Bitcoin : une "normalisation" qui ne cesse de s’accélérer
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Dans une tribune, Guillaume de la Tour, responsable digital de Crédit Agricole, revient sur la conférence “Plan B” qui s’est tenue la semaine dernière à Lugano, en Suisse. Pour lui, cette 3e édition marque un peu la normalisation de la première cryptomonnaie de l’histoire.

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Le 24 octobre, en préambule à la conférence Plan B à Lugano consacrée au Bitcoin, le PDG de Tether, Paolo Ardoino, a ouvert les débats avec une déclaration : "Nous avons réussi. Bitcoin est désormais reconnu comme une réserve de valeur. Les ETF et la communauté ont contribué à cette reconnaissance, mais maintenant, quelle est la prochaine étape ?"

Ce propos reflète l’évolution de Bitcoin depuis sa création en 2008 (le white paper fête aujourd’hui ses 16 ans) : être une monnaie disruptive remplissant les trois fonctions fondamentales d’unité de compte, de réserve de valeur et d’intermédiaire des échanges.

Aujourd’hui, force est de constater que nous n’y sommes pas totalement. S’il est perçu comme une réserve de valeur, comparable à l’or, le bitcoin l’est en effet beaucoup moins sur les deux autres aspects.

Il reste limité comme unité de compte : les prix continuent d’être indexés en EUR ou en USD même sur les plateformes crypto, et son adoption comme moyen d’échange est encore freinée par les défis législatifs.

Les acteurs de l’écosystème tendent donc à abandonner l’idée de remplacer les monnaies traditionnelles au profit d’une intégration harmonieuse du Bitcoin dans l’économie mondiale.

Bitcoin est perçu comme une solution stable et décentralisée, capable de renforcer des devises nationales grâce au soutien des stablecoins (tels que l'USDT et l'USDC), qui servent de couverture contre l’inflation dans des économies fragiles comme l’Argentine et la Turquie.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, au même moment lors d’une conférence à Kazan, en Russie, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ont envisagé une réforme du système financier pour réduire leur dépendance au dollar américain.

Dans ce contexte, Ardoino a positionné Bitcoin comme un acteur clé pouvant accompagner l’ordre financier actuel : "Bitcoin ne vise pas à démanteler le système financier, mais à le renforcer, en intégrant des solutions favorisant l’inclusion, la sécurité, la conformité et la confidentialité." Quel chemin parcouru depuis l’idée originelle et disruptive du Bitcoin !

Des avancées technologiques

Au cours de la conférence, l'attention s’est également tournée vers les avancées technologiques de Bitcoin. Jimmy Song, entrepreneur et éducateur, a décrit Bitcoin comme un complément potentiel aux systèmes financiers traditionnels, tandis que Jack Mallers, PDG de Strike, un fournisseur de services de paiement sur Bitcoin, a mis en avant l’intérêt des innovations comme le Lightning Network et le réseau Liquid pour des transactions rapides et sécurisées.

Liquid, conçu comme une sidechain de Bitcoin, est une solution particulièrement prometteuse pour faciliter la circulation d'actifs tokenisés en offrant des transferts rapides entre plateformes sans nécessiter de validation directe sur la blockchain principale.

Adam Back, PDG de Blockstream et co-développeur de Liquid, a ainsi précisé : "Le réseau Liquid permet aux utilisateurs d’effectuer des transactions de manière privée, rapide et sécurisée tout en profitant de la robustesse de Bitcoin comme chaîne de base." Ces innovations, telles que Liquid et le Lightning Network, pourraient également être intégrées dans les infrastructures des monnaies numériques de banques centrales (Euro Numérique), des technologies qui convergent avec celles de Bitcoin pour répondre aux exigences de rapidité, de sécurité et de confidentialité.

Finalement, ces discussions, qu’elles aient lieu à Lugano ou à Kazan, montrent une convergence d'idées : l’avenir de la finance pourrait se dessiner à travers des approches novatrices où la technologie blockchain est devenue incontournable. Reste à savoir si les monnaies dites traditionnelles, comme le dollar et l’euro, garderont leur hégémonie.

Format
Tribunes
Guillaume Tenant de La Tour

Guillaume Tenant de La Tour est Board Member de l’ADI Foundation, une organisation à but non lucratif basée à Abu Dhabi qui développe une infrastructure blockchain de niveau souverain afin de moderniser les systèmes publics aux Émirats arabes unis et au-delà, un poste qu’il occupe depuis avril 2025. Il est également Principal chez Pacage, une société d’investissement et de conseil qu’il dirige depuis 2006.

Avant de rejoindre le board de l’ADI Foundation, Tenant de La Tour a passé quatre ans au sein du Groupe Crédit Agricole, où il a occupé le poste de Head of Group Innovation, Digital Transformation and IT. À partir de 2022, ses fonctions ont évolué vers celles de Group Digital Assets Head and Design Authority Leader, rôle dans lequel il a piloté la stratégie du groupe en matière de digital assets. Ses travaux antérieurs au sein de la banque ont couvert des projets liés au banking-as-a-service, au KYC, aux paiements et à la transformation numérique. Avant Crédit Agricole, il a été Founder and CEO de BlueFox.io de 2016 à 2020, et Member of the Board of Advisors chez Captivate, LLC de 2021 à 2023. Son profil LinkedIn le décrit comme un CEO orienté résultats, doté d’une expertise en transformation numérique dans la finance et la technologie, avec environ 29 ans d’expérience professionnelle au total.

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