Après l'offensive de la SEC, que faut-il faire avec ses cryptos ?

13.06.2023
Après l'offensive de la SEC, que faut-il faire avec ses cryptos ?
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‍L’offensive judiciaire du gendarme boursier américain (SEC) a fait chuter les cryptomonnaies, et plus particulièrement celles qui risquent d’être requalifiées en "titres financiers".

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Il faut avoir le cœur bien accroché en ce moment sur les marchés cryptos. Depuis que le gendarme boursier américain (SEC) a décidé il y a dix jours d’attaquer plusieurs géants du secteur, la plupart des cryptomonnaies sont en forte baisse. Certaines, comme le MATIC (Polygon), l’ADA (Cardano), le SOL (Solana) ont même plongé de plus de 20% 😬.

Seules quelques actifs comme l’ether, et surtout le bitcoin, ont bien résisté.

Comment expliquer une telle différence ? Et surtout que faut-il faire avec ses cryptos ?

The Big Whale s’est penché sur la question 👀.

Que s’est-il passé ?

Le 5 juin, la SEC a attaqué en justice Binance, avant de remettre ça le lendemain avec Coinbase.

Comme nous l’avons expliqué dans notre dossier (disponible ici), les affaires sont différentes, mais elles ont un point commun : dans les 2 cas, le patron de la SEC, Gary Gensler, reproche aux plateformes d’échange d’être hors-la-loi car certaines cryptomonnaies qu’elles commercialisent seraient en réalité des “securities”, c’est-à-dire des “titres financiers”, et que la régulation financière classique doit leur être appliquée.

Pour continuer d’opérer, Binance et les autres plateformes ont donc le choix entre :

👉 s’enregistrer comme une Bourse classique (le NYSE à Wall Street), ce qui coûte cher et représente de nombreuses contraintes réglementaires 😅.

👉 cesser de commercialiser les cryptomonnaies dans le viseur de la SEC

En quelques jours, plusieurs acteurs du secteur comme Binance US (la branche américaine de Binance), Robinhood et eToro US ont annoncé qu’ils arrêteraient de vendre très prochainement toute une série de cryptos, ce qui a eu un impact sur leur cours puisque cela signifie que leur disponibilité sur le marché sera (fortement) réduite.

Pourquoi toutes les cryptos ne sont-elles pas visées ?

Dans les dossiers de Binance et Coinbase, la SEC considère que 19 cryptomonnaies seraient en réalité des titres financiers. Parmi elles, et pour ne retenir que les plus connues, il y a le Binance Coin (BNB), Polygon (MATIC), Cardano (ADA), Solana (SOL), The Sandbox (SAND), Cosmos (ATOM) ou encore Near (NEAR).

Au total, et en se basant sur toutes les affaires en cours, ce sont 67 cryptomonnaies qui sont visées par la SEC, parmi lesquelles on retrouve d'autres gros acteurs comme Ripple (XRP) ou Tron (TRX).

Pour la SEC, ces cryptomonnaies n’en ont que le nom et seraient semblables à des actions d’entreprises.

Le MATIC est par exemple considéré comme une action de la start-up Polygon Labs qui dispose d’une structure légale "centralisée" avec des dirigeants identifiables et identifiés.

Pourquoi l’ether n’est-il pas concerné ?

L’ether (ETH) est la cryptomonnaie du protocole Ethereum. En 2018, l’un des anciens responsables de la SEC avait considéré qu’il n’était pas un titre financier.

Depuis, la doctrine de la SEC n’a pas bougé sur le sujet et le gendarme boursier a continué de considérer que la deuxième cryptomonnaie du marché n’était pas un titre financier, notamment parce que son fonctionnement basé sur la “preuve de travail” (tout est expliqué ici) faisait d'elle une organisation suffisamment décentralisée.

Mais les choses pourraient changer. Pourquoi ? Parce qu’Ethereum a, entre-temps, changé d’algorithme de consensus et que le protocole fonctionne désormais avec la “preuve d’enjeu”.

Si ce système est moins gourmand en énergie, il pose cependant des questions au niveau de la décentralisation réelle du projet (qui est beaucoup plus centralisé) et donc de la nature de l’ether, qui pourrait être, lui aussi, considéré comme un titre financier 😅.

Et bitcoin dans tout ça ?

Dix jours après l’offensive de la SEC, le bitcoin s’est révélé être la seule cryptomonnaie qui semble à l’abri, car aucune entreprise en joue un rôle crucial dans son fonctionnement et que son réseau est jugé suffisamment décentralisé.

Gary Gensler et ses équipes ont déjà expliqué, et confirmé ces derniers jours, que la première cryptomonnaie n’était pas un “titre financier”, mais une “commodity”, c’est-à-dire une sorte de matière première interchangeable 🧐.

Que faut-il faire avec ses cryptos ?

Faut-il vendre ses cryptos qui risquent d’être qualifiées en titres financiers ? Garder seulement du bitcoin ?

Ce sont les questions que beaucoup se posent, mais personne ne peut apporter de réponse parfaite. Ce qui est sûr, c’est que l’évolution des procès de la SEC contre Binance, Coinbase, et peut-être d’autres plateformes, aura un impact sur les cours.

Si les tribunaux saisis considèrent que les cryptos, ou du moins certaines, ne sont pas des titres financiers, alors leur valeur devrait vraisemblablement fortement progresser 🚀.

À l’inverse, si les juges américains considèrent que ce sont des securities alors leur valeur pourrait encore fortement baisser. Il n’y a que pour le bitcoin où le chemin semble totalement dégagé. Au moins à ce niveau-là !

Format
Analyses
Raphaël Bloch

Raphaël Bloch est CEO et cofondateur de The Big Whale, une plateforme indépendante d’intelligence de marché sur les actifs numériques, destinée aux acteurs des marchés financiers à travers une couverture éditoriale, de la recherche, un briefing hebdomadaire et des événements en présentiel. Il a cofondé The Big Whale en avril 2022. Au sein de la plateforme, il modère et anime des événements institutionnels réunissant banques, asset managers, custodians et fournisseurs d’infrastructure sur des sujets tels que le staking, l’on-chain yield, les stablecoins, le DeFi lending et la tokenisation. Il a modéré des panels lors d’événements organisés en partenariat avec Bitwise, Everstake, Gemini, Morpho, Hexarq, Coinhouse, Delubac, Franklin Templeton et l’Ethereum Foundation, à Londres et à Paris entre fin 2025 et mi-2026.

Avant de fonder The Big Whale, Bloch a travaillé comme journaliste aux Echos de décembre 2016 à mars 2020, puis à L’Express de mars 2020 à mars 2022. Il a également travaillé auparavant chez Reuters. Depuis septembre 2022, il exerce en parallèle le rôle de Business Analyst chez BFM Business. Il couvre le secteur crypto comme journaliste depuis 2016. Il est diplômé d’emlyon et du CFJ.

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