Des promesses aux réalités : ce que révèlent les IPO crypto

Des promesses aux réalités : ce que révèlent les IPO crypto
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Les IPO crypto se multiplient et devraient s’accélérer dans les prochaines années. Mais entre engouement boursier et performances contrastées, leur succès reste à prouver.

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Depuis quelques mois, plusieurs entreprises spécialisées dans les actifs numériques franchissent une nouvelle étape : celle des marchés cotés. Exchanges, sociétés de conservation, fintechs et acteurs du mining… tous se pressent pour déposer un dossier auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) ou pour finaliser une introduction en Bourse.

Une tendance qui illustre l’intégration croissante de la crypto dans les circuits traditionnels de financement et son passage progressif vers l’infrastructure financière grand public.

Pour l’expert Aram Mughalyan, ces IPO sont le signe d’une maturité retrouvée. Selon lui, le mandat Biden et la ligne dure adoptée par Gary Gensler à la SEC rendaient toute introduction en Bourse quasiment impossible, l’autorité privilégiant une stratégie avec une application dure de la loi.

L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche a changé la donne : le discours est désormais “construire avec des garde-fous” plutôt que “sanctionner d’abord”. Résultat : les conseils d’administration ont enfin de la visibilité, les banquiers disposent de comparables et les entreprises de la crypto peuvent se tourner vers les marchés publics (ce qu’elles n’avaient pas pu faire ces quatre dernières années).

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Les pionniers de l’introduction en Bourse

La première vague d’IPO dans la crypto a débuté dès 2017 avec HIVE Blockchain Technologies. L’entreprise canadienne, spécialisée dans le mining alimenté par des énergies renouvelables, a ouvert la voie sur le TSX Venture Exchange avant de rejoindre le Nasdaq en 2021 (sous le ticker HVBT). Elle exploite aujourd’hui des data centers en Islande, en Suède et au Canada.

Bakkt a suivi en 2018 avec une ambition différente : connecter l’économie numérique. Cotée au New York Stock Exchange (BKKT) depuis octobre 2021, sa plateforme vise à créer des passerelles entre consommateurs, entreprises et institutions, permettant d’utiliser indifféremment crypto-actifs et points de fidélité.

Le cas le plus emblématique reste celui de Coinbase, entrée sur le Nasdaq le 14 avril 2021 après dix ans de développement et une base déjà forte de 56 millions d’utilisateurs. Une étape symbolique qui a marqué l’intégration de la crypto dans le paysage financier américain.

La même année, Robinhood a fait son entrée à Wall Street. Le 28 juillet 2021, la plateforme a levé près de 1,9 milliard de dollars avec une offre initiale à 38 dollars par action (HOOD). Quelques mois plus tard, Argo Blockchain, acteur britannique du mining durable, s’est à son tour coté au Nasdaq (ARBK), levant 112,5 millions de dollars grâce à l’appui de Jefferies et Barclays.

L’expansion n’a pas été limitée aux acteurs historiques de la crypto. La fintech brésilienne NU Holdings Ltd. a réalisé une introduction majeure, levant l’équivalent de 14,45 milliards de réais grâce à une offre de près de 290 millions d’actions. Plus récemment, eToro a finalisé son IPO en mai 2025. L’opération, valorisée 4,2 milliards de dollars et soutenue par Goldman Sachs et Citigroup, a permis à la plateforme de trading social de lever environ 620 millions de dollars (ETOR).

La vague 2025 : Circle, Bullish, Gemini et les autres

L’année 2025 a marqué une accélération sans précédent des IPO dans la crypto. Le 5 juin, Circle, émetteur du stablecoin USDC, a fait ses premiers pas à Wall Street. Cotée au New York Stock Exchange sous le ticker CRCL, l’entreprise a levé 1,05 milliard de dollars en plaçant 34 millions d’actions à 31 dollars pièce, pour une valorisation de 6,9 milliards. L’opération, orchestrée par J.P. Morgan, Citigroup et Goldman Sachs, a suscité un engouement immédiat : le titre a bondi de 168 % dès sa première séance.

