Erick de Moura (Cartesi) : “Les protocoles doivent davantage collaborer”

03.09.2024
Erick de Moura (Cartesi) : “Les protocoles doivent davantage collaborer”
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Dans une tribune, le co-founder of Cartesi, qui un protocole de seconde couche sur Ethereum (Layer 2), considère que l’industrie doit davantage collaborer pour faciliter le travail des développeurs blockchain.

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L’industrie de la blockchain est à un carrefour. Alors que le nombre de projets d'infrastructure ne cesse d'augmenter, le Web3 manque encore d'applications grand public et l’avènement d’un Web décentralisé semble toujours un peu plus s’éloigner.

Les blockchains monolithiques ont été la première itération de l'infrastructure blockchain. Celles-ci ont permis à l’industrie de se lancer. Mais très vite, il a fallu lancer des blockchains plus puissantes avec de meilleures capacités de calcul et de nouvelles fonctionnalités.

L’arrivée de ces blockchains modulaires a élargi les horizons et étendu l'espace de conception pour les développeurs d'applications décentralisées (dApps). Reste que si la modularité a introduit une plus grande flexibilité et personnalisation pour les développeurs, elle introduit également une fragmentation et de nouvelles complexités.

Parce qu’elles ne sont pas très intuitives, ces blockchains présentent de nouveaux défis à surmonter pour les développeurs. C'est notre travail d'anticiper et d'atténuer ces nouveaux points de friction.

Responsabilité autour de ce que vous déployez

Nous avons une obligation collective non seulement de prouver la valeur économique de l'infrastructure que nous construisons, mais aussi de donner aux développeurs tous les outils nécessaires pour atteindre ce potentiel. C'est crucial pour le succès de toute l'industrie blockchain.

Les blockchains modulaires doivent assumer leur rôle. En juillet dernier, à l'EthCC (conférence annuelle de la communauté Ethereum, NDLR), nous avons entendu des appels à ne plus construire n’importe quoi et n’importe quelle application sur la blockchain, ce qui est une très bonne chose. Mais cela suppose que les développeurs puissent facilement utiliser les outils qu’on leur propose.

Il est de notre devoir en tant qu'ingénieurs de protocoles modulaires de fournir des mécanismes et des cadres simples qui guident les développeurs de dApps sur la façon de construire avec les outils que nous fournissons. Sans cette simplification, la "modularité" est trop compliquée pour que les développeurs de dApps l'adoptent.

Pour que la modularité réussisse, nous devons résoudre cette complexité pour eux. Nous devons radicalement simplifier le processus de développement et réduire la courbe d'apprentissage, pour ouvrir la voie à une expérience plus fluide.

Ce qui est facile à utiliser est difficile à créer

Évidemment, cette simplicité est tout sauf simple à atteindre. Nos smartphones sont simples à utiliser parce qu’il y a une séparation nette entre les fonctionnalités de l’appareil et les logiciels complexes qui sous-tendent son développement.

Ce même principe s'applique dans le Web3. Tout comme il faut simplifier l’expérience des utilisateurs, il faut faire de même avec les développeurs.

À mesure que les protocoles modulaires deviennent plus stables, fiables et faciles à utiliser, les développeurs verront la plupart des complexités techniques disparaître. Ils passeront enfin leur temps sur les défis techniques spécifiques à leurs applications, plutôt que de lutter avec les chaînes, les machines virtuelles et l'infrastructure sur lesquelles ils s'appuient.

Bien que nous n'en soyons pas encore là, nous nous en rapprochons. Les protocoles modulaires doivent se coordonner étroitement pour rendre les piles blockchain plus faciles à personnaliser et à assembler au niveau des dApps.

