“On peut clairement parler de French Touch dans la DeFi”
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­­­Investisseur touche-à-tout, Julien Bouteloup (StakeDAO, Curve, Stake Capital, etc.) est probablement l’un des meilleurs experts français de la DeFi. Pour lui, la France dispose d’un incroyable vivier de projets.

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­L’EthCC est l’un des plus gros événements crypto en Europe. Qu’en pensez-vous ?

Je pense même que c’est même le meilleur événement crypto au monde (rire). Il y a d’autres événements majeurs comme la conférence DevCon, mais celle-ci est organisée par la fondation Ethereum et on ne retrouve pas autant de monde. L’EthCC est très communautaire, très qualitative. Les projets présents sur place ne sont pas là pour faire du sponsoring agressif et vendre à tout prix leurs projets. À l’EthCC, les gens sont là pour construire, pour développer, et c’est ce qui fait la réputation de l'événement.

Justement, en parlant de projets, quels sont ceux qui ont le plus retenu votre attention ces derniers mois ?

Pas évident de répondre, il y en a beaucoup. J’ai passé beaucoup de temps à l’étranger, mais j’ai toujours fait la plupart de mes investissements en France (ses différentes structures gèrent des centaines de millions de dollars, ndlr). Dernièrement, j’ai investi dans des projets français comme Angle, Mangrove ou Morpho (lire l’analyse fondamentale du projet). Ce qui est intéressant, c’est de voir à quel point leurs équipes sont bonnes. La finance décentralisée, et la blockchain en général, correspondent très bien à ces profils d’ingénieurs que l’on trouve beaucoup chez nous, et c’est justement pour cela que la France brille sur le sujet.

Peut-on parler d’une “French Touch” dans la DeFi ? Les Français sont partout dans les gros projets…


L’école française est excellente en mathématiques, ce qui fait qu'on a beaucoup de profils qui correspondent très bien à la finance décentralisée. Les jeunes qui sortent des grandes écoles comprennent immédiatement la DeFi. Presque tous les projets DeFi ont des Français avec eux. Chez Curve, dont je fais partie, plus de la moitié de l’équipe est française. Chez Aave, plusieurs responsables sont français. Si on ajoute à cela toutes les autres entreprises du secteur, on peut clairement parler de “French Touch” dans la DeFi. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on essaie de porter le sujet au niveau politique. La France a une vraie carte à jouer.

En quoi estimez-vous que la crypto est révolutionnaire ?

La crypto n’est qu’une modalité, une manière d’améliorer la société, l’économie… Après la crise des subprimes en 2008, on a vu l’émergence de ce qu’on a appelé “l’économie du partage”, avec des géants comme Uber, Airbnb, etc. Mais ces groupes n’incarnent pas vraiment l’économie du “partage”. Ils continuent de dominer l’économie et de posséder les données qui vont avec. Le Web3 doit justement permettre de redistribuer les cartes en permettant aux gens de se réapproprier leurs données…

Dans quelles mesures les affaires Celsius et Three Arrows pénalisent-elles le secteur crypto ?

Tous ceux qui ont perdu gros dans ces affaires viennent de la finance traditionnelle. Ils n’ont rien à voir avec la DeFi. Il faut bien comprendre que ces gens ont voulu faire de la DeFi tout en gardant le fonctionnement de la finance traditionnelle… Or ce n’est pas comme ça que la DeFi marche. La DeFi c'est le partage. Beaucoup de ces acteurs se sont servis des dépôts de leurs clients pour emprunter à droite et à gauche, et tout le monde se tenait par la barbichette. Quand les marchés se sont retournés, le château de cartes s’est effondré.

Doit-on redouter un effet domino ?

À chaque krach, ce sont les gros qui tombent en premier. Celsius et Three Arrows sont la pointe émergée de l’iceberg, donc c'est d'eux dont on parle beaucoup. Mais d’autres vont tomber, et ça risque de faire mal. On peut s’attendre à beaucoup de faillites de petites entreprises, de family offices qui utilisaient Celsius. Certains gros acteurs du secteur comme le fondateur de FTX Sam Bankman-Fried pourront ensuite faire leurs courses sur le marché.