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Deux mois plus tard, c’est Bullish qui a fait sensation. Initialement prévue pour 20 millions d’actions, son offre a été relevée à 30 millions, avec un prix final fixé à 37 dollars par action. Résultat : 1,11 milliard de dollars levés et un titre qui a ouvert à 90 dollars le 13 août, avant de grimper à 118 dollars dans une séance très volatile.

À la même période, le marché a vu émerger plusieurs autres opérations majeures. ProCap Acquisition Corp, un SPAC lancé par Anthony Pompliano, a levé 250 millions de dollars lors de son introduction sur le Nasdaq en mai. Quelques semaines plus tard, Amber International, filiale de l’asiatique Amber Group, est entrée sur le Nasdaq via une fusion avec iClick Interactive Asia Group. Rebaptisée AMBR, l’action a bondi de 19 % dès sa première séance.

Septembre a été marqué par deux IPO très suivies. D’abord celle de Gemini, qui a relevé sa fourchette de prix avant de placer 16,6 millions d’actions à 28 dollars. Le titre GEMI a ouvert à 37 dollars et clôturé à 32, reflétant une forte demande malgré une volatilité marquée. Ensuite, celle de Figure Technology Solutions, qui a levé 787,5 millions de dollars avec une valorisation initiale de 5,3 milliards. Ses actions FIGR ont rapidement pris 24 % dès la première séance, poussant sa valorisation autour de 6,6 milliards.

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Galaxy Digital a confirmé sa place de leader institutionnel en annonçant en mai une offre souscrite de 29 millions d’actions de classe A, dont près de 5 millions provenant d’actionnaires existants. Cotée sur le Nasdaq depuis le 16 mai sous le ticker GLXY, la société renforce ainsi sa stratégie de rapprochement avec les marchés publics.

Les prochains candidats : BitGo, Grayscale, Kraken

Le 21 juillet 2025, BitGo a annoncé avoir déposé de manière confidentielle un projet de prospectus auprès de la SEC. Le nombre d’actions et la fourchette de prix n’ont pas encore été fixés, mais la société, qui revendique plus de 100 milliards de dollars d’actifs en conservation, entend conforter son rôle de leader de la garde institutionnelle alors que le cadre réglementaire américain s’éclaircit.

Quelques jours plus tôt, le 14 juillet 2025, Grayscale a fait de même. Fondée en 2013, la plateforme s’est imposée comme le plus grand gestionnaire d’actifs numériques au monde, avec une gamme de produits qui va du Grayscale Bitcoin Trust (premier fonds Bitcoin coté aux États-Unis) à une série d’ETF indexés sur les cryptomonnaies.

Dans le même temps, l’exchange Kraken se positionne comme l’un des candidats les plus attendus. L’entreprise vise une introduction dès le premier trimestre 2026, avec un objectif de 500 millions de dollars levés pour une valorisation estimée à 15 milliards. Cette perspective s’est renforcée après que la SEC a abandonné, en mars 2025, une action intentée contre elle, ouvrant la voie à une cotation publique.

En Europe, CoinShares prépare une arrivée sur le Nasdaq américain via une fusion avec une société d’acquisition à vocation spécifique (SPAC). L’opération, réalisée avec Vine Hill Capital Investment Corp., valoriserait le gestionnaire d’actifs à environ 1,2 milliard de dollars. L’entreprise, déjà cotée à Stockholm, cherche ainsi à élargir sa base d’investisseurs et à accélérer sa croissance internationale.

Aux États-Unis, ConsenSys, la société derrière MetaMask et Linea, est régulièrement citée comme “IPO-ready”. Selon PitchBook, sa probabilité d’introduction est estimée très élevée, même si aucune démarche officielle n’a encore été confirmée.

