Diederik van Wersch (Chainalysis) : "L’adoption ne se mesure pas uniquement avec le prix du bitcoin"

30.10.2024
Diederik van Wersch (Chainalysis) : "L’adoption ne se mesure pas uniquement avec le prix du bitcoin"
Demandez à UNE IA DE RÉSUMER CET ARTICLE

Après un démarrage plutôt timide, le géant américain de la data crypto, Chainalysis, commence à percer en Asie. Nous avons parlé des raisons de cette croissance avec le responsable de ses activités commerciales dans la région.

Vous avez atteint votre limite de 2 articles gratuits ce mois-ci

La recherche que vos pairs exploitent déjà

The Big Whale donne aux institutions financières la market intelligence, le réseau, et la plateforme pour naviguer avec confiance dans les actifs numériques.
Choisi par plus de 150 institutions financières.

The Big Whale : Vous êtes arrivé à Singapour il y a un an pour prendre la direction commerciale de Chainalysis en Asie. Qu’est-ce qui vous surprend le plus concernant le marché asiatique ?

Diederik van Wersch : Au-delà des différences culturelles évidentes, je dirais que la principale différence concerne clairement le marché et la taille des entreprises. A quelques exceptions près, c’est ici qu’il y a les plus grandes entreprises crypto de la planète comme Bybit, Cryptocom, BitGet, Gateio, Animoca Brands et autres.

En Europe, l'écosystème est très intéressant, avec de très belles entreprises, mais leur taille est généralement plus petite. Même aux Etats-Unis, où ils ont pourtant Coinbase et Kraken, le marché n’est pas aussi important.

Comment expliquez-vous que les entreprises soient d’une telle taille en Asie ?

La taille du marché et l’adoption, tout simplement. Quand vous avez des pays de la taille de l’Indonésie ou des Philippines, avec en plus des gens qui ont du mal à accéder aux services bancaires ou veulent se protéger contre l’inflation, forcément cela crée de la demande et les entreprises ont la taille qui correspond à cette demande.

En Asie, surtout dans les pays d’Asie du sud-est, il y a beaucoup de projets liés à la finance décentralisée (DeFi), au gaming, et évidemment aussi beaucoup d’activité autour de tout ce qui touche aux transferts de fonds.

Beaucoup de gens ne travaillent pas dans leur pays et renvoient de fonds chez eux en passant par les crypto ou les stablecoins comme l’USDT de Tether.

Que représente l’Asie en termes de business pour Chainalysis ?

Je suis forcément biaisé, mais l'Asie est très importante pour nous. L’Asie est un marché qui a mis du temps à émerger, seulement à partir de 2020-2021 avec le Covid et les injections de liquidités, mais désormais il est incontournable. L’adoption est là et les choses ne vont faire que s’accélérer avec les entreprises.

Nous avons désormais 100 personnes en Asie avec des bureaux un peu partour. Si vous prenez l'Asie au sens large, nous avons même une présence en Inde et au Moyen-Orient.

Chainalysis est connu pour travailler avec des entreprises privées, mais aussi avec le secteur public. Avec quels gouvernements travaillez-vous ?

Nous travaillons en étroite collaboration avec les gouvernements de toute la région, notamment sur la lutte contre les escroqueries. Nous les aidons à identifier les responsables et à récupérer les actifs liés aux arnaques.

Nous travaillons également avec les régulateurs pour leur permettre de s’assurer que les entreprises, surtout les plateformes, appliquent bien les politiques de lutte anti-blanchiment ; cela peut touche aussi la drogue et le financement du terrorisme.

Vous êtes basés à Singapour, qui fait désormais figure de point névralgique en Asie et même dans le monde. Comment l’expliquez-vous ?

Singapour a réussi à créer un cadre particulièrement favorable pour les entreprises avec des règles claires et une fiscalité avantageuse. Les autorités - l'Autorité monétaire de Singapour (MAS) - ont en plus très bien compris l’avantage qu’elles tireraient à adopter une position bienveillante sur les cryptos.

Ils ont créé des initiatives comme le Project Guardian, qui favorise la collaboration entre les secteurs public et privé, et ils fournissent un cadre réglementaire clair pour les entreprises de cryptomonnaies. Résultat, les entreprises affluent d’un peu partout, et même d’endroits comme Hong Kong.

