Jérôme de Tychey (Cometh) : "La DeFi n’échappera pas à la réglementation"

18.12.2025
Jérôme de Tychey (Cometh) : "La DeFi n’échappera pas à la réglementation"
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Cometh vient d’obtenir son agrément MiCA auprès du régulateur français. Forte de ce sésame, la start-up spécialisée dans l’optimisation de trésorerie via la finance décentralisée (DeFi) entend accélérer son expansion en Europe. Dans une interview, son CEO, Jérôme de Tychey, explique pourquoi il fait le pari de la réglementation et des opportunités qu’elle devrait, selon lui, ouvrir pour les acteurs du secteur.

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The Big Whale : Vous venez d'obtenir votre agrément MiCA auprès de l'autorité des marchés. En quoi est-ce si important ?

Jérôme de Tychey : De plus en plus d'entreprises veulent mettre un pied dans l'univers de la finance onchain et elles veulent travailler avec des acteurs régulés. Donc c'est devenu très important d'avoir MiCA. Et c'est aussi devenu une façon de segmenter le marché : si vous rentrez dans la régulation, vous ne pouvez travailler qu'avec des acteurs régulés. D'où le fait que ce soit vraiment une obligation.

La période de transition a duré presque un an : moins de 10 entreprises françaises ont obtenu leur agrément MiCA en France. Ce n'est vraiment pas grand-chose.

Ça a été un travail long, même si nous étions déjà au niveau MiCA en décembre dernier, car il a fallu un an pour compléter notre dossier, avec beaucoup d'allers-retours avec l'AMF et les régulateurs. Il nous manque encore quelques petits points côté établissement de monnaie électronique, mais c'est en cours.

Aujourd'hui, nous sommes très fiers d'être devenus le premier acteur à pouvoir amener nos clients sur la DeFi tout en offrant la conservation des actifs. Les autres, comme DeBlock, proposent de la DeFi mais en self-custodial, donc ce sont à leurs clients de gérer la conservation et d’assumer toute responsabilité.

Qu'est-ce que votre agrément vous permet de faire ?

Côté AMF, nous sommes agréés pour la conservation et l'administration de cryptoactifs pour le compte de clients, et nous sommes en processus pour devenir établissement de monnaie électronique. Cela nous permettra de gérer l'on-ramp fiat nous-mêmes, sans passer par un tiers. Aujourd'hui, nous le faisons via des partenaires, mais très bientôt nous pourrons le proposer directement.

Comment définissez-vous aujourd'hui Cometh ?

Nous avons une infrastructure d'accès à la DeFi conforme avec la régulation européenne. Nous gérons l'on-ramp, l'off-ramp et la conservation.

Comment vous positionnez-vous par rapport à des Aave, Morpho ou Euler ? Où vous situez-vous dans la chaîne de valeur ?

Beaucoup d'utilisateurs ont déjà des wallets Ledger, Rabby ou Metamask et savent se connecter à Morpho. Mais ils ignorent souvent les risques : par exemple, une pool compromise ou de l'argent “sale” peut bloquer leur compte.

Cometh intervient à ce niveau-là : nous fournissons l'infrastructure. Notre wallet est utilisé en non-custodial, mais nous sommes impliqués dans la sécurité et la compliance. Le développement commercial se fait maintenant auprès d'acteurs régulés, notamment des fintech qui cherchent des partenaires pour accéder à ce marché.

Nous avons obtenu la licence MiCA pour accompagner ce type d'acteurs, pour que n'importe qui puisse convertir des euros en euros MiCA-compliant, les placer sur Aave et récupérer son argent à tout moment.

Tout ce que je vous décris se matérialise dans l'application Louis Finance que nous avons créée. Aujourd'hui, Louis Finance est un rail IBAN-to-IBAN qui propose un produit d'épargne rémunérant un peu plus de 3 %, là où le Livret A est à 1,6 %.

Nous partons d'une infrastructure complexe et native, c'est-à-dire la blockchain, et nous avons trouvé notre niche : fournir ce type de services à grande échelle, en conformité avec la régulation.

Comment expliquez-vous le rendement supérieur de la DeFi par rapport à la finance traditionnelle ?

Le rendement provient des prêts collatéralisés sur stablecoins. Sur Louis Finance, on obtient plus de 3 % en prêtant à très court terme, avec le collatéral en stablecoins. Ce n'est pas nul en risque, c'est comparable à ce que vous voyez dans la finance traditionnelle, mais c'est plus rentable parce qu'il y a moins d'intermédiaires.