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Ripple Labs fait également partie des noms qui reviennent souvent. Le directeur général Brad Garlinghouse a toutefois écarté l’idée d’une cotation en 2025, soulignant que l’entreprise préférait d’abord consolider ses activités et régler ses différends juridiques. Mais une introduction reste envisageable une fois les obstacles réglementaires levés.

D’autres sociétés sont plus difficiles à cerner mais reviennent régulièrement dans les conversations. Bitpanda en Europe, Ledger en France, Uniswap Labs, Anchorage Digital et Fireblocks aux États-Unis figurent parmi les entreprises les plus surveillées.

Les IPO crypto, un baromètre du marché

Le calendrier des introductions en Bourse liées à la crypto dit beaucoup sur les cycles du secteur. L’exemple de Coinbase, dont l’entrée sur le Nasdaq en avril 2021 avait coïncidé avec un Bitcoin à ses plus hauts historiques, reste parlant : ce moment de forte euphorie a aussi vu Bakkt se coter au NYSE et HIVE Blockchain rejoindre le Nasdaq.

Quatre ans plus tard, en 2025, une nouvelle vague d’IPO a pris forme. Circle, eToro, Bullish, Gemini ou encore Figure Technologies ont profité de conditions favorables sur les marchés pour franchir le pas. Ces opérations se concentrent souvent dans les phases d’optimisme, quand la liquidité est abondante et que les investisseurs recherchent une exposition accrue aux actifs numériques.

De fait, les IPO fonctionnent comme un indicateur avancé du sentiment de marché. Les entreprises choisissent d’aller sur le public lorsqu’elles savent pouvoir maximiser leur valorisation et attirer des capitaux. La tendance est conforme aux travaux académiques sur les “vagues d’IPO”, qui montrent qu’elles apparaissent généralement après des performances boursières solides et dans des contextes de forte confiance.

Des primes de valorisation que leurs homologues traditionnels n’ont jamais connues

Les IPO de la crypto offrent un contraste avec celles de la finance traditionnelle. Là où Wall Street a longtemps valorisé avec prudence les modèles établis, les entreprises liées aux actifs numériques ont souvent été introduites avec des multiples reflétant davantage le potentiel de croissance (et la spéculation) que les fondamentaux.

Le cas Coinbase est emblématique. Le 14 avril 2021, son prix de référence avait été fixé à 250 dollars par action, soit une valorisation diluée de 65 milliards. Mais dès l’ouverture, le titre a grimpé à 381 dollars et clôturé à 328, atteignant même un pic à 429, ce qui portait la capitalisation à près de 86 milliards. Soit plus de dix fois sa dernière valorisation privée de 8 milliards, un symbole de l’euphorie qui régnait au sommet du cycle haussier de la crypto.

À titre de comparaison, Nasdaq Inc., lors de son IPO en 2002, avait été valorisé 1,18 milliard de dollars avec une action introduite à 5 dollars.

PayPal illustre aussi cette logique plus mesurée. En février 2002, son IPO avait permis de lever 70 millions de dollars pour une valorisation de 777 millions. Quelques mois plus tard, eBay rachetait la société pour 1,5 milliard. Quand PayPal est revenu en Bourse en 2015 après sa séparation d’eBay, sa valorisation atteignait 47 milliards, dépassant celle de son ancienne maison mère. L’entreprise traitait alors 235 milliards de dollars de paiements annuels et comptait 169 millions d’utilisateurs.

Deux décennies plus tard, Circle a démontré une toute autre dynamique. Son IPO du 5 juin 2025 a été fixée à 31 dollars par action pour une valorisation de 6,9 milliards. Dès l’ouverture, le titre a bondi à 69 dollars et terminé à plus de 83, portant la capitalisation proche de 18 milliards. Cette opération, la première d’un émetteur de stablecoin, a confirmé que les marchés attribuent aux pionniers de la finance numérique des primes de valorisation que leurs homologues traditionnels n’ont jamais connues.

