Cyrus Fazel (Swissborg) : "Il y a un cartel des Exchanges centralisés"

08.11.2023
Cyrus Fazel (Swissborg) : "Il y a un cartel des Exchanges centralisés"
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La plateforme d'échange Swissborg vient de lancer un "Meta-Exchange". Cette solution doit permettre à ses clients d'accéder à plus de tokens à des prix plus compétitifs, selon son fondateur, Cyrus Fazel.

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The Big Whale : vous venez d'annoncer le lancement d'un Meta-Exchange (MEX). Qu'est-ce que c'est exactement ? Quelles différences avec les Exchanges centralisés ou décentralisés ?

Cyrus Fazel : depuis quelques années, il y a une sorte d'affrontement entre les Exchanges centralisés (CEX) et décentralisés (DEX). Les CEX, comme Binance ou OKX, sont intéressants parce qu'ils sont faciles à utiliser, mais il n'y a pas de blockchain donc ce sont des boîtes noires centralisées, ce qui ne correspond pas trop à la philosophie du Web3.

De l'autre côté, il y a les DEX comme Uniswap ou Curve, qui sont beaucoup plus Web3, mais qui ont une expérience utilisateur encore trop décevante, pour ne pas dire plus, sans même parler du risque opérationnel pour les débutants.

Il nous fallait donc une solution qui prenne le meilleur des deux mondes. Depuis le lancement de Swissborg, en 2016, notre objectif est de réunir les univers on-chain et off-chain, et grâce à notre smart engine nous avons réussi à créer une sorte d'agrégateur de toutes les plateformes qui permettent d'acheter des monnaies traditionnelles et des cryptomonnaies.

Comment cela fonctionne-t-il concrètement ?

C'est en réalité assez simple pour les utilisateurs : il suffit d'aller sur notre application et vous pouvez acheter à la fois des euros, des francs suisses, ainsi que des cryptos disponibles sur les CEX et désormais aussi les DEX.

Combien de cryptomonnaies sont disponibles ?

Plus d'une soixantaine.

Quel est l'intérêt de passer par votre MEX ?

Vous allez avoir accès à une gamme de tokens de plus en plus large et à des prix très intéressants.

Comment réussissez-vous à avoir des prix plus intéressants ?

Ce que les gens ne comprennent pas, c'est qu'il n'y a pas de prix fixe sur les Exchanges. Il y a beaucoup d'arbitrages. Aujourd'hui seuls les professionnels arrivent à profiter de ces arbitrages, mais notre objectif est que ce soit aussi le cas pour les particuliers.

Est-ce que vous n'êtes pas un intermédiaire supplémentaire ?

C'est une bonne question, mais en réalité, il suffit de regarder les prix que nous offrons, et ce sont les meilleurs. Nous ne sommes pas les meilleurs sur tous les tokens, mais par exemple sur Helium, par rapport au franc suisse, ce sont les meilleurs prix, vous ne trouverez pas mieux.

Vous avez choisi d'intégrer Solana à votre MEX. Pourquoi ? Est-ce que d'autres blockchains vont arriver ?

Je n'ai jamais été un grand fan de Solana, notamment à cause du poids considérable de SBF dans le projet. Mais les choses ont changé depuis un an avec la chute de FTX, et surtout le CTO de Swissborg, et notre équipe DeFi, a toujours développé des choses sur Solana. Ils le faisaient sur leur temps libre.

Début de 2023, notre CTO est venu nous voir en nous disant qu'il y avait des choses à faire sur Solana, notamment parce qu'ils avaient réussi à créer Phoenix, qui est un Central Limit Orderbook on-chain, et qui nous permet justement d'aller faire des arbitrages dans tout l'écosystème Solana pour nos clients.

