Exclusif. Xavier Niel en sauveur du deal Mara-Exaion ?
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Pour désamorcer les tensions politiques entourant le rachat de la filiale d'EDF par le géant américain Mara, l'Élysée a fait appel à Xavier Niel. Au-delà du symbole, l'opération révèle un enjeu industriel majeur : l'adaptation du parc nucléaire français face à une surproduction structurelle.

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Le dossier Exaion s'apprête à connaître un tournant décisif. Selon nos informations, Xavier Niel a été discrètement mandaté par l'Élysée pour entrer au capital de l’actuelle filiale d’EDF dans le cadre de son rachat par le géant américain du minage de Bitcoin, Mara (ex-Marathon Digital Holdings).

L'objectif est clair : “franciser” l'opération par une participation minoritaire du fondateur de Free, afin de couper court aux critiques sur la perte de souveraineté d'une filiale technologique issue du giron d'EDF.

Plusieurs formations politiques, du Rassemblement national à La France insoumise, en passant par Nouvelle Énergie (David Lisnard), Reconquête (Éric Zemmour) et l'Union des droites pour la République (Éric Ciotti), se sont vigoureusement opposées au projet.

Toujours selon nos informations, Xavier Niel s'est envolé pour les États-Unis tout début février pour rencontrer Fred Thiel, le CEO de Mara, afin d'évoquer les modalités de cette alliance.

Contacté par The Big Whale, l'homme d'affaires n'a pas souhaité faire de commentaire.

Un business de la flexibilité

Si ce mouvement est politique, il est aussi éminemment stratégique pour Xavier Niel. La nouvelle entité Exaion héritera d'un avantage concurrentiel unique : un accès privilégié aux outils de flexibilité de la production de EDF.

Dans un marché de l'énergie en pleine mutation, la capacité d'Exaion à adapter son niveau de consommation (principalement via le minage de Bitcoin) pour absorber les surplus d'électricité devient une mine d'or.

Ce deal intervient alors que la France bascule dans un nouveau paradigme énergétique.

La Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE 3), un document stratégique fixant la feuille de route énergétique du pays jusqu'en 2035, prévoit une accélération massive de la production, alors que le pays fait déjà face à une situation de surcapacité chronique (130 TWh annuels).

>> Exclusif - Rachat d’Exaion par Mara : cette clause qui prive EDF de calcul pour l’IA et le Bitcoin

Le cri d'alarme sur la “modulation” nucléaire

Plusieurs rapports récents soulignent l'urgence de trouver des débouchés à cette électricité excédentaire.

Malgré une partie exportée à l'étranger, le constat est sans appel : EDF est contraint de moduler son parc nucléaire pour assurer un équilibre entre l'offre et la demande sur le réseau.

Dans son rapport de septembre 2025, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) indique que la modulation pour "manque de débouchés économiques" est devenue la norme.

Et cette flexibilité forcée pèse lourd sur l'outil industriel national.

La Cour des comptes, dans une note du 17 novembre 2025, a rappelé que les pertes de production liées à cette modulation ont représenté en moyenne 7 % du “productible” annuel depuis 2016.

En 2024, la modulation a même doublé par rapport à la moyenne de la décennie précédente.

Autant de chiffres qui ont poussé le patron d'EDF, Bernard Fontana, à exprimer une “préoccupation grandissante” dans un courrier adressé à Pierre Moscovici, le premier président de la Cour des comptes.

Et en interne, ça grince dans les rangs du géant de l'énergie…

Un rapport confidentiel d'EDF (révélé par de nombreux médias, dont L'Express, qui affirment que sa publication a été étouffée) pointe l'impact des variations de puissance des réacteurs nucléaires sur l'infrastructure.

On peut y lire que les variations constantes des centrales nucléaires entraînent une fatigue thermique et mécanique.

Un peu comme lorsqu'une voiture tourne en sous-régime.

Résultat : des besoins de maintenance accrus et, probablement selon les experts d'EDF, le remplacement prématuré de certains composants (turbines, alternateurs, pompes, vannes, etc.).

Cette analyse est également partagée par un rapport parlementaire publié en novembre 2025 au nom de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques.

Le minage de Bitcoin comme variable d'ajustement

C'est ici que le rachat d'Exaion par Mara prend tout son sens : le minage de Bitcoin interviendrait ici comme une infrastructure de stabilisation du réseau.

Cela s'inscrit dans le contexte où RTE, le gestionnaire du réseau, a appelé dans son bilan prévisionnel de décembre 2025 à la création de nouveaux débouchés de consommation.

Le minage de Bitcoin est l'unique industrie énergivore capable d'absorber des gigawatts de surplus en temps réel et de s'effacer en quelques secondes dès que le réseau se tend.

Pour Mara, l'accès au parc nucléaire français est une opportunité historique de sécuriser une énergie bas carbone à prix compétitif.

Pour l'État français, ce partenariat avec un leader mondial permet de déléguer la gestion de cette charge flexible.

Reste désormais à définir le poids réel de Xavier Niel au capital après cette transaction, notamment parce que Mara prévoit de racheter 64 % des parts…

Et Mara demeure un acteur américain.

La question de la souveraineté sur un projet à la fois technologique et énergétique semble difficilement compatible avec la nouvelle ligne défendue par Emmanuel Macron depuis le forum de Davos.

D'autant que des alternatives européennes existent.

>> Exaion-Mara : pourquoi le cadre de la vente menace la souveraineté européenne

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Grégory Raymond

Grégory Raymond est directeur de la recherche et co-fondateur de The Big Whale. Spécialiste de l'intersection entre finance traditionnelle et actifs numériques, il couvre depuis 2017 les enjeux réglementaires, institutionnels et technologiques du secteur pour une audience de décideurs (banques, asset managers, fintechs). Il est également l'auteur de "Bitcoin & Cryptos : L'enjeu du siècle" (Talent Éditions, 2025), un ouvrage structuré autour d'entretiens avec des figures clés de l'écosystème.

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