Jean Meyer (Deblock) : “Commerzbank n'est pas la seule banque à s'intéresser à notre activité”

Jean Meyer (Deblock) : “Commerzbank n'est pas la seule banque à s'intéresser à notre activité”
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Deblock se distingue dans le paysage des néobanques avec un wallet crypto non custodial associé à un compte bancaire traditionnel. Son patron Jean Meyer détaille les nouveaux projets de la start-up qui vient de boucler une importante levée de fonds.

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The Big Whale : C'était une grosse semaine pour Deblock. Vous avez annoncé le 19 novembre une levée de fonds de 30 millions d'euros, puis le lancement de votre token le lendemain. On va commencer par la première information : qu’allez-vous faire avec cette série A ?

Jean Meyer : Il y a deux volets essentiels. Le premier concerne notre ligne de produits. Beaucoup de fonctionnalités en fintech nécessitent du capital immobilisé en fonds propres. C'est classique : si vous lancez une carte Visa ou Mastercard, on vous demande du collatéral. Et plus l'activité carte des clients augmente, plus il faut s'aligner en face. Nous avons aussi plusieurs produits innovants en préparation qui nécessitent de mobiliser de la liquidité. La levée nous permet d'avancer plus vite.

Le deuxième volet, c'est le marketing : il faut faire connaître Deblock au plus grand nombre. On veut accélérer en France, mais aussi à l'international. On prépare notamment un gros lancement en Allemagne et en Autriche au premier trimestre 2026. Si ça se passe bien, on étendra à d'autres marchés européens.

Deblock cumule 56 millions d'euros de fonds levés depuis 2022. Comment expliquez-vous cette attractivité auprès des investisseurs ?

Nous avons levé 12 millions d'euros au tout début alors que nous n'étions que quatre, dans un marché post-FTX où plus personne ne finançait les projets Web3. Et aujourd'hui, alors que quasiment tout le capital des fonds se dirige vers l'IA, réussir une levée de 30 millions dans la fintech - orientée consommateur - constitue encore un petit exploit.

Mais Deblock a des metrics solides, une croissance extrêmement forte, et surtout une architecture technologique unique. Contrairement à 99 % des fintechs, nous avons décidé de tout construire nous-mêmes : KYC, core banking, rails de paiement…

C'était plus long et beaucoup plus difficile, deux ans de développement, mais aujourd'hui, on a des marges bien plus élevées que nos concurrents. Et ça plaît aux investisseurs, parce que ces marges nous permettent de réinvestir davantage en croissance. Sur les neuf premiers mois de l'année, on a multiplié nos revenus par quatre rien qu'en France.

Vous avez annoncé jeudi le lancement de votre token BLOCK, à quoi va-t-il servir ? À payer moins de frais ?

On aurait pu partir sur un mécanisme de frais réduit, mais nous avons choisi de nous focaliser sur le staking et surtout sur le cashback. Du cashback sans limite. Nos clients pourront avoir facilement 5 %, ce qui est quasiment inédit en France. On espère pouvoir lancer cette offre au premier trimestre 2026.

Quels montants devront être stakés ?

Les choses vont être affinées, nous proposerons 3 % de cachback à partir de 500 euros stakés.

Quelles sont vos tokenomics ? Est-ce qu’il y a des mécanismes de burn ou de buyback ?

Nous restons flexibles sur le buyback pour saisir les meilleures opportunités. Notre stratégie principale repose sur l'interchange rate, que nous récupérons intégralement car nous sommes membre direct de Visa.

Contrairement à d'autres acteurs comme Metamask ou Ledger qui passent par un intermédiaire (un "bin sponsor"), nous touchons directement ces commissions. Nous les redistribuons ensuite à nos utilisateurs sous forme de cashback.

Concrètement, quand vous payez à l'étranger avec votre carte Deblock, le commerçant paie une commission jusqu’à 1 % qui revient à la carte émettrice de la carte. En France, cette commission est plus faible (0,1 %), mais le principe est le même.

Au lieu de verser ce cashback de manière classique, nous le distribuons en tokens BLOCK. Puis, nous utilisons ces revenus pour racheter des tokens sur le marché et les détruire. C'est un cercle vertueux : plus nos clients utilisent leur carte, plus nous générons de commissions, et plus nous rachetons et brûlons de tokens.

