETF se sont brusquement retournés, mettant à l'épreuve la solidité du bid institutionnel en période de stress.
L'analyse de The Big Whale
Ce que nous observons reste un test de crédibilité en temps réel pour la thèse de "l'ère institutionnelle". Le capital institutionnel est bien présent, structurellement, et il progresse. Mais il demeure procyclique : il amplifie les hausses et accélère les corrections, sans pour autant constituer un plancher inconditionnel.
Le dernier épisode de purge du levier en mai (917 millions de dollars le 23 mai) a eu, paradoxalement, un effet assainissant. Il a liquidé les positions longues agressives (environ 827 millions de dollars) et remis à zéro l'open interest. Sur les trois derniers jours, le marché s'est stabilisé sans nouvelles liquidations en cascade. Signe que les vendeurs sont épuisés et qu'un rally de soulagement reste possible, à condition que la détente géopolitique tienne et que les prochains signaux CPI/Fed s'adoucissent.
La variable clé pour le troisième trimestre demeure la trajectoire de la Fed. Si l'inflation tirée par l'énergie se révèle transitoire et que le CPI core décélère, les anticipations de hausse de taux reflueront, ouvrant la voie à un rebond tactique des crypto-actifs. Le scénario central reste celui d'un marché en range, ponctué de purges de levier périodiques. Un régime qui favorise les stratégies de portage et l'exposition sélective plutôt que les convictions directionnelles.


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