Intervenants
De 1995 à l'onchain : comment la finance progresse
- Marek Socha, MD Global Markets chez 21x
- Rafael Mastroberardino, Digital Assets chez Franklin Templeton
- Matthew Dawson, Enterprise Lead à l'Ethereum Foundation
- Raphaël Bloch, cofondateur et CEO de The Big Whale
La thèse centrale : un registre unique en lieu et place d'une multitude
Le système financier actuel repose sur une multitude de registres disparates qui nécessitent une réconciliation permanente. C'est là que résident l'essentiel des coûts, des risques et des délais. La thèse onchain : remplacer cet écosystème fragmenté par un registre unique, publiquement vérifiable, que tous consultent simultanément, et bâtir sur lui programmabilité et composabilité.
Les établissements les plus exposés sont ceux dont les revenus dépendent des inefficacités appelées à disparaître :
- Les dépositaires, dont le rôle est en partie absorbé par les smart contracts
- Les agents de transfert, confrontés à la désintermédiation qu'opèrent les registres natifs onchain
- Les gestionnaires de collatéral : le coussin de 10 à 20 % exigé par la lenteur des mouvements de collatéral se comprimera à mesure que celui-ci deviendra portable et programmable en continu, sept jours sur sept
La tokenisation native n'est pas un jumeau numérique
La plupart des dispositifs existants ne sont que des enveloppes : le token se déplace, mais la propriété juridique, elle, ne bouge pas, car l'agent de transfert et le registre des parts restent hors chaîne. Le fonds Benji de Franklin Templeton est conçu différemment : l'agent de transfert et le registre des parts fonctionnent onchain, de sorte que le transfert du token emporte celui de la propriété juridique. Résultat : transfert de pair à pair instantané, accumulation du rendement en cours de journée, absence de risque de contrepartie.
Lorsque les établissements évaluent un produit tokenisé, les deux premières questions sont invariablement les mêmes :
- Le token représente-t-il l'actif réel ou simplement une représentation de celui-ci ?
- Quelle est ma contrepartie juridique ? Les établissements ne traiteront pas face à un smart contract : ils exigent une contrepartie réglementée.
Utiliser la blockchain comme simple canal de distribution pour atteindre une clientèle crypto-native est une impasse : cela élargit la base de clients de 2 à 3 % sans rien améliorer à l'infrastructure au service de la clientèle existante.
21x a condensé l'ensemble de la chaîne post-marché
Chez 21x, la négociation, la compensation et le règlement s'effectuent en une seule transaction onchain. L'actif et le cash (sous forme de stablecoin) se règlent de manière atomique dès qu'un ordre est apparié. Caractéristiques clés :
- Absence de jambe de compensation, de risque de contrepartie et de capital immobilisé entre exécution et règlement
- Non-dépositaire : les actifs restent à tout moment entre les mains de l'acheteur ou du vendeur
- Déployé sur deux chaînes (Polygon et Stellar), conçu pour être agnostique à la chaîne
- Expansion en cours aux États-Unis, où la SEC a témoigné d'une ouverture nettement plus marquée que les régulateurs européens dans le cadre du DLT Pilot Regime
Choix de la chaîne : ce que recherchent réellement les établissements
Pour Franklin Templeton, le choix d'une chaîne repose sur une décision structurée, fondée sur la capacité de développement interne, la robustesse technique, l'acceptation réglementaire de l'agent de transfert sur cette chaîne et la demande des clients. Si un nombre suffisant de clients institutionnels réclament une chaîne donnée et en justifient le choix, celle-ci devient une cible de déploiement.
L'Ethereum Foundation adopte une approche délibérément différente : aucune incitation n'est proposée aux établissements pour déployer sur Ethereum. L'adoption organique confère aux produits qui y sont construits une crédibilité de long terme. Les propriétés de la décentralisation se traduisent en avantages opérationnels concrets :
- Résilience opérationnelle et disponibilité continue
- Résistance à la censure
- Accès au plus profond vivier de liquidité DeFi
Les expériences menées sur des chaînes privées ont largement échoué. L'architecture qui s'impose est celle de L2 à accès contrôlé sur Ethereum, connectées via des couches d'interopérabilité : des environnements maîtrisés donnant accès à la liquidité publique.
Conclusion
Dès qu'un établissement a tokenisé son premier fonds, le reste de la gamme suit rapidement : l'infrastructure et les fondations réglementaires sont en place. Le changement le plus profond est organisationnel : d'ici cinq ans, les équipes dédiées aux actifs numériques et celles de la finance traditionnelle fusionneront. L'équipe ETF ne se « connectera pas à l'équipe digital assets ». Elle gérera des produits, dont certains se trouveront être onchain.
L'indicateur à suivre n'est pas la valeur totale onchain, mais la part productive de celle-ci : composabilité avec la DeFi, mouvement de collatéral transfrontalier un dimanche soir, accumulation de rendement en cours de journée. Londres a confirmé le consensus : émission native, chaînes publiques et intégration organisationnelle complète d'ici cinq ans.






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