Quel est votre objectif global avec ce token ? Ne craignez-vous pas d’abimer votre image si ce dernier s’écroule ?

Beaucoup d’entreprises émettent un token pour protéger leur trésorerie, mais nous on vient de lever 30 millions d’euros. On a trois ans de runway devant nous. nous n’avons aucune pression.

Nous voulions annoncer le projet après la levée, justement pour montrer que nous n’en avons pas besoin financièrement. C’est un programme de loyauté, comme American Express ou les Rewards de Revolut. La vraie question, c’était : est-ce qu’on le fait en points centralisés ou est-ce qu’on fait avec des points qui ont une liquidité sur un marché secondaire ? On a choisi la deuxième option.

Mais si les réactions sont trop négatives - et on en voit certaines qui disent “c’est dommage de gâcher une belle marque avec un token” - on arrêtera. Si la communauté n’en veut pas, on ne le fera pas. C’est vraiment pour eux.

Y a-t-il une allocation pour les investisseurs ou l’équipe ?

Pour la team, oui. Pour les investisseurs, non. Aucune allocation.

On a eu des VCs très excités par le token pendant la levée. La première question qu’ils ont posée, c’est : “Quelle part du token est réservée aux investisseurs ?” Et notre réponse a été : zéro. À la seconde où on a dit zéro, ils se sont retirés. Ce qui est parfait, parce qu’on ne voulions pas ce genre d’investisseurs.

Quelle sera la période de vesting de l’équipe ?

36 mois, c’est un peu la norme.

“La confiance ne se gagne pas avec des campagnes marketing ultra-ciblées, mais en occupant l'espace global, en devenant un nom familier”

Vous rappeliez votre enjeu marketing au début de notre échange. Votre stratégie a été assez agressive au début de l'année : affichage dans le métro parisien, pubs TV… Est-ce que ces investissements ont été rentables ?

Le marketing de notoriété n'est jamais rentable à court terme. Si vous mesurez le retour immédiat d'une campagne d'affichage ou d'un spot TV, vous serez forcément déçu : le coût d'acquisition est trop élevé et l'impact trop diffus. Ce n'est pas le but.

L'objectif, c'est de construire une marque. Dans la fintech et encore plus dans la crypto, la confiance est LE critère numéro un. Et cette confiance ne se gagne pas avec des campagnes ultra-ciblées, mais en occupant l'espace global, en devenant un nom familier.

Les effets mettent du temps à apparaître, parfois six, neuf ou douze mois plus tard, sous la forme de conversions plus naturelles, d'un bouche-à-oreille plus fort et d'un coût d'acquisition qui baisse mécaniquement.

C'est une logique que j'ai déjà observée dans le secteur du dating, qui est mon ancienne industrie (il a fondé l'application Once en 2015, rachetée en 2021 pour 18 millions de dollars, ndlr). À l'époque, Bumble investissait massivement en notoriété, pendant que d'autres ne faisaient que de la performance pure. Deux ans plus tard, ils ont coupé la communication… et se sont retrouvés avec 90 % d'inscriptions organiques. Ce genre d'effet différé existe vraiment.

Vous avez également été sponsor du talk-show télévisé Quotidien (TMC) en début d'année, ce qui a créé un malaise lorsque ses chroniqueurs ont ensuite attaqué fortement le secteur crypto. Quel regard portez-vous aujourd'hui ?

Avec du recul, c'était une erreur. On l'a fait de manière opportuniste : notre persona est jeune, urbain, 18-35 ans, donc Quotidien cochait les cases… mais en fait non. Au final, leur audience ne semble pas vraiment intéressée par la crypto et c'était par ailleurs une opération assez coûteuse.

Et il y a eu un autre élément, plus sociologique : comme on avait déjà sponsorisé des supports perçus comme orientés à droite, nous craignions d'être catalogués comme une « boîte de droite ». Donc on a voulu « équilibrer » avec un média classé à gauche. C’était un mauvais calcul a posteriori.

Vous êtes désormais 70 personnes dans l'équipe et vous visez la barre des 100. Pour une application lancée en 2022, ça peut paraître beaucoup. Pourquoi une telle taille ?

