Le secteur du minage de Bitcoin traverse une zone de fortes turbulences. Depuis plus d'un mois, la rentabilité est dans le rouge : les coûts de production dépassent désormais les revenus générés, plaçant les opérateurs sous une pression financière réelle.
Entre le récent repli des cours et la baisse des récompenses de blocs consécutive au dernier halving, de nombreux acteurs délaissent discrètement le minage pur. Ils réorientent une partie de leur puissance de calcul vers l'entraînement de modèles d'IA et le calcul haute performance (HPC).
Ce virage n'est pas une simple réaction épidermique, mais une tendance de fond qui s'est structurée depuis octobre 2025.
Pour couvrir leurs frais opérationnels et financer cette transition technologique, les mineurs ont cédé plus de 15 000 BTC au total sur cette période. Rien qu'au cours du mois dernier, ils ont déstocké environ 3 000 jetons, soit près de 27 % de leurs réserves cumulées.
À titre d'exemple, Core Scientific a vendu 1 900 BTC en janvier à un cours moyen d'environ 92 000 dollars, générant ainsi 175 millions de dollars de liquidités.
Bitdeer est allé plus loin en liquidant l'intégralité de sa position.
De son côté, Marathon Digital Holdings a laissé entendre qu'elle pourrait puiser dans sa trésorerie massive de 53 822 BTC, au-delà de sa production quotidienne, pour honorer sa dette ou soutenir son pivot stratégique.
Le pivot vers l'IA : une quête de stabilité
Cette bascule vers les infrastructures d'IA a véritablement pris de l'ampleur au troisième trimestre 2025, au moment même où le Bitcoin testait ses plus hauts historiques.
La logique économique est implacable : dans le minage, les marges sont devenues dérisoires. Même lorsque le Bitcoin a atteint les 126 000 dollars en octobre dernier, la marge brute moyenne du secteur plafonnait à 50 %, plusieurs entreprises basculant même en territoire négatif.
À l'opposé, le calcul haute performance offre des flux de trésorerie s'apparentant à une rente : moins exposés à la volatilité du prix du actif et bien plus prévisibles sur le plan opérationnel.
Le cas d'IREN est, à ce titre, emblématique. Sa marge brute s'est effondrée, passant de 95 % à 24 % en un seul trimestre à la mi-2025. Après avoir officiellement misé sur le HPC dès le mois de juin de la même année, ses marges se sont stabilisées autour de 65 %.
Les marchés ont d'abord salué massivement ces annonces : l'action IREN a bondi de 700 %, TeraWulf de 350 % et Core Scientific de 100 %. À l'inverse, les acteurs plus indécis, comme Marathon, ont vu leur capitalisation boursière sanctionnée en fin d'année 2025.
Cet enthousiasme s'est toutefois tempéré récemment. Des besoins en investissements (Capex) plus élevés que prévu, couplés à un recours important aux augmentations de capital et à la dilution actionnariale, ont entraîné des corrections significatives sur le cours de bourse de ces sociétés.
Cette mutation souligne l'imbrication croissante entre les infrastructures d'actifs numériques et les secteurs technologiques traditionnels, notamment autour des centres de données gourmands en énergie.
Les régulateurs surveillent déjà de près la consommation électrique et l'impact sur les réseaux ; les acteurs de la finance traditionnelle (TradFi) qui lorgnent ces infrastructures feront face aux mêmes défis en matière de permis, de conformité environnementale et d'allocation de capital.
Quel impact pour le marché du Bitcoin ?
À court terme, ces ventes massives exercent une pression baissière tangible sur le Bitcoin. Le cours est retombé à 63 000 dollars dans la seconde moitié de février sous l'effet de ces flux sortants, avant de se stabiliser autour de 70 000 dollars.
Si des acteurs comme Marathon venaient à puiser plus largement dans leur trésorerie pour financer leur déploiement dans l'IA, cette tendance pourrait se prolonger. De plus, une rentabilité durablement dégradée provoque mécaniquement une baisse du hashrate, ce qui fragilise temporairement la sécurité du réseau jusqu'à l'ajustement de la difficulté. Historiquement, cette phase d'épuration favorise les opérateurs les plus efficients.
Pourtant, à plus long terme, le tableau n'est pas si sombre. La plupart des mineurs ne délaissent pas le protocole par dépit, mais s'adaptent pour stabiliser leurs revenus en exploitant leurs contrats d'énergie et leurs installations existantes. Cette flexibilité pourrait même, à terme, favoriser la décentralisation : une baisse de la difficulté suite à la sortie de gros acteurs permet souvent le retour de participants plus petits ou plus agiles.
Enfin, des marges plus robustes devraient permettre à ces entreprises de générer un free cash-flow plus régulier. