Quel est le modèle économique d'AllUnity et quelles sont vos principales sources de revenus ?
Nous sommes émetteurs de stablecoins. AllUnity est un établissement de monnaie électronique allemand, agréé par la BaFin en Allemagne, pleinement conforme au règlement MiCA. Notre modèle de départ, comme celui de l'ensemble des émetteurs, repose sur les intérêts générés par les réserves. C'est la première source de revenus de l'industrie. À terme, lorsque nous serons pleinement positionnés sur les paiements transfrontaliers, nous envisageons également des frais de transaction. Ce sont les deux piliers. Nous n'avons pas vocation à multiplier les services connexes. Dans un monde idéal, nous faisons une chose et nous la faisons bien.
Tout le débat autour des stablecoins en Europe semble se concentrer sur le rendement des réserves. Est-ce le bon prisme ?
Non. Et c'est précisément là que le débat se fourvoie. Qui capte le rendement, qui ne le capte pas... Ces questions passent complètement à côté de l'enjeu réel. Quand vous parlez à de grandes entreprises qui gèrent des flux commerciaux internationaux, elles ne vous demandent pas quel est votre taux de rendement. Elles vous demandent si vous pouvez leur faire économiser du temps et de l'argent sur leurs paiements transfrontaliers. Chaque jour, 600 milliards d'euros transitent à l'entrée et à la sortie de l'Union européenne via les canaux classiques. Si une fraction seulement de ces flux migre vers les stablecoins, c'est un marché considérable. Notre concurrence directe n'est pas Visa ou Mastercard. C'est le système de paiement mondial tel qu'il existe aujourd'hui.
“Le stablecoin euro comme infrastructure de règlement pour les flux commerciaux institutionnels est encore un territoire vierge”
Quel est selon vous le "killer use case" de l'EURAU ?
Les paiements. C'est aussi simple que ça. La quasi-totalité des transactions en stablecoins reste concentrée dans la sphère crypto. Tether s'est imposé dans certains marchés émergents, en Afrique ou en Amérique latine, pour des usages peer-to-peer dans des contextes d'inflation élevée. C'est une réussite réelle, mais ce n'est pas le marché que nous ciblons. Le stablecoin euro comme infrastructure de règlement pour les flux commerciaux institutionnels est encore un territoire vierge. Ni Tether ni Circle ne l'ont réellement adressé. C'est là que nous voulons être.
Les banques centrales développent leurs MNBC. Ne risquent-elles pas de rendre les stablecoins privés inutiles ?
Les MNBC ont leur raison d'être, et je ne le conteste pas. Mais elles ont une contrainte structurelle : elles ne fonctionnent que dans un écosystème où tout le monde les accepte. Or ce n'est pas le cas. Les États-Unis ont explicitement écarté ce modèle. Utiliser une MNBC pour des transactions transatlantiques devient donc très compliqué, voire impossible. Et puis il y a la question de la programmabilité. Un stablecoin privé peut être enrichi de données, intégrer des mécanismes d'identité, de confidentialité, de droits d'accès. On n'en est qu'au début de la monnaie programmable, mais quand ces cas d'usage se déploieront à grande échelle, la flexibilité d'un stablecoin sera sans commune mesure avec celle d'une MNBC. Ce sont deux outils différents, pour des usages différents.
L'EURAU affiche une offre en circulation encore limitée. Comment l'expliquez-vous ?
Très simplement : nous ne ciblons pas le marché crypto. La quasi-totalité de l'offre en stablecoins euros provient aujourd'hui de la sphère crypto, des positions sur les perpétuels BTC, des paires USDT, USDC. Ce n'est pas notre cœur de cible. Nous construisons une infrastructure pour les paiements de l'économie réelle. Ce type d'infrastructure prend du temps. Il faut que les banques proposent des wallets à leurs clients corporate. Il faut que les systèmes de gestion de trésorerie intègrent nativement les stablecoins. Il faut que les normes comptables évoluent. Rien de tout cela ne se fait en quelques semaines. Nous avons les actionnaires et le financement pour tenir dans la durée. Et le potentiel est là : l'euro représente entre 20 % et 40 % des réserves mondiales selon les instruments. Dans les stablecoins, il pèse à peine 0,5 %. Cet écart, c'est notre marché adressable.
>> Découvrez notre stablecoin dashboard
Circle a conclu un accord avec Coinbase pour accélérer l'adoption de l'USDC. Envisagez-vous une stratégie similaire pour l'EURAU ?
C'est un accord intelligent, qui répond à une logique de marché que je comprends. Même si nous ciblons un segment différent, avoir une certaine visibilité en termes d'offre est nécessaire pour exister en tant qu'acteur crédible. Nous menons des discussions avec des acteurs de marché dans ce sens. Il y a une demande réelle pour un stablecoin euro qui ne soit pas indexé sur la dynamique du dollar. Environ 20 à 30 % des utilisateurs actifs sur les grandes plateformes sont européens. Ils supportent un risque de change sur l'ensemble de leurs produits libellés en dollars. Un stablecoin euro crédible répond à ce besoin. L'intégration prend simplement du temps, notamment parce que les exchanges reçoivent aujourd'hui des sollicitations de nombreux émetteurs et doivent arbitrer entre de multiples intégrations.
“Les coûts sont élevés, les revenus lents à venir, et il faut les reins solides pour tenir”
Assistera-t-on à une consolidation du marché des stablecoins, comme dans tous les secteurs financiers matures ?
Inévitablement. Mais la structure finale ne sera pas un monopole. Pour chaque devise du G7, le marché convergera vers deux acteurs significatifs. Pas un seul, parce qu'il faut une solution de repli. Pas cinq non plus, parce que maintenir autant d'API et de standards différents devient ingérable pour l'ensemble des participants. Aujourd'hui, tout le monde pense être le prochain Tether. Le résultat, c'est une fragmentation excessive. Dans un à deux ans, beaucoup de ces acteurs auront disparu. C'est une infrastructure, pas un produit de consommation. Les coûts sont élevés, les revenus lents à venir, et il faut les reins solides pour tenir.
Vous êtes actuellement déployés sur Ethereum. Quelle est votre stratégie multi-chaînes ?
Nous ne nous limitons pas à l'EVM. Donnez-nous un peu de temps. Nous serons prochainement disponibles sur Solana, Canton, BNB Chain et d'autres réseaux. Le principe est simple : ce n'est pas à nous de dicter à nos clients sur quelle infrastructure ils doivent opérer. Si une entreprise vient nous voir avec un cas d'usage sur Optimism, qui sommes-nous pour lui dire que l'EURAU n'est pas disponible là où elle en a besoin ? Nous devons être présents là où le marché se développe. C'est une condition nécessaire pour être un partenaire crédible dans les paiements en stablecoins.
Vous êtes en phase de test sur le réseau ARC de Circle. Ces blockchains propriétaires dédiées aux paiements peuvent-elles s'imposer face aux chaînes publiques ?
Honnêtement, je ne sais pas. Et je pense que personne ne peut réellement le savoir aujourd'hui. Les couches de confidentialité ne sont pas encore déployées. Les mécanismes d'identité ne sont pas finalisés. L'articulation entre identité, confidentialité et transaction reste entièrement à construire. Il est tout à fait possible que dans trois ans, un protocole que nous n'envisageons même pas aujourd'hui s'impose comme la référence. C'est précisément pour cette raison que nous devons rester agnostiques et disponibles sur l'ensemble des infrastructures en développement. Parier sur un seul protocole à ce stade serait une erreur stratégique.
AllUnity est adossé à trois actionnaires très différents : DWS, Galaxy Digital et Flow Traders. En quoi cette configuration est-elle un avantage ?
Chacun apporte ce que les autres ne peuvent pas offrir. Un émetteur détenu à 100 % par une grande banque se heurterait immédiatement à un problème : les autres établissements refuseraient d'utiliser son stablecoin par crainte de financer un concurrent direct. Un acteur purement crypto maîtrise parfaitement l'écosystème numérique, mais s'il veut convaincre des groupes du CAC 40 ou du FTSE 100, il lui manque la crédibilité institutionnelle. Chez AllUnity, Flow Traders et Galaxy apportent les capacités de market making et de liquidité. Galaxy contribue également sur la technologie et l'accès aux écosystèmes crypto. DWS gère les réserves à l'échelle mondiale, ce qui sera déterminant quand nous opérerons en multi-devises avec des réserves multi-actifs. C'est une combinaison qui parle à la fois au monde crypto et au monde financier traditionnel.
Avec des actionnaires aussi distincts, comment gérez-vous les éventuels conflits d'intérêts ?