Les gens sous-estiment complètement ce que demande une fintech régulée en termes de ressources. Le premier bloc, c'est la compliance. Actuellement, nous sommes en plein contrôle avec le régulateur ACPR et celui-ci dure depuis trois mois. C'est classique : tous les établissements de monnaie électronique et tous les acteurs MiCA passent par là. Mais ça mobilise du monde, des équipes sur place, des réponses documentées… C'est un travail colossal.

Ensuite, il y a l'ingénierie. Quand vous décidez, comme nous, de tout construire en interne, vous avez besoin d'une équipe technique très large. On a une trentaine d'ingénieurs back-end, ce qui peut paraître énorme, mais c'est le prix de l'indépendance technologique et la promesse de meilleures marges à long terme.

À côté de ça, il faut des équipes pour gérer les cartes de paiement, les envois, etc. Et également une très grosse équipe de support client. Beaucoup pensent que le support, c'est trois personnes dans un coin avec un chatbot. En réalité, chez Deblock, on a 20 à 25 personnes à plein temps uniquement sur le support.

Vous communiquez sur 300 000 clients ayant renseigné leur KYC et 100 000 clients actifs mensuels (au moins deux transactions par mois). D'où vient l'essentiel de vos revenus : les achats/ventes de cryptos ou les abonnements premium ?

Majoritairement les abonnements (entre 10 et 14,99 euros par mois selon la durée d'engagement). Les transactions arrivent en deuxième.

Notre objectif, maintenant, c'est le changement d'échelle. Concrètement, on veut faire x10 : de 100 000 à 1 million d'actifs et de 300 000 à 3 millions de comptes vérifiés. La France reste le marché clé dans cette première phase.

“On a reçu énormément de sollicitations d'autres très grandes banques européennes”

Parmi vos investisseurs figure le fonds de capital-risque de la banque allemande Commerzbank. Est-ce que cela ouvre la porte, à terme, à un rachat par une banque ?

Notre ambition, c'est de devenir le plus gros acteur possible. Si un jour il doit y avoir une opération, je préfère que ce soit dans l'autre sens et que ce soit nous qui rachetions une banque.

Ce qui est certain, c'est que Commerzbank n'est pas la seule à s'intéresser à nous. On a reçu énormément de sollicitations d'autres très grandes banques européennes. Certains groupes ont carrément envoyé leurs équipes M&A dans nos bureaux pour comprendre ce qu'ils étaient en train de rater. Quand une banque commence à remarquer de plus en plus de volumes de paiement depuis un nouvel acteur dans ses systèmes, elle se pose naturellement des questions.

Les banques traditionnelles vont-elles privilégier des rachats d'acteurs comme Deblock, ou plutôt créer leurs propres offres from scratch ?

On l'a déjà vécu avec les néobanques “classiques”. Beaucoup de banques avaient choisi de lancer leurs propres spin-offs internes. Mais si on regarde les chiffres, ce n'était pas forcément le bon pari financièrement parlant. BforBank, par exemple, a probablement coûté plus cher au Crédit Agricole que ce qu'aurait pu représenter le rachat d'une néobanque comme Lydia. Néanmoins, certaines directions générales y tiennent.

Toutefois, je pense qu'on verra aussi une consolidation par le M&A, avec des banques qui rachèteront certains pure players. Et il faudra aussi compter avec les poids lourds américains ou étrangers qui auront besoin d'un accès régulé au marché européen.

“Il y a une vraie demande pour offrir des rendements fixes via la DeFi, on y travaille activement”

Vous offrez du rendement à vos clients via le protocole de finance décentralisée (DeFi) Morpho depuis juin. Quel bilan tirez-vous de ce service ?

Nous avons dépassé les 20 millions d'euros de dépôts. Le bilan est positif, mais on peut faire mieux. Ce qu'on remarque, c'est qu'il y a une vraie demande pour des rendements fixes : les gens veulent savoir combien ils vont gagner, alors que jusqu'à présent c'est variable (autour de 5,8 % annualisé sur des stablecoins selon la communication du site de Deblock, ndlr).

C'est quelque chose sur lequel on travaille activement. Il y a plusieurs pistes pour y arriver, notamment via des fonds monétaires tokenisés comme ceux de Spiko, qui offrent une excellente prévisibilité (ils sont adossés à des obligations souveraines, ndlr).

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Certains gestionnaires de vaults Morpho prennent des risques considérables pour maximiser le rendement, parfois au détriment de la sécurité des fonds. Comment sélectionnez-vous les vaults que vous proposez à vos clients ?

