Crypto : au coeur de l’écosystème suisse
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La Suisse est-elle le "paradis" crypto tant vanté par certains ? The Big Whale est allé voir sur place.

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­­Par où commencer pour vous parler de la Suisse ?

Peut-être par le plus évident : NON, et au risque d’en décevoir certains, la Suisse n’est pas un paradis de la crypto.

  • Le bitcoin n’est pas la monnaie officielle
  • On ne peut pas payer en cryptos dans tous les commerces
  • Certaines banques refusent d’ouvrir des comptes à des entreprises de l’écosystème

Et on pourrait continuer la liste comme ça pendant longtemps 😅.

En revanche, la Suisse - 9 millions d'habitants - fait clairement partie des pays les plus accueillants, notamment grâce à sa fiscalité particulièrement attractive sur les cryptos (Il n'y a pas d'impôts sur les plus-values pour les particuliers), comme on a pu le voir lors de notre reportage.

Petit tour d'horizon (non exhaustif) de l'écosystème suisse.


👉 Genève et ses banques

Genève, ses banques, son jet d'eau et son… écosystème crypto. En quelques années, la “Rome protestante” a réussi à se positionner comme l’une des villes de Suisse et d'Europe où la crypto et le monde bancaire se parlent le plus. De nombreuses institutions comme Julius Baer ou l’Arab Bank of Switzerland travaillent avec des acteurs du secteur et financent des projets dans le Web3.

Les plus grands établissements, comme UBS ou Credit Suisse, sont eux encore un peu sur la réserve. “Elles ont peur du risque réputationnel”, nous a expliqué un bon connaisseur du secteur. On ne citera pas de noms, mais nous avons pu échanger avec plusieurs porteurs de projets dont les comptes chez Credit Suisse ont été fermés. Quand ? La semaine dernière…

En attendant, les choses avancent dans le canton (il y a 26 cantons en Suisse). L’une des entreprises les plus emblématiques de ce “pont” entre la finance traditionnelle et la crypto est sans doute Taurus. Créée en 2018, la société basée à deux pas du lac Léman a développé une plateforme pour les professionnels qui permet d’acheter, vendre et stocker des actifs numériques.

Taurus, qui compte aujourd’hui une cinquantaine de personnes, travaille avec plus de vingt institutions financières, comme le géant français Crédit agricole via sa filiale CACEIS. “Nous avons beaucoup de sollicitations”, nous a confié Lamine Brahimi, l'un des cofondateurs de Taurus.

Certains parlent aussi toutefois de “crypto-washing” au sujet de Genève. “Ici nous sommes très forts pour communiquer”, explique un banquier suisse, en ajoutant : “Mais à part quelques projets, le canton de Genève est encore en retrait par rapport aux autres”. Et notamment celui de Lausanne…

👉 Lausanne et la Tech

À Lausanne, l’École polytechnique fédérale (EPFL) est une institution. Reconnu comme l'un des établissements les plus performants en Europe, l'EPFL, qui accueille environ 10.000 étudiants sur son campus, est un vivier de talents. Avec de nombreux financements.

Cette situation n'a évidemment pas échappé aux acteurs de la crypto qui s'y sont progressivement installés pour recruter les meilleurs ingénieurs. C’est notamment le cas de Metaco, spécialisé dans la conservation d'actifs numériques, et qui travaille avec plusieurs poids lourds de la finance mondiale comme Citigroup, BNP Paribas ou Société générale…

D'autres sociétés comme l’application financière Swissborg (retrouvez l'interview de son patron plus bas) ou la société YouHodler ont également posé leurs valises sur les rives du lac pour profiter de cette main d’oeuvre très qualifiée, ainsi que de la politique très pro-crypto du canton. Sans même parler du cadre de vie particulièrement agréable.

Le canton accueille également Swissquote, la première banque suisse à avoir proposé de l’achat de cryptos. C'était en 2017 ! Installée à Gland (à 35 km de Lausanne), celle-ci a récemment annoncé le lancement d’une plateforme d’échange spécialisée dans les actifs numériques.

