Le succès de l’introduction en bourse de BitGo cette semaine sur le New York Stock Exchange acte la reconnaissance du modèle de conservation régulée des actifs numériques. Et derrière cette opération se dessine déjà l’un des grands rendez-vous de 2026 : l’IPO de Ledger.
Positionnés sur un même segment, mais avec des modèles et des trajectoires très différents, les deux acteurs offrent un terrain de comparaison éclairant. Cette analyse revient sur ce que l'IPO de BitGo révèle et sur les enseignements que Ledger pourrait en tirer à l’approche des marchés.
BitGo : la prime à l’infrastructure régulée
BitGo a frappé fort en fixant son prix d'introduction à 18 dollars par action, au-dessus de sa fourchette initiale (15-17 dollars), pour une valorisation dépassant les 2 milliards de dollars.
Les chiffres communiqués par BitGo auprès de la SEC avant son IPO sont riches d'enseignements :
Explosion du chiffre d'affaires : sur l'année 2025, BitGo a généré près de 15 milliards de dollars de revenus, contre 1,9 milliard sur la même période en 2024.
Le chiffre d’affaire de 15 milliards de dollars n'est pas opérationnel, mais comptable. En se développant massivement dans le Prime Brokerage et le trading pour compte de tiers, BitGo a changé la manière dont l’entreprise comptabilise ses revenus. Contrairement à une banque traditionnelle qui ne comptabilise que ses commissions, une plateforme agissant en tant que "principal" dans une transaction peut inscrire la valeur totale de l'actif vendu en chiffre d'affaires.
Si on enlève les dépenses, le chiffre d’affaire “réel” serait beaucoup plus modeste (quelques millions).
Croissance des actifs sous garde : ses actifs sous gestion sont passés de 30,8 milliards de dollars en 2024 à plus de 104 milliards de dollars en septembre 2025.
Rentabilité sous contrôle : malgré des investissements massifs en conformité et en personnel, BitGo a affiché un bénéfice net de 35,3 millions de dollars sur les trois premiers trimestres de 2025.
Le marché a plébiscité BitGo car l'entreprise ne dépend pas uniquement de la volatilité du trading (comme Coinbase), mais de la récurrence des frais de garde et des services d'infrastructure (staking, settlement, etc.). C'est précisément ce socle que Ledger tente de consolider.
BitGo s’appuie sur plusieurs partenaires technologiques pour assurer la conservation de actifs de ses clients, notamment Thales. L'entreprise américaine ne développe pas son infrastructure de bout en bout.
Ledger : du B2C à la conquête de Wall Street
Si BitGo est né dans l'espace institutionnel, Ledger vient du "hardware" grand public. Mais pour viser une valorisation de 4 milliards de dollars (le chiffre qui circule actuellement pour son IPO) la licorne française a dû muscler son offre B2B (Ledger Enterprise) et surtout ses services (Ledger Wallet, ex-Ledger Live) qui a amené une importante diversification des revenus ces derniers mois.
Pourquoi la valorisation de Ledger pourrait être supérieure à celle de BitGo
À première vue, BitGo semble avoir une assise financière plus large, mais Ledger dispose d'un levier unique : la souveraineté technologique.
L'avantage de l'écosystème : contrairement à un pur dépositaire comme BitGo, Ledger contrôle la couche matérielle (hardware) et logicielle (Ledger Wallet/Enterprise). Cette intégration verticale lui permet de capturer de la valeur à chaque étape de la vie d'un actif numérique.
Le succès de Ledger Wallet : l’entreprise propose une interface sécurisée sur laquelle ses clients peuvent acheter, vendre et générer du rendement (via des partenaires comme Kiln, Lombard ou Figment) à partir de leurs actifs numériques. À chaque fois, Ledger prélève des frais ce qui lui permet de générer des revenus récurrents. Selon nos informations, Ledger Wallet représenterait 50 % de l’activité de l’entreprise.
La montée en puissance de Ledger Enterprise : si on ignore précisément la part des revenus dégagés par Ledger Enterprise, plusieurs études consacrées aux constructeurs de hadware wallets (Mordor Intelligence et SkyQuest) indique que le volet institutionnel pèserait jusqu’à 30 % de leur activité (chiffre non confirmé néanmoins).
Dans plusieurs interventions récentes (notamment en novembre 2025 et lors du Ledger Op3n), le CEO Pascal Gauthier a souligné que la croissance de la division Enterprise et des services récurrents (SaaS) est nettement supérieure à celle du hardware pur. L'objectif affiché de la direction est de transformer Ledger en une "plateforme" dont les revenus ne dépendent plus uniquement des cycles de vente de matériel.
Un choix technologique singulier : À la différence de Fireblocks, Taurus ou DFNS (ses concurrents directs sur le segment de l'infrastructure de conservation), Ledger propose une infrastructure HSM qui correspond aux standards de cybersécurité traditionnels.
L’analyse de The Big Whale
L’IPO de Ledger pose une question de gestion de risque : préférez-vous confier vos clés à un tiers régulé (modèle BitGo) ou posséder votre propre infrastructure sécurisée (modèle Ledger) ?
Le succès de BitGo montre que les investisseurs publics ont soif de dossiers "SaaS-like" dans les actifs numériques, avec des revenus prévisibles et une conformité irréprochable. Pour Ledger, le défi sera de prouver que son modèle hybride (vente de matériel et services récurrents via Ledger Enterprise et Ledger Wallet) peut maintenir des marges élevées.
>> Charles Guillemet (Ledger) : “Les wallets vont remplacer les mots de passe”







%201.png)






%201.png)
%201.png)


%201.png)



%201.png)