Actuellement, il n'y a que l'écosystème Solana qui a ce type d'outil, mais notre pari c'est que les autres DEX, comme Uniswap et autres, vont devoir lancer le même type d'outil, sinon ils vont être obsolètes, parce que ce sont les ordres de carnet qui permettent de faire du market making et de créer des systèmes de trading comme Swissborg.

Etes-vous sûr que les autres lanceront le même type d'outil ?

Ils n'ont pas vraiment le choix. C'est comme si on se demandait si toutes les voitures devaient devenir électriques. C'est juste une évidence. Donc pour l'instant Tesla, c'est Solana, mais Mercedes et les autres constructeurs vont devoir s'y mettre…

Que représente ce MEX pour Swissborg ?

Grâce à Solana, nous avons réussi à un peu plus décentraliser la finance. Nous sommes super bullish sur Solana en dépit du fait que la TVL (total value locked, ndlr) reste modeste. Nous sommes convaincus que la TVL va augmenter. Les gens vont réaliser qu'il y a des choses à faire sur Solana. Uniswap et les autres travaillent sur ces sujets.

Vous avez évoqué le fait qu'il y a encore peu de TVL sur Solana. N'est-ce pas un problème pour la liquidité ?

Si bien sûr, aujourd'hui nous sommes capables de faire des opérations de quelques centaines d'euros ou de francs suisses, mais nous ne serons pas capables de faire 100.000 euros.

D'ici quelques mois, nous espérons pouvoir faire des opérations à 5000 euros, mais ce sera difficile de faire plus, au moins à court terme. Il y a encore du boulot pour faire mieux que les CEX !

Vous êtes les premiers à faire ça ?

1Inch a fait quelque chose d'équivalent sur les DEX. Tagomi (racheté par Coinbase) a fait pareil sur les CEX. Il y a des market makers qui font ça comme Wintermute, mais personne n'a réussi à faire un produit hybride sur les CEX et les DEX comme nous.

Quelle est la prochaine étape pour le MEX ?

Avec notre MEX, Swissborg va être capable de lister dans un premier temps n'importe quel token Solana, et nous allons progressivement faire pareil avec les autres blockchains.

Personne n'aura besoin de demander à un CEX de lister son token. Ils pourront le faire de manière décentralisée. C'est une liberté entrepreneuriale et philosophique fondamentale.

Il y a un cartel des CEX. Qu'on le veuille ou non, les Exchanges centralisés poussent leur blockchain et les projets qu'ils ont intérêt à pousser. La question des listings et des accès aux tokens est extrêmement politique.

Avec notre MEX, le but à terme est de réussir à créer un launchpad décentralisé avec l'expérience utilisateur des launchpad centralisé.

People in the article
Raphaël Bloch

Raphaël Bloch est CEO et cofondateur de The Big Whale, une plateforme indépendante d’intelligence de marché sur les actifs numériques, destinée aux acteurs des marchés financiers à travers une couverture éditoriale, de la recherche, un briefing hebdomadaire et des événements en présentiel. Il a cofondé The Big Whale en avril 2022. Au sein de la plateforme, il modère et anime des événements institutionnels réunissant banques, asset managers, custodians et fournisseurs d’infrastructure sur des sujets tels que le staking, l’on-chain yield, les stablecoins, le DeFi lending et la tokenisation. Il a modéré des panels lors d’événements organisés en partenariat avec Bitwise, Everstake, Gemini, Morpho, Hexarq, Coinhouse, Delubac, Franklin Templeton et l’Ethereum Foundation, à Londres et à Paris entre fin 2025 et mi-2026.

Avant de fonder The Big Whale, Bloch a travaillé comme journaliste aux Echos de décembre 2016 à mars 2020, puis à L’Express de mars 2020 à mars 2022. Il a également travaillé auparavant chez Reuters. Depuis septembre 2022, il exerce en parallèle le rôle de Business Analyst chez BFM Business. Il couvre le secteur crypto comme journaliste depuis 2016. Il est diplômé d’emlyon et du CFJ.

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