Hong Kong semble avoir perdu du terrain en Asie, notamment avec la reprise en main par Pékin. Est-ce que vous faites aussi ce constat ?

Hong Kong reste Hong Kong, c’est-à-dire une place financière de premier plan. Les choses n’ont pas toujours été claires, mais les cryptomonnaies restent un sujet. Ils ont lancé il y a quelques mois des ETF Bitcoin et Ethereum Spot, ils ont de nombreuses banques présentes sur place et des acteurs crypto comme Animoca Brands, donc il ne faut pas les oublier.

Quel serait selon vous le plus grand défi pour Chainalysis en Asie ?

Chainalysis est l’une des entreprises les plus connues et installées dans le paysage crypto. Mais, comme pour toute entreprise, les cycles du marché représentent le principal défi. Il faut réussir à développer un business qui soit le moins sensible aux évolutions du marché.

Le Bear Market que nous venons de traverser a réduit les volumes de transactions et a pénalisé beaucoup d’entreprises. En bout de chaîne, cela finit par nous toucher.

Comme vous l’avez dit, les marchés semblent repartir. A part le prix du bitcoin, qu’est-ce qui vous dire cela ?

Il y a clairement le nombre d’entreprises qui s’intéressent au sujet. Ca ne se matérialise pas forcément encore avec des contrats, mais on sent bien un regain d’intérêt. Et puis il y a le nombre de transactions sur la blockchain qui est à un niveau record.

Nous avons publié un rapport sur le sujet qui montre que les volumes sont désormais supérieurs au précédent pic. Ces chiffres montrent que l'utilisation réelle des cryptomonnaies progresse. L’adoption ne se mesure pas uniquement avec le prix du bitcoin.

À Singapour, où je suis basé, nous avons constaté une augmentation des paiements en cryptomonnaies, notamment chez les commerçants. Au cours du deuxième trimestre, les commerçants ont traité près d'un milliard de dollars de transactions en cryptomonnaies, ce qui est un record pour le pays.

Ce chiffre est d’autant plus intéressant que Singapour est bien équipé d’un point de vue financier, donc les gens n’utilisent pas les cryptos parce qu’il n’y a pas de moyen de paiement, mais parce qu’ils trouvent cela plus efficace.

People in the article
Raphaël Bloch

Raphaël Bloch est CEO et cofondateur de The Big Whale, une plateforme indépendante d’intelligence de marché sur les actifs numériques, destinée aux acteurs des marchés financiers à travers une couverture éditoriale, de la recherche, un briefing hebdomadaire et des événements en présentiel. Il a cofondé The Big Whale en avril 2022. Au sein de la plateforme, il modère et anime des événements institutionnels réunissant banques, asset managers, custodians et fournisseurs d’infrastructure sur des sujets tels que le staking, l’on-chain yield, les stablecoins, le DeFi lending et la tokenisation. Il a modéré des panels lors d’événements organisés en partenariat avec Bitwise, Everstake, Gemini, Morpho, Hexarq, Coinhouse, Delubac, Franklin Templeton et l’Ethereum Foundation, à Londres et à Paris entre fin 2025 et mi-2026.

Avant de fonder The Big Whale, Bloch a travaillé comme journaliste aux Echos de décembre 2016 à mars 2020, puis à L’Express de mars 2020 à mars 2022. Il a également travaillé auparavant chez Reuters. Depuis septembre 2022, il exerce en parallèle le rôle de Business Analyst chez BFM Business. Il couvre le secteur crypto comme journaliste depuis 2016. Il est diplômé d’emlyon et du CFJ.

See all articles ↗
Abonnez-vous à The Drop
Le briefing hebdomadaire de référence sur les actifs numériques pour les institutions financières : analyses indépendantes, rapports, benchmarks et événements exclusifs, directement dans votre boîte mail.
Lu par 30 000 professionnels
12-13 novembre 2026

The Geneva Summit

Le Corporate Gateway : là où l'avenir de la finance onchain se décide.
300 décideurs triés sur le volet.
300
Décideurs
2 jours
Programme complet