On travaille directement avec les équipes de Morpho et on ne prend aucun risque superflu. C'est simple : nous préférons offrir un rendement plus faible mais parfaitement sécurisé plutôt qu'un rendement très attractif mais risqué.

C'est pour cela que nous nous concentrons sur les vaults les plus « blue-chip », essentiellement ceux en stablecoins EURC et en USDC, qui s'appuient sur les gestionnaires les plus sérieux du marché, comme Gauntlet. Ils offrent des rendements mesurés, versés en tokens natifs, mais ils offrent surtout une sécurité maximale.

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Si malgré tout un incident survenait, comment seriez-vous en mesure de réagir ?

D'un point de vue légal, la responsabilité ne nous incombe pas. Le régulateur lui-même reconnaîtrait que les fonds sont en self-custody et que l'utilisateur a accepté les risques inhérents à la DeFi qui lui ont été présentés. Mais dans les faits, ce serait intenable. Nous serions obligés d'assumer une partie de la perte, voire la totalité, pour protéger les utilisateurs et préserver la marque. C'est la raison pour laquelle nous sommes ultra-conservateurs.

Pourriez-vous lancer un vault Morpho sur mesure réservé à vos clients ?

On y pense sérieusement, mais pour ça, il faut être en mesure de déployer pas mal de liquidités. Notre levée de fonds pourrait nous aider à y parvenir.

“Le non custodial n'est pas un argument en soi, c'est un moyen pour proposer de meilleurs services”

L'un de vos principaux arguments, c'est que vous offrez un wallet non custodial qui garantit à vos clients qu'ils sont les seuls à contrôler leurs fonds. Est-ce vraiment déterminant pour convaincre le grand public ?

Honnêtement, non. À part les connaisseurs, le grand public ne se préoccupe pas de tout ça. Ce qui l'intéresse, c'est beaucoup plus simple : pouvoir payer, gagner de l'argent et accéder à des liquidités. Toutes les fintechs du monde tournent autour de ces trois besoins.

Mais pour y parvenir plus efficacement que les autres, le non custodial n'est pas un argument en soi, c'est un moyen pour proposer de meilleurs services. Grâce à lui, on peut utiliser les rails crypto qui n'ont aucune limite.

Cela veut dire qu'il n'y a pas de gel des fonds pendant plusieurs jours si vous souhaitez faire une transaction vers un autre wallet. Personne pour vous demander s'il vous appartient ou pas. Vous voulez envoyer un million de stablecoins USDC à un proche au Pérou à deux heures du matin ? Sur Deblock, c'est possible de manière instantanée. Et ce n'est réalisable que parce que l'utilisateur possède réellement la clé d'accès à son wallet et la maîtrise totale de ses fonds.

Vous avez récemment eu un échange houleux avec un dirigeant de votre concurrent Trade Republic sur X (ex-Twitter). Qu’est-ce que vous leur reprochez dans la manière dont ils présentent leur nouveau “wallet crypto” ?

Le problème est simple : ils présentent leur produit comme un “vrai wallet crypto”, ce qui est factuellement faux. Un wallet crypto signifie une seule chose : self-custodial, c’est-à-dire un portefeuille dont vous contrôlez les clés. C’est ce que nous proposons avec Deblock. Chez eux, ce n’est pas le cas. Ils jouent volontairement sur l’ambiguïté entre “wallet custodial” et “wallet self-custodial”, et ça trompe le consommateur.

Ils affirment aussi être en “cold storage” sans avoir accès aux fonds. Là encore, sauf preuve du contraire, ce n’est pas vrai : un cold storage custodial reste custodial.

Vous êtes sévère. Il n’est pas scandaleux de parler de “wallet” à partir du moment où vous pouvez recevoir et envoyer des cryptos. C’est un terme générique assez large…

En réalité, très peu d’acteurs se présentent comme ayant un “wallet” lorsqu’ils n’offrent pas de solution en auto-conservation. Kraken, par exemple, ne dit jamais qu’ils proposent un wallet sur leur plateforme d’échange. Ils ont une application séparée, Kraken Wallet, qui pour le coup est un vrai wallet. Il faut être exigeant car ces termes ont une signification très précise dans l’industrie et pour les clients.