La réponse est plus simple qu'elle n'y paraît. AllUnity est un établissement financier allemand. La BaFin veille strictement à ce que la direction opérationnelle reste indépendante de la structure actionnariale. Mes actionnaires exercent leurs droits en tant qu'actionnaires, rien de plus. Les services que nous leur achetons sont fournis aux conditions du marché, sur une base non exclusive. Si BlackRock voulait nous rejoindre demain, il bénéficierait exactement des mêmes conditions que DWS. Il n'y a pas de passerelle entre le capital et les décisions opérationnelles. Ce qui peut sembler complexe de l'extérieur est, en réalité, très encadré. Et c'est aussi l'une des raisons pour lesquelles nous avons volontairement maintenu un tour de table resserré. Trois à cinq actionnaires, c'est encore gérable. Avec deux douzaines d'investisseurs au capital, la politique prend inévitablement le dessus sur l'opérationnel.
Si vous pouviez changer une seule règle du jeu pour accélérer l'adoption institutionnelle des stablecoins, laquelle serait-ce ?
La classification comptable. C'est le frein principal aujourd'hui et il est largement sous-estimé. Parce que les stablecoins sont émis dans le cadre du règlement MiCA, ce qui soulève la question de son traitement dans le bilan. Cela peut déclencher des exigences en fonds propres considérables pour les institutions financières et crée une incertitude majeure sur le traitement comptable pour les entreprises. Pourtant, un e-money token est une version tokenisée de monnaie électronique. C'est du cash ou un équivalent de cash, c'est tout. Requalifiez les stablecoins en équivalents de trésorerie, et une grande partie des frictions disparaît immédiatement. Tout le monde comprend déjà le potentiel d'efficacité de ces instruments. Le problème n'est pas la compréhension du produit. C'est son traitement réglementaire et comptable.
“Nous n'émettons pas le stablecoin CHF depuis la Suisse et nous ne le commercialisons pas directement sur le territoire helvétique”
Passons au franc suisse. Comment êtes-vous arrivé à la décision de lancer un stablecoin CHF ?
L'initiative est venue du marché, pas de nous. Dans notre réflexion sur les paiements transfrontaliers, nous avons naturellement identifié les devises qui entretiennent des liens commerciaux forts avec la zone euro, dans un cadre réglementaire comparable. La Suisse correspondait à ce profil, au même titre que la couronne suédoise ou le zloty polonais. Mais ce sont des acteurs institutionnels qui nous ont approchés directement pour nous demander si nous pouvions émettre un stablecoin CHF conforme à MiCA, afin de le proposer à leurs clients. La demande était là, clairement exprimée. Nous avons suivi.
>> Rapport - Suisse : Le grand basculement des banques vers les actifs numériques
Serez-vous soumis à la supervision de la FINMA ?
Non. Nous n'émettons pas le stablecoin CHF depuis la Suisse et nous ne le commercialisons pas directement sur le territoire helvétique. Ce sont nos partenaires institutionnels qui distribuent le produit à leurs clients suisses. Notre stablecoin est un produit MiCA, émis depuis l'Union européenne. Si et quand la FINMA définira un cadre réglementaire plus précis, nous réévaluerons notre positionnement. Cela pourrait nous amener à créer une entité locale, à nouer un partenariat, ou à ne rien changer. Mais en l'état, nous ne sommes pas un émetteur suisse.
Comment évaluez-vous le cadre réglementaire suisse pour les stablecoins ?
Pour être poli : il n'est pas idéal. La Suisse a été historiquement pionnière sur les actifs numériques. Sur les stablecoins, elle accuse un retard réel. J'espère que cela changera en 2026 ou 2027, des évolutions sont attendues. Mais le risque pour la Suisse est concret : le marché se structure maintenant, les infrastructures de paiement se construisent maintenant. Si le cadre réglementaire tarde trop, le pays se retrouvera avec des solutions qu'il n'aura pas choisies et qu'il ne contrôlera pas. La demande existe. Le manque de clarté réglementaire aussi. Ce déséquilibre ne peut pas durer indéfiniment.
Pensez-vous que d'autres acteurs se positionneront sur le CHF si le cadre évolue favorablement ?
Oui, sans aucun doute. Mais la logique de consolidation s'appliquera là aussi. Le marché du stablecoin CHF pourra accueillir deux, peut-être trois acteurs. Pas davantage. On peut imaginer une répartition entre un acteur plutôt institutionnel et un acteur plutôt orienté retail, avec éventuellement une solution de MNBC en complément. Je ne serais pas surpris que Circle s'y intéresse si le marché prend une direction convaincante. Mais tout cela reste conditionné à l'ouverture du verrou réglementaire. C'est lui qui conditionne tout le reste.
>> Découvrez notre dashboard tokenisation
Quel est le modèle économique d'AllUnity et quelles sont vos principales sources de revenus ?