👉 Neuchâtel et ses "maxi"

À Neuchâtel, tout le monde s’accorde sur une chose : la ville connaît une deuxième jeunesse. Et les cryptos n’y sont pas pour rien. En moins de cinq ans, “Neuch”, qui sort de deux décennies particulièrement compliquées sur le plan économique, a créé un écosystème d’une quarantaine de start-up cryptos, dont une partie a été créée par des étrangers (et notamment des Français).

Les projets comme Nym, Mt Pelerin ou Bity ont été attirés par la politique fiscale du canton qui a fortement baissé les impôts pour attirer les investisseurs. Mais pas que. La ville de 45.000 habitants a aussi réussi à se faire une place grâce à la Banque cantonale de Neuchâtel qui a très tôt accepté les entreprises cryptos qui ne trouvaient pas de banques où aller.

L’un des premiers à avoir déposé ses valises sur le bord du lac de Neuchâtel n’est autre qu’Alexis Roussel. Le cofondateur de Bity, une plateforme d’achat et de vente de cryptomonnaies d’origine genevoise, est arrivé en 2015 à Neuchâtel après plusieurs échecs dans les banques du lac Léman.

Et d’autres ont suivi. “On a vu arriver des projets au fur et à mesure”, souligne Didier Boillat, qui est l’un des cinq membres de l’exécutif de la ville (il n’y a pas de maire en Suisse) et en charge du numérique. Des voix ont pu critiquer le “maximalisme” bitcoin de la communauté de Neuchâtel. “C’est vrai que certains sont très attachés au bitcoin”, note Didier Boillat.

Mais de l’avis de beaucoup, les choses se sont atténuées. “Il y a de plus en plus de projets”, explique Maud Bannwart, responsable des opérations chez Alephium, un protocole qui permet notamment de créer des contrats intelligents sécurisés.

👉 Zoug et sa fiscalité

Dans l'écosystème crypto, Zoug est presque devenu une ville "mythique". Située à 34 kilomètres de Zurich, dans l'Est de la Suisse, la ville est essentiellement connu pour une chose : avoir accueilli en 2015 la fondation Ethereum, ainsi que plusieurs autres gros projets dans la crypto (Tezos notamment).

Depuis, la ville s'est développée en partie grâce à cette image de "berceau" de l'écosystème, avec plusieurs succès comme la “crypto-banque” Seba Bank. Mais certains expliquent aussi que Zoug attire des sociétés avant tout pour sa fiscalité qui est particulièrement avantageuse. Elle est inférieure à 10% pour les sociétés…­­­­­

Format
Analyses
Raphaël Bloch

Raphaël Bloch est CEO et cofondateur de The Big Whale, une plateforme indépendante d’intelligence de marché sur les actifs numériques, destinée aux acteurs des marchés financiers à travers une couverture éditoriale, de la recherche, un briefing hebdomadaire et des événements en présentiel. Il a cofondé The Big Whale en avril 2022. Au sein de la plateforme, il modère et anime des événements institutionnels réunissant banques, asset managers, custodians et fournisseurs d’infrastructure sur des sujets tels que le staking, l’on-chain yield, les stablecoins, le DeFi lending et la tokenisation. Il a modéré des panels lors d’événements organisés en partenariat avec Bitwise, Everstake, Gemini, Morpho, Hexarq, Coinhouse, Delubac, Franklin Templeton et l’Ethereum Foundation, à Londres et à Paris entre fin 2025 et mi-2026.

Avant de fonder The Big Whale, Bloch a travaillé comme journaliste aux Echos de décembre 2016 à mars 2020, puis à L’Express de mars 2020 à mars 2022. Il a également travaillé auparavant chez Reuters. Depuis septembre 2022, il exerce en parallèle le rôle de Business Analyst chez BFM Business. Il couvre le secteur crypto comme journaliste depuis 2016. Il est diplômé d’emlyon et du CFJ.

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