Si des acteurs comme Nasdaq ou PayPal ont longtemps été valorisés avec retenue, reflétant la solidité mais aussi la prévisibilité de leurs modèles, Coinbase et Circle incarnent une logique inverse. Le marché les a projetés vers des sommets de valorisation en pariant sur leur potentiel disruptif, quitte à faire passer au second plan les fondamentaux. Une différence qui souligne combien l’optimisme spéculatif façonne encore la perception des entreprises crypto.

Après l’euphorie, les défis du marché

L’introduction en Bourse n’est que la première étape. L’expérience de Coinbase en témoigne : après une entrée fracassante en 2021, son action a connu une longue traversée du désert, retombant rapidement sous ses niveaux initiaux. Il a fallu attendre juillet 2025 pour voir le titre atteindre un nouveau sommet historique à 419,78 dollars.

Entre-temps, l’entreprise a été confrontée à la volatilité des cycles du Bitcoin, aux incertitudes réglementaires et à une concurrence croissante, venue à la fois de la finance traditionnelle et des protocoles DeFi.

Cette trajectoire n’est pas isolée. Comme le souligne Lex Sokolin, managing partner chez Generative Ventures, “la principale leçon de Coinbase et de Bakkt est la nécessité de bâtir des fondamentaux solides et de diversifier les sources de revenus”. Trop dépendants des volumes de trading ou d’un produit unique, ces acteurs se sont retrouvés exposés à une pression constante sur leurs valorisations lors des phases de marché baissier.

Les IPO crypto traduisent souvent un enthousiasme de court terme, mais leur performance post-cotation révèle une réalité plus complexe. Pour espérer rassurer les investisseurs sur la durée, les entreprises devront démontrer qu’elles savent résister aux cycles et développer des modèles économiques plus résilients.

L’exemple de Bakkt illustre à son tour les difficultés des sociétés crypto à maintenir la confiance des investisseurs une fois cotées. L’entreprise avait choisi en 2021 la voie d’une fusion avec un SPAC, VPC Impact Acquisition Holdings, finalisée le 15 octobre. Cotée au NYSE trois jours plus tard sous le ticker BKKT, elle avait connu un départ fulgurant : son action avait brièvement dépassé 42 dollars après l’annonce de partenariats avec Mastercard et Fiserv.

Mais cette euphorie a été de courte durée. Le titre évolue aujourd’hui autour de 9,50 dollars, un niveau qui reflète la perte de confiance du marché et des rendements limités pour les premiers actionnaires.

Comme Coinbase, Bakkt a souffert d’une trop forte dépendance à ses activités liées aux crypto-actifs, particulièrement sensibles aux cycles de prix. La baisse des marchés numériques, couplée à une adoption institutionnelle moins forte qu’espérée, a comprimé ses revenus. L’incertitude réglementaire aux États-Unis a accentué cette pression.

L’enthousiasme initial, nourri par des promesses de croissance rapide, s’est rapidement heurté à la réalité opérationnelle.

Le parcours d’eToro illustre lui aussi les limites de l’engouement autour des IPO liées à la crypto. Introduite à 64,15 dollars, l’action se négocie aujourd’hui autour de 45 dollars, traduisant des performances modestes pour les investisseurs.

Là encore, la dépendance aux volumes de trading, l’exposition à des marchés particulièrement volatils et les incertitudes réglementaires ont freiné la croissance. Comme pour Coinbase ou Bakkt, l’écart entre l’enthousiasme initial et la réalité opérationnelle s’est rapidement creusé.

Anciennement HIVE Blockchain Technologies, HIVE Digital Technologies avait séduit le marché en s’introduisant autour de 13 dollars par action. Quatre ans plus tard, le titre se négocie près de 4 dollars, un recul marqué qui illustre les difficultés rencontrées par ce pionnier du mining “vert”.