Vos intégrations DeFi sont aussi un marqueur de différenciation, mais à quel point est-ce pertinent pour le grand public ?

Tout le monde peut acheter de la crypto ou des actions sur une plateforme classique. Mais nous, on peut aller beaucoup plus loin, parce qu'on est directement connectés à la DeFi. Avec Morpho, on a commencé à proposer des rendements que la finance traditionnelle ne peut pas offrir. Demain, on compte ouvrir tout l'éventail des opportunités DeFi de manière accessible et intégrée.

Un emprunt réalisé via la DeFi illustre parfaitement les frictions que nous réglons. Dans la pratique, obtenir un prêt par ce biais est assez compliqué si on a une banque classique. Vous recevez de l'USDC, vous devez le convertir en euros et l'envoyer sur votre compte bancaire, justifier les flux à votre banquier, expliquer qu'un bitcoin que vous détenez a servi de collatéral sur un protocole blockchain pour ouvrir cette ligne de crédit…

Si on pouvait le faire sur Deblock, vous enverriez votre bitcoin sur le protocole de votre choix et vous obtiendriez des stablecoins convertibles en un clic sous forme d'euros sur votre compte courant dans l'application. Ça ne prendrait pas plus de quelques secondes pour récupérer son prêt et l'utiliser dans le monde réel.

Comment jugez-vous des concurrents comme EtherFi, qui se présentent comme des « néobanques DeFi » accompagnées d'une carte de paiement ?

Pour être honnête, on ne joue pas du tout dans la même catégorie. Ces acteurs-là sont « pur DeFi » et ne sont pas régulés. Ils n'ont pas accès aux rails fiat. Et pour le client, tant que vous n'avez pas d'accès complet aux réseaux de paiements traditionnels, vous ne pouvez pas être une vraie néobanque, même si vous avez de bons services crypto.

Alors, bien sûr, vous pouvez avoir une carte, oui, mais elle sera limitée dans les dépenses : 500 euros, 3 000 euros, et après ça bloque. Dès que vous commencez à utiliser ces alternatives comme compte principal, vous vous rendez compte que ce n'est pas suffisant.

Vous avez besoin d'un IBAN, d'un accès au réseau SEPA, d'une carte utilisable partout, sans plafond réduit au minimum. Et ça, seuls les acteurs régulés qui opèrent comme de vraies fintechs peuvent le proposer.

>> EtherFi : Quelle est la pertinence du business model de cette néobanque DeFi ?

Malgré leur développement très limité, pensez-vous que les stablecoins euro ont un avenir dans les paiements en Europe ?

Ils ont un avenir évident, mais il est encore bâti sur une base économique fragile. Les stablecoins dollarisés explosent parce que leur modèle est rentable. Aux États-Unis, les émetteurs peuvent placer les réserves en bons du Trésor et dégager des rendements confortables. En Europe, émettre un stablecoin impose une immobilisation de capital énorme. Cela réduit énormément la rentabilité de la réserve. Je pense néanmoins qu’on finira par y arriver car l’essor de cet instrument est trop important pour être ignoré.

Les cas d'usage sont évidents, comme les paiements intra-entreprises lorsqu'on doit gérer de nombreux flux sous différentes devises avec des filiales étrangères. Et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres, globalement tout le B2B pourrait profiter de leurs avantages. De nombreuses banques commencent également à comprendre que si elles convertissaient une partie de leur bilan sous cette forme, cela pourrait contribuer à réduire le niveau de fonds propres qu'elles doivent conserver.

Côté Deblock, on aimerait proposer plus de services DeFi adossés à des stablecoins euro, nos clients sont européens, ça tombe sous le sens. Mais pour l'instant on est très limités car leur liquidité est insuffisante… On est donc obligés de passer par le dollar, et ça c'est vraiment dommage.

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Grégory Raymond

Grégory Raymond est directeur de la recherche et co-fondateur de The Big Whale. Spécialiste de l'intersection entre finance traditionnelle et actifs numériques, il couvre depuis 2017 les enjeux réglementaires, institutionnels et technologiques du secteur pour une audience de décideurs (banques, asset managers, fintechs). Il est également l'auteur de "Bitcoin & Cryptos : L'enjeu du siècle" (Talent Éditions, 2025), un ouvrage structuré autour d'entretiens avec des figures clés de l'écosystème.

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