Nous sommes émetteurs de stablecoins. AllUnity est un établissement de monnaie électronique allemand, agréé par la BaFin en Allemagne, pleinement conforme au règlement MiCA. Notre modèle de départ, comme celui de l'ensemble des émetteurs, repose sur les intérêts générés par les réserves. C'est la première source de revenus de l'industrie. À terme, lorsque nous serons pleinement positionnés sur les paiements transfrontaliers, nous envisageons également des frais de transaction. Ce sont les deux piliers. Nous n'avons pas vocation à multiplier les services connexes. Dans un monde idéal, nous faisons une chose et nous la faisons bien.
Tout le débat autour des stablecoins en Europe semble se concentrer sur le rendement des réserves. Est-ce le bon prisme ?
Non. Et c'est précisément là que le débat se fourvoie. Qui capte le rendement, qui ne le capte pas... Ces questions passent complètement à côté de l'enjeu réel. Quand vous parlez à de grandes entreprises qui gèrent des flux commerciaux internationaux, elles ne vous demandent pas quel est votre taux de rendement. Elles vous demandent si vous pouvez leur faire économiser du temps et de l'argent sur leurs paiements transfrontaliers. Chaque jour, 600 milliards d'euros transitent à l'entrée et à la sortie de l'Union européenne via les canaux classiques. Si une fraction seulement de ces flux migre vers les stablecoins, c'est un marché considérable. Notre concurrence directe n'est pas Visa ou Mastercard. C'est le système de paiement mondial tel qu'il existe aujourd'hui.
“Le stablecoin euro comme infrastructure de règlement pour les flux commerciaux institutionnels est encore un territoire vierge”
Quel est selon vous le "killer use case" de l'EURAU ?
Les paiements. C'est aussi simple que ça. La quasi-totalité des transactions en stablecoins reste concentrée dans la sphère crypto. Tether s'est imposé dans certains marchés émergents, en Afrique ou en Amérique latine, pour des usages peer-to-peer dans des contextes d'inflation élevée. C'est une réussite réelle, mais ce n'est pas le marché que nous ciblons. Le stablecoin euro comme infrastructure de règlement pour les flux commerciaux institutionnels est encore un territoire vierge. Ni Tether ni Circle ne l'ont réellement adressé. C'est là que nous voulons être.
Les banques centrales développent leurs MNBC. Ne risquent-elles pas de rendre les stablecoins privés inutiles ?
Les MNBC ont leur raison d'être, et je ne le conteste pas. Mais elles ont une contrainte structurelle : elles ne fonctionnent que dans un écosystème où tout le monde les accepte. Or ce n'est pas le cas. Les États-Unis ont explicitement écarté ce modèle. Utiliser une MNBC pour des transactions transatlantiques devient donc très compliqué, voire impossible. Et puis il y a la question de la programmabilité. Un stablecoin privé peut être enrichi de données, intégrer des mécanismes d'identité, de confidentialité, de droits d'accès. On n'en est qu'au début de la monnaie programmable, mais quand ces cas d'usage se déploieront à grande échelle, la flexibilité d'un stablecoin sera sans commune mesure avec celle d'une MNBC. Ce sont deux outils différents, pour des usages différents.
L'EURAU affiche une offre en circulation encore limitée. Comment l'expliquez-vous ?
Très simplement : nous ne ciblons pas le marché crypto. La quasi-totalité de l'offre en stablecoins euros provient aujourd'hui de la sphère crypto, des positions sur les perpétuels BTC, des paires USDT, USDC. Ce n'est pas notre cœur de cible. Nous construisons une infrastructure pour les paiements de l'économie réelle. Ce type d'infrastructure prend du temps. Il faut que les banques proposent des wallets à leurs clients corporate. Il faut que les systèmes de gestion de trésorerie intègrent nativement les stablecoins. Il faut que les normes comptables évoluent. Rien de tout cela ne se fait en quelques semaines. Nous avons les actionnaires et le financement pour tenir dans la durée. Et le potentiel est là : l'euro représente entre 20 % et 40 % des réserves mondiales selon les instruments. Dans les stablecoins, il pèse à peine 0,5 %. Cet écart, c'est notre marché adressable.
>> Découvrez notre stablecoin dashboard
Circle a conclu un accord avec Coinbase pour accélérer l'adoption de l'USDC. Envisagez-vous une stratégie similaire pour l'EURAU ?