L’entreprise exploite des data centers alimentés en énergies renouvelables, installés notamment aux Bermudes, pour miner des cryptomonnaies et proposer des solutions d’infrastructure blockchain. Mais cette stratégie reste extrêmement dépendante des cycles du marché : la volatilité des prix des actifs numériques, combinée au coût élevé d’opérations aussi énergivores, pèse lourdement sur la rentabilité. À cela s’ajoutent des incertitudes réglementaires qui rendent la trajectoire de l’entreprise plus fragile.

La performance post-IPO des sociétés crypto rappelle la volatilité et les risques structurels du secteur. Trop souvent dépendantes des volumes de trading, des cycles de marché, de coûts opérationnels élevés ou d’un cadre réglementaire mouvant, elles peinent à offrir une valeur durable aux investisseurs. L’enthousiasme initial, qui gonfle les valorisations au moment de la cotation, s’éteint vite quand les fondamentaux ne suivent pas.

Pour Aram Mughalyan, la trajectoire de Coinbase et Bakkt en dit long. “Toutes deux se sont introduites en 2021, au sommet du cycle, portées par le hype. Quand le marché baissier de 2022 est arrivé, elles se sont effondrées.”

Mais la suite a été différente : Coinbase a su se réinventer, diversifiant ses revenus autour des abonnements, de la garde d’actifs, des stablecoins via l’USDC, ou encore avec le lancement de sa blockchain Base et de son application associée. Résultat : le titre a retrouvé des sommets historiques en 2025. Bakkt, en revanche, n’a jamais vraiment rebondi et continue de glisser.

La morale, selon Aram Mughalyan, est claire : “Le temps du hype est terminé. Il faut entrer en Bourse quand on dispose de flux de trésorerie durables et rentables, pas simplement parce que le marché est porteur.”

L’IPO, passerelle vers la finance traditionnelle

Pour les entreprises crypto, entrer en Bourse représente bien plus qu’un simple changement de statut. C’est un levier stratégique qui ouvre l’accès à des capitaux importants, indispensables pour financer la R&D, développer de nouvelles infrastructures ou accélérer l’expansion. La cotation apporte aussi une visibilité accrue auprès des investisseurs, des clients et des partenaires, tout en offrant une porte de sortie aux fondateurs et premiers investisseurs. Enfin, elle confère une crédibilité supplémentaire, en signifiant au marché une conformité réglementaire, des standards de gouvernance et une transparence susceptibles de séduire les institutionnels.

Mais cette ouverture a un prix. L’indépendance s’en trouve réduite, les dirigeants devant rendre des comptes à leurs actionnaires et à un conseil d’administration. La transparence imposée par le marché peut exposer des fragilités opérationnelles et contraindre les entreprises à privilégier le court terme au détriment de l’innovation de long terme. À cela s’ajoutent des coûts élevés de mise en conformité et une dilution du contrôle pour les fondateurs.

Pour Lex Sokolin, il ne faut toutefois pas négliger les avantages que procure la liquidité d’un marché coté : “Plus il y a de liquidité, mieux c’est”, résume-t-il, en soulignant que la transparence et la gouvernance imposées par le marché offrent flexibilité et choix aux investisseurs.

Aram Mughalyan partage ce constat, estimant que pour les acteurs centralisés, les contraintes de la Bourse valent largement les bénéfices. “Le reporting et les audits achètent la confiance des contreparties, des banques, des gérants d’actifs et des grandes fintechs”, note-t-il, en ajoutant qu’une entreprise cotée dispose aussi d’une monnaie d’acquisition et d’un accès facilité au capital.

Cette logique distingue les sociétés centralisées des protocoles décentralisés. Ces derniers, via leurs tokens, sont déjà “publics” par nature, leur code étant open source et leurs métriques accessibles on-chain. À l’inverse, les entreprises centralisées fonctionnent dans l’opacité : l’introduction en Bourse devient alors un moyen de combler ce déficit de transparence et de se mettre au niveau des standards exigés par les marchés financiers.

