Mike Silagadze (EtherFi) : “Nous allons lancer un produit de rendement basé sur l'euro"

Mike Silagadze (EtherFi) : “Nous allons lancer un produit de rendement basé sur l'euro"
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Fort des 10 milliards de dollars déposés dans son application, le CEO d’EtherFi, Mike Silagadze, orchestre une mue stratégique vers des services de type bancaire. Carte de crédit non-custodiale, comptes de rendement et intégration imminente de l'euro.

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The Big Whale : L’année 2025 a été charnière pour EtherFi. Quel bilan tirez-vous de ces douze derniers mois ?

Mike Silagadze : C’est une année de transformation profonde. Nous l’avons commencée comme un protocole de staking lié à l'écosystème EigenLayer, porté par une dynamique de points et de récompenses. Nous la terminons avec une identité nouvelle : celle de la plus grande néobanque crypto du secteur. Nous sommes très satisfaits de cette trajectoire qui nous a permis de passer d'un service technique à une plateforme financière globale.

Pour ceux qui ne suivent pas quotidiennement l'évolution du protocole, comment définissez-vous aujourd'hui l'offre de services d'Ether.fi ?

Notre vision est de bâtir ce que nous appelons une "Crypto DeFi Bank". Pour l’utilisateur, l’expérience doit être aussi fluide que celle de Revolut (basée au Royaume-Uni), Nubank (Brésil) ou Chime (États-Unis), mais construite intégralement sur les rails de la finance décentralisée (DeFi).

Concrètement, nous proposons deux piliers. D'abord, des produits de placement : vous pouvez staker vos ETH, vos BTC, ou même vos dollars sous la forme de stablecoins via nos coffres (vaults) de stratégie. Sur les 14 derniers jours (l’entretien a été réalisé le 15 janvier, ndlr), nos rendements tournaient autour de 7 % sur l'USD et 5 % sur l'ETH. Ensuite, nous disposons d'une carte de crédit et d'un wallet non-custodial qui permettent de dépenser ses actifs ou d'emprunter contre eux à des taux compétitifs, actuellement autour de 4 %. L'avantage majeur reste le modèle non-custodial : moins de frais et plus de récompenses pour l’utilisateur final.

“Un tiers des nos revenus est généré par la carte de crédit”

Quels sont les chiffres clés qui soutiennent cette croissance ?

Aujourd'hui, notre volume de transactions annualisé approche le milliard de dollars, pour une valeur totale verrouillée (TVL) dans nos services située entre 9 et 10 milliards de dollars. En ce qui concerne l'adoption, nous comptons environ 60 000 cartes actives. Si ce chiffre peut paraître modeste au regard de la fintech traditionnelle, c’est une performance notable dans l'écosystème crypto. À titre de comparaison, un protocole majeur comme Hyperliquid compte environ 40 000 utilisateurs actifs.

D'où proviennent majoritairement vos revenus aujourd'hui ?

Le mix est de plus en plus diversifié. Environ 50 % de nos revenus proviennent encore de nos différents produits de staking. Un tiers est désormais généré par l'activité liée à la carte, principalement via les commissions d'interchange et les intérêts sur les emprunts. Le reste est porté par nos coffres de stratégie (vaults).

>> EtherFi : Quelle est la pertinence de son business model ?

Vous revendiquez être la première carte DeFi du marché. Qu'est-ce qui vous distingue réellement de la concurrence ?

Il existe d'autres cartes non-custodiales, mais nous sommes, je pense, les premiers à avoir intégré l'ensemble des services DeFi (dépenser, emprunter, faire fructifier) au sein d'une expérience qui ressemble réellement à une fintech traditionnelle. C'est cette intégration verticale qui fait notre force.

"Notre objectif est d'atteindre le million d'utilisateurs actifs”

Sur le plan juridique, quelle est la nationalité d'EtherFi ? Êtes-vous une entité américaine ?

EtherFi est avant tout un protocole, avec des smart contracts et un token de gouvernance. Sur le plan légal, nous sommes structurés via une fondation et une entreprise (EtherFi Labs, ndlr) aux Caïmans.

Quels sont vos objectifs prioritaires pour 2026 ?