C'est un accord intelligent, qui répond à une logique de marché que je comprends. Même si nous ciblons un segment différent, avoir une certaine visibilité en termes d'offre est nécessaire pour exister en tant qu'acteur crédible. Nous menons des discussions avec des acteurs de marché dans ce sens. Il y a une demande réelle pour un stablecoin euro qui ne soit pas indexé sur la dynamique du dollar. Environ 20 à 30 % des utilisateurs actifs sur les grandes plateformes sont européens. Ils supportent un risque de change sur l'ensemble de leurs produits libellés en dollars. Un stablecoin euro crédible répond à ce besoin. L'intégration prend simplement du temps, notamment parce que les exchanges reçoivent aujourd'hui des sollicitations de nombreux émetteurs et doivent arbitrer entre de multiples intégrations.
“Les coûts sont élevés, les revenus lents à venir, et il faut les reins solides pour tenir”
Assistera-t-on à une consolidation du marché des stablecoins, comme dans tous les secteurs financiers matures ?
Inévitablement. Mais la structure finale ne sera pas un monopole. Pour chaque devise du G7, le marché convergera vers deux acteurs significatifs. Pas un seul, parce qu'il faut une solution de repli. Pas cinq non plus, parce que maintenir autant d'API et de standards différents devient ingérable pour l'ensemble des participants. Aujourd'hui, tout le monde pense être le prochain Tether. Le résultat, c'est une fragmentation excessive. Dans un à deux ans, beaucoup de ces acteurs auront disparu. C'est une infrastructure, pas un produit de consommation. Les coûts sont élevés, les revenus lents à venir, et il faut les reins solides pour tenir.
Vous êtes actuellement déployés sur Ethereum. Quelle est votre stratégie multi-chaînes ?
Nous ne nous limitons pas à l'EVM. Donnez-nous un peu de temps. Nous serons prochainement disponibles sur Solana, Canton, BNB Chain et d'autres réseaux. Le principe est simple : ce n'est pas à nous de dicter à nos clients sur quelle infrastructure ils doivent opérer. Si une entreprise vient nous voir avec un cas d'usage sur Optimism, qui sommes-nous pour lui dire que l'EURAU n'est pas disponible là où elle en a besoin ? Nous devons être présents là où le marché se développe. C'est une condition nécessaire pour être un partenaire crédible dans les paiements en stablecoins.
Vous êtes en phase de test sur le réseau ARC de Circle. Ces blockchains propriétaires dédiées aux paiements peuvent-elles s'imposer face aux chaînes publiques ?
Honnêtement, je ne sais pas. Et je pense que personne ne peut réellement le savoir aujourd'hui. Les couches de confidentialité ne sont pas encore déployées. Les mécanismes d'identité ne sont pas finalisés. L'articulation entre identité, confidentialité et transaction reste entièrement à construire. Il est tout à fait possible que dans trois ans, un protocole que nous n'envisageons même pas aujourd'hui s'impose comme la référence. C'est précisément pour cette raison que nous devons rester agnostiques et disponibles sur l'ensemble des infrastructures en développement. Parier sur un seul protocole à ce stade serait une erreur stratégique.
AllUnity est adossé à trois actionnaires très différents : DWS, Galaxy Digital et Flow Traders. En quoi cette configuration est-elle un avantage ?
Chacun apporte ce que les autres ne peuvent pas offrir. Un émetteur détenu à 100 % par une grande banque se heurterait immédiatement à un problème : les autres établissements refuseraient d'utiliser son stablecoin par crainte de financer un concurrent direct. Un acteur purement crypto maîtrise parfaitement l'écosystème numérique, mais s'il veut convaincre des groupes du CAC 40 ou du FTSE 100, il lui manque la crédibilité institutionnelle. Chez AllUnity, Flow Traders et Galaxy apportent les capacités de market making et de liquidité. Galaxy contribue également sur la technologie et l'accès aux écosystèmes crypto. DWS gère les réserves à l'échelle mondiale, ce qui sera déterminant quand nous opérerons en multi-devises avec des réserves multi-actifs. C'est une combinaison qui parle à la fois au monde crypto et au monde financier traditionnel.
Avec des actionnaires aussi distincts, comment gérez-vous les éventuels conflits d'intérêts ?