L’IPO agit à la fois comme un outil d’intégration et comme une façade de respectabilité. Elle ouvre des portes vers la finance traditionnelle et crédibilise les acteurs crypto auprès des institutionnels, mais elle ne garantit pas en soi la pérennité. Celle-ci dépend avant tout de modèles économiques durables, de revenus diversifiés et de la capacité à équilibrer attentes des investisseurs et autonomie stratégique.

IPO ou alternatives : le dilemme des acteurs crypto

L’introduction en Bourse classique n’est pas le seul chemin vers les marchés publics. En 2021, les SPACs (Special Purpose Acquisition Companies) ont connu un vif engouement, notamment avec l’exemple de Bakkt, introduit via ce mécanisme. Ce procédé permet à une société privée de fusionner avec une coquille déjà cotée et d’accéder ainsi plus rapidement et souvent à moindre coût aux marchés financiers.

Plusieurs acteurs, comme Circle ou eToro, ont envisagé cette option avant de renoncer. Mais la volatilité des marchés et le durcissement réglementaire ont rapidement fait retomber la hype dès 2022, laissant derrière eux un outil aux opportunités réelles, mais entouré de risques. Pour Lex Sokolin, les SPACs restent valides : “Ils peuvent fonctionner avec n’importe quel actif, crypto, fintech ou autre.”

Une autre piste émerge : la tokenisation des actions. Elle consiste à créer des jetons numériques représentant des titres financiers traditionnels (actions, ETF), adossés 1:1 à de véritables titres détenus par des dépositaires régulés. Ces actions tokenisées offrent des avantages notables : fractionnement, accessibilité mondiale, règlements quasi-instantanés et trading en continu. Grâce aux smart contracts, elles ajoutent transparence, automatisation et réduction des coûts.

Pour Aram Mughalyan, la distinction est claire : les SPACs ne sont qu’un détour vers les IPO, sans réelle amélioration de la découverte de prix. La tokenisation, en revanche, ouvre un champ inédit.

Elle existe aujourd’hui sous deux formes : la tokenisation “native”, qui place directement les actions on-chain dans le respect des règles de marché (un modèle défendu par le Nasdaq, mais qui reste soumis au KYC et à des permissions strictes), et la tokenisation “wrapper”, où un jeton on-chain est adossé à des actions détenues hors chaîne par un dépositaire. Cette dernière option, souvent sans KYC, offre une exposition économique mais pas toujours les droits de vote ou d’actionnaire direct. Dans le cas des actions privées, la plupart des jetons représentent en réalité des droits sur une structure intermédiaire (SPV), l’émetteur pouvant toujours bloquer les transferts sur la cap table.

>> Actions tokenisées : ce qui se cache vraiment derrière cette nouvelle tendance

Format
Analyses
Beatriz Ferreira

Beatriz Ferreira est Crypto Research Analyst chez The Big Whale, où elle se concentre sur les stablecoins et la tokenisation des actifs réels. Ses travaux publiés chez The Big Whale couvrent les stablecoins et les agents IA, les IPO crypto, la régulation des dérivés, la divergence réglementaire entre les États-Unis et l’Europe sur les stablecoins, les outils d’analyse blockchain utilisés en conformité, ainsi que la Travel Rule. Elle contribue également à des travaux de recherche sur les dynamiques institutionnelles des marchés de la tokenisation et des stablecoins.

Parallèlement à son rôle chez The Big Whale, Ferreira occupe un poste en Digital Products chez Repsol, à Madrid, où elle a rejoint l’entreprise en septembre 2025. Elle écrit également des articles en freelance pour Stablecoin Insider et est founder and CEO de 3C Trix, une société de services de recherche qu’elle a créée en 2025. Elle est membre du Youth Economic Circle (YEC). Ferreira est titulaire d’un Master’s degree en Accounting and Finance et d’un Bachelor’s degree en Applied Mathematics, tous deux obtenus à l’ISEG, et a reçu plusieurs distinctions académiques. Elle est basée à Lisbonne.

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