L’enjeu est de sortir du cercle des "purs natifs" de la DeFi. Nous visons un public plus large : des utilisateurs qui s'intéressent à la crypto mais ne veulent pas en gérer la complexité technique au quotidien. Notre objectif est d'atteindre le million d'utilisateurs actifs. C'est une cible ambitieuse, mais cohérente avec notre rythme de croissance actuel.

La répartition géographique de vos utilisateurs est assez atypique. Où se situe votre base principale ?

C’est un point intéressant. Nous sommes très peu présents aux États-Unis, qui ne représentent que 10 à 15 % de nos utilisateurs. Le reste est mondial : Europe, Taiwan, Brésil, Hong Kong, Émirats Arabes Unis. Cette répartition est organique. Comme nous ne pouvons pas faire de marketing direct dans la plupart de ces pays pour des raisons réglementaires, nous opérons sur la base de la "sollicitation inversée". Les gens nous trouvent, testent le produit et en parlent autour d'eux.

L'année dernière, vous évoquiez dans une interview à The Big Whale l'Espagne comme un point de chute potentiel en Europe. Est-ce toujours d'actualité ?

Nous avons changé d'avis sur l'Espagne. Pour être honnête, il n’existe pas de pays "idéal" en Europe. Nous sommes toujours en phase d'évaluation pour choisir la juridiction où nous établirons notre structure réglementaire.

La France fait-elle partie de vos options ?

Ce n'est pas un mauvais choix, mais ce ne serait probablement pas notre premier choix. Nous cherchons un régulateur "crypto-friendly", des coûts juridiques maîtrisés et, surtout, un cadre qui permette un passeportage efficace vers le reste de l'Union européenne. Nous prendrons une décision définitive d'ici le quatrième trimestre 2026.

“L'EURC est actuellement le seul stablecoin euro qui possède une réelle échelle”

Vous prévoyez de lancer des produits spécifiques pour le marché européen. Quel est le calendrier ?

D'ici un mois, si tout va bien, nous allons lancer un produit de rendement basé sur l'euro. Cela inclut l'intégration du stablecoin EURC développé par Circle, un coffre de rendement (vault) en euro et la possibilité de dépenser ses euros via la carte sans frais de change.

Pourquoi avoir choisi l'EURC de Circle plutôt que d'autres solutions, comme celle de Société Générale-FORGE ?

L'EURC est actuellement le seul stablecoin euro qui possède une réelle échelle, avec une liquidité environ dix fois supérieure à ses concurrents. Il est logique de commencer par là, même si nous restons ouverts.

Sur le plan réglementaire, visez-vous un agrément d'établissement de monnaie électronique (EME) ?

C'est une option que nous étudions. Pour l'instant, nous opérons avec des partenaires licenciés et nous possédons une licence VASP aux Caïmans. Notre priorité absolue est de rester non-custodial. Cela nous permet de ne pas entrer dans la catégorie des banques traditionnelles, ce qui comporte des risques et des contraintes que nous souhaitons éviter. C'est aussi pour cette raison que nous ne tombons pas directement sous le coup de certaines obligations MiCA.

Le jeton ETHFI connaît une période difficile depuis son lancement en 2024. Comment comptez-vous redonner de la valeur aux détenteurs du token ?

Il est frustrant de constater que le marché est actuellement corrélé à 100 % avec l'ether (ETH). EtherFi est pourtant l'un des rares projets DeFi avec des fondamentaux solides et des revenus réels, mais le prix ne le reflète pas encore.

Nous avons un programme de rachat de jetons (buyback) assez agressif, de l'ordre de 200 000 dollars par jour. Si l'entreprise continue de croître et que nous atteignons des revenus de l'ordre de 300 ou 400 millions de dollars, nous pourrons augmenter ces rachats. À long terme, c’est la génération de flux de trésorerie (cash flow) qui fera la différence. Nous restons concentrés sur la construction du produit.

>> Enquête sur les systèmes de redistribution de revenus des protocoles DeFi

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Grégory Raymond

Grégory Raymond est directeur de la recherche et co-fondateur de The Big Whale. Spécialiste de l'intersection entre finance traditionnelle et actifs numériques, il couvre depuis 2017 les enjeux réglementaires, institutionnels et technologiques du secteur pour une audience de décideurs (banques, asset managers, fintechs). Il est également l'auteur de "Bitcoin & Cryptos : L'enjeu du siècle" (Talent Éditions, 2025), un ouvrage structuré autour d'entretiens avec des figures clés de l'écosystème.

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