Sam Bankman-Fried est-il vraiment le bon samaritain que certains voudraient dépeindre ?

C’est une personne extrêmement intelligente qui comprend les mécanismes de la finance traditionnelle et les utilise pour faire des profits dans la finance décentralisée. Il a une démarche très agressive, entre acquisitions et liquidations, tout en profitant des événements pour faire des manipulations sur un marché… non régulé.

Vos investissements vont-ils au-delà de la DeFi ?

J’investis seulement dans ce que j’arrive à comprendre. Mon domaine d’expertise, c’est la blockchain au sens large, où j’investis assez massivement. Je mets des tickets très tôt dans les projets. Ce sont souvent des paris assez risqués, mais c’est comme ça que j’aime travailler et cela me permet de m’investir personnellement. Au-delà de la blockchain, j’investis aussi dans les start-up liées au machine learning, à l’intelligence artificielle et à la physique quantique. Et, là aussi, la plupart de mes investissements sont en France, car je veux garder un contact régulier avec les équipes.

Qu’est-ce qui manque à la France pour devenir vraiment leader dans la crypto ?

Notre vrai problème, c’est la réglementation. Beaucoup de projets dans lesquels j’ai investi sont encore obligés d’aller s’enregistrer dans des juridictions comme les Îles Caïmans parce que la législation n’est pas adaptée.

Vous avez été assez critique au sujet de la législation européenne sur les cryptos (MiCA, TFR). Pourquoi ?

Honnêtement, on passe à côté des vrais enjeux. A part certains comme à l’Adan, et j’en ai parlé avec eux, peu de gens sont contents du résultat. Si on veut de vrais résultats, il va falloir secouer le cocotier. Je suis à 100% pour la régulation et les derniers épisodes avec Celsius et les autres plateformes montrent bien qu’il y a des problèmes, mais il faut avoir une régulation intelligente. Ceux qui font la loi ne maîtrisent pas vraiment le sujet, la plupart n’ont jamais utilisé un wallet, ni jamais acheté des cryptos… Et lorsqu’ils comprendront les enjeux, il sera trop tard.

Grégory Raymond

Grégory Raymond est directeur de la recherche et co-fondateur de The Big Whale. Spécialiste de l'intersection entre finance traditionnelle et actifs numériques, il couvre depuis 2017 les enjeux réglementaires, institutionnels et technologiques du secteur pour une audience de décideurs (banques, asset managers, fintechs). Il est également l'auteur de "Bitcoin & Cryptos : L'enjeu du siècle" (Talent Éditions, 2025), un ouvrage structuré autour d'entretiens avec des figures clés de l'écosystème.

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Raphaël Bloch

Raphaël Bloch est CEO et cofondateur de The Big Whale, une plateforme indépendante d’intelligence de marché sur les actifs numériques, destinée aux acteurs des marchés financiers à travers une couverture éditoriale, de la recherche, un briefing hebdomadaire et des événements en présentiel. Il a cofondé The Big Whale en avril 2022. Au sein de la plateforme, il modère et anime des événements institutionnels réunissant banques, asset managers, custodians et fournisseurs d’infrastructure sur des sujets tels que le staking, l’on-chain yield, les stablecoins, le DeFi lending et la tokenisation. Il a modéré des panels lors d’événements organisés en partenariat avec Bitwise, Everstake, Gemini, Morpho, Hexarq, Coinhouse, Delubac, Franklin Templeton et l’Ethereum Foundation, à Londres et à Paris entre fin 2025 et mi-2026.

Avant de fonder The Big Whale, Bloch a travaillé comme journaliste aux Echos de décembre 2016 à mars 2020, puis à L’Express de mars 2020 à mars 2022. Il a également travaillé auparavant chez Reuters. Depuis septembre 2022, il exerce en parallèle le rôle de Business Analyst chez BFM Business. Il couvre le secteur crypto comme journaliste depuis 2016. Il est diplômé d’emlyon et du CFJ.

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