Ces collaborations peuvent prendre plusieurs formes, dont beaucoup vont au-delà des intégrations techniques de base et des partenariats que nous avons vus jusqu'à présent. Elles incluent :

  • De la recherche publique conjointe. La recherche blockchain est largement cloisonnée entre les protocoles, ce qui entraîne des différences notables dans la manière de les développer. Mutualiser les connaissances permettrait de mieux gérer les défis technologiques qui attendent le secteur.
  • Conception et développement de systèmes conjoints. Tout comme LEGO, l'industrie blockchain modulaire bénéficierait du développement conjoint d'un système de conception collaboratif. Nous devons développer de manière proactive une infrastructure compatible avec d'autres protocoles modulaires, plutôt que de chercher la compatibilité a posteriori.
  • Normes industrielles sur les hypothèses de confiance. Les hypothèses de confiance se réfèrent à l'ensemble des croyances sur le comportement des participants sur un réseau donné, agissant comme un fort indicateur de sa sécurité, de sa fonctionnalité et de sa fiabilité. Bien que L2Beat fasse un travail remarquable dans le domaine de la standardisation de la recherche sur la sécurité des rollups, il y a encore beaucoup de place pour créer des normes plus robustes lors de la divulgation des hypothèses de confiance sur lesquelles un réseau fonctionne, ainsi que la façon dont elles interagissent entre elles.
  • Expérimentation conjointe au niveau des applications. Encore une fois, une grande partie de l'expérimentation blockchain reste fortement cloisonnée et spécifique aux projets. Des initiatives et développements conjoints à travers différents protocoles (et à différentes couches) nous aideraient à mieux comprendre les points de friction auxquels les développeurs sont confrontés afin que nous puissions les résoudre plus rapidement.
  • Initiatives conjointes de développement commercial, d'investissement et de croissance. En fin de compte, les projets modulaires ne peuvent pas valider leurs propositions de valeur sans démontrer la valeur de la pile modulaire dans son ensemble. La collaboration peut s'étendre au-delà de la construction d'interfaces de développement partagées pour fournir des ressources supplémentaires (comme le soutien à l'investissement et au marketing) afin d'accélérer la création de produits plus viables commercialement.

Ces efforts de collaboration ne sont pas un appel romantique à la fin de la concurrence. C'est un appel à une coopération réelle et raisonnable. Plus nous arriverons à offrir de la simplicité aux développeurs de dApps et plus nous parviendrons à faire émerger des vraies applications Web3 grand public.

Lorsque le marché du Web3 deviendra comparable à celui du web2, les chaînes modulaires pourront se partager une part beaucoup plus importante que celle qui existe aujourd’hui. Plus important encore, le monde entier commencera à récolter les bénéfices de la blockchain, et nous aurons enfin livré ce que nous avons longtemps promis.

Format
Tribunes
Erick de Moura

Erick de Moura est Co-Founder and CEO de Cartesi, un projet qui développe un système d’exploitation pour applications décentralisées permettant d’exécuter des calculs complexes dans un environnement Linux hors de la blockchain, tout en préservant la décentralisation. Il a consacré plus de 20 ans à l’industrie du logiciel, avec une expérience dans la fintech, la healthtech et l’e-commerce.

Avant Cartesi, qu’il a cofondé en janvier 2018, de Moura a travaillé comme software engineer et tech lead chez Arizona Bay de 2008 à 2018. En parallèle, de 2009 à 2015, il a été Engineer and Team Lead chez WebRadar, où il a exercé comme software architect, piloté des processus de développement et contribué à la construction de systèmes pour les marchés des télécoms et du transport, notamment des systèmes de big data et d’analytics utilisés par de grands opérateurs télécoms sud-américains. Il a également occupé des fonctions chez M4U, WiNGS Telecom, View Engenharia e Automação Ltda, Tecgraf / PUC-Rio et K2 Sistemas. Il est devenu Expert auprès de l’EU Blockchain Observatory and Forum. De Moura est titulaire d’un Bachelor of Engineering en Electrical and Electronics Engineering de la Pontifícia Universidade Católica do Rio de Janeiro, obtenu entre 1995 et 2000, ainsi que d’un Bachelor of Science en Electrical Engineering and Computer Science de l’UCLA, suivi entre 1997 et 1998.

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