Quels sont les risques en DeFi selon vous ?

Il y a trois risques : la contrepartie (l'émetteur de stablecoin, comme Circle), le protocole (Aave par exemple) et la custody. La DeFi fonctionne avec des prêts collatéralisés à court terme, mais sécurisés. La custody est également cruciale : nous avons des certifications, des Smart Accounts et une expertise internationale pour sécuriser les interactions DeFi. Le risque est circonscrit, évalué et maîtrisé, bien que le rendement ne soit pas garanti au centime près.

Qu'est-ce qui attire concrètement les fintechs et les banques chez Cometh ?

Notre réputation et surtout le fait que nous assumons d'aller jusqu'à la DeFi, avec notre propre technologie. Les autres acteurs sont dépendants de fournisseurs externes, ce qui génère des coûts supplémentaires.

Nous apportons flexibilité et savoir-faire pour des millions d'utilisateurs, chacun avec son wallet et ses smart accounts. C'est crucial pour les entreprises.

Quels sont les coûts pour les clients ?

En direct avec l'utilisateur, nous ne nous rémunérons que sur la performance. Pour les fintechs, nous discutons de la répartition des marges et des coûts de KYC/KYB, qui sont incompressibles.

La gestion de compte inclut le déploiement des smart accounts, le monitoring et la compliance.

Dans un écosystème où d'autres acteurs lancent leurs vaults DeFi, comment vous positionnez-vous ?

La zone grise ne sera plus tenable. Les pure players wallet devront se réguler. Les consommateurs sont moins sophistiqués, et les régulateurs vont exiger une compliance. C'est précisément pour cette raison que nous avons voulu anticiper sur la réglementation.

MiCA ne réglemente pas encore la DeFi et cela va justement être le chantier des 2 prochaines années. Comment pensez-vous qu'il faut réglementer la DeFi ?

Il faut distinguer la blockchain elle-même (les smart contracts) et le front-end. Interagir avec un smart contract est quasi automatique. Mais si un acteur crée un widget, agrège des protocoles et prend des frais, il a un degré d'implication réel : c'est là que la régulation s'applique. Même un acteur non-custodial comme DeBlock doit vérifier la conformité des transferts.

Quels sont vos objectifs pour 2026 ?

2026 sera notre plus grosse année. Nous allons collecter des dépôts pour proposer des stratégies euro sécurisées et avec des rendements intéressants. Nous lancerons les premiers produits accessibles depuis des comptes-titres, après avoir ouvert l'accès IBAN - crypto - DeFi. Nous allons accélérer ce projet avec différents partenaires bancaires.

Pourquoi Cometh est en avance sur les autres custodians ?

Nous sommes DeFi-native. Les autres achètent leur technologie à l'étranger et leurs systèmes sont souvent des comptes omnibus, difficiles à utiliser pour la DeFi. Chez Cometh, chaque client a un compte séparé, optimisé pour la DeFi. Cela nous permet de répondre immédiatement aux besoins de nos clients et de nos partenaires.

People in the article
Raphaël Bloch

Raphaël Bloch est CEO et cofondateur de The Big Whale, une plateforme indépendante d’intelligence de marché sur les actifs numériques, destinée aux acteurs des marchés financiers à travers une couverture éditoriale, de la recherche, un briefing hebdomadaire et des événements en présentiel. Il a cofondé The Big Whale en avril 2022. Au sein de la plateforme, il modère et anime des événements institutionnels réunissant banques, asset managers, custodians et fournisseurs d’infrastructure sur des sujets tels que le staking, l’on-chain yield, les stablecoins, le DeFi lending et la tokenisation. Il a modéré des panels lors d’événements organisés en partenariat avec Bitwise, Everstake, Gemini, Morpho, Hexarq, Coinhouse, Delubac, Franklin Templeton et l’Ethereum Foundation, à Londres et à Paris entre fin 2025 et mi-2026.

Avant de fonder The Big Whale, Bloch a travaillé comme journaliste aux Echos de décembre 2016 à mars 2020, puis à L’Express de mars 2020 à mars 2022. Il a également travaillé auparavant chez Reuters. Depuis septembre 2022, il exerce en parallèle le rôle de Business Analyst chez BFM Business. Il couvre le secteur crypto comme journaliste depuis 2016. Il est diplômé d’emlyon et du CFJ.

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