La réponse est plus simple qu'elle n'y paraît. AllUnity est un établissement financier allemand. La BaFin veille strictement à ce que la direction opérationnelle reste indépendante de la structure actionnariale. Mes actionnaires exercent leurs droits en tant qu'actionnaires, rien de plus. Les services que nous leur achetons sont fournis aux conditions du marché, sur une base non exclusive. Si BlackRock voulait nous rejoindre demain, il bénéficierait exactement des mêmes conditions que DWS. Il n'y a pas de passerelle entre le capital et les décisions opérationnelles. Ce qui peut sembler complexe de l'extérieur est, en réalité, très encadré. Et c'est aussi l'une des raisons pour lesquelles nous avons volontairement maintenu un tour de table resserré. Trois à cinq actionnaires, c'est encore gérable. Avec deux douzaines d'investisseurs au capital, la politique prend inévitablement le dessus sur l'opérationnel.
Si vous pouviez changer une seule règle du jeu pour accélérer l'adoption institutionnelle des stablecoins, laquelle serait-ce ?
La classification comptable. C'est le frein principal aujourd'hui et il est largement sous-estimé. Parce que les stablecoins sont émis dans le cadre du règlement MiCA, ce qui soulève la question de son traitement dans le bilan. Cela peut déclencher des exigences en fonds propres considérables pour les institutions financières et crée une incertitude majeure sur le traitement comptable pour les entreprises. Pourtant, un e-money token est une version tokenisée de monnaie électronique. C'est du cash ou un équivalent de cash, c'est tout. Requalifiez les stablecoins en équivalents de trésorerie, et une grande partie des frictions disparaît immédiatement. Tout le monde comprend déjà le potentiel d'efficacité de ces instruments. Le problème n'est pas la compréhension du produit. C'est son traitement réglementaire et comptable.
“Nous n'émettons pas le stablecoin CHF depuis la Suisse et nous ne le commercialisons pas directement sur le territoire helvétique”
Passons au franc suisse. Comment êtes-vous arrivé à la décision de lancer un stablecoin CHF ?
L'initiative est venue du marché, pas de nous. Dans notre réflexion sur les paiements transfrontaliers, nous avons naturellement identifié les devises qui entretiennent des liens commerciaux forts avec la zone euro, dans un cadre réglementaire comparable. La Suisse correspondait à ce profil, au même titre que la couronne suédoise ou le zloty polonais. Mais ce sont des acteurs institutionnels qui nous ont approchés directement pour nous demander si nous pouvions émettre un stablecoin CHF conforme à MiCA, afin de le proposer à leurs clients. La demande était là, clairement exprimée. Nous avons suivi.
>> Rapport - Suisse : Le grand basculement des banques vers les actifs numériques
Serez-vous soumis à la supervision de la FINMA ?
Non. Nous n'émettons pas le stablecoin CHF depuis la Suisse et nous ne le commercialisons pas directement sur le territoire helvétique. Ce sont nos partenaires institutionnels qui distribuent le produit à leurs clients suisses. Notre stablecoin est un produit MiCA, émis depuis l'Union européenne. Si et quand la FINMA définira un cadre réglementaire plus précis, nous réévaluerons notre positionnement. Cela pourrait nous amener à créer une entité locale, à nouer un partenariat, ou à ne rien changer. Mais en l'état, nous ne sommes pas un émetteur suisse.
Comment évaluez-vous le cadre réglementaire suisse pour les stablecoins ?
Pour être poli : il n'est pas idéal. La Suisse a été historiquement pionnière sur les actifs numériques. Sur les stablecoins, elle accuse un retard réel. J'espère que cela changera en 2026 ou 2027, des évolutions sont attendues. Mais le risque pour la Suisse est concret : le marché se structure maintenant, les infrastructures de paiement se construisent maintenant. Si le cadre réglementaire tarde trop, le pays se retrouvera avec des solutions qu'il n'aura pas choisies et qu'il ne contrôlera pas. La demande existe. Le manque de clarté réglementaire aussi. Ce déséquilibre ne peut pas durer indéfiniment.
Pensez-vous que d'autres acteurs se positionneront sur le CHF si le cadre évolue favorablement ?
Oui, sans aucun doute. Mais la logique de consolidation s'appliquera là aussi. Le marché du stablecoin CHF pourra accueillir deux, peut-être trois acteurs. Pas davantage. On peut imaginer une répartition entre un acteur plutôt institutionnel et un acteur plutôt orienté retail, avec éventuellement une solution de MNBC en complément. Je ne serais pas surpris que Circle s'y intéresse si le marché prend une direction convaincante. Mais tout cela reste conditionné à l'ouverture du verrou réglementaire. C'est lui qui conditionne tout le reste.
>> Découvrez notre dashboard tokenisation







%201.png)






%201.png)
%201.png)


%201.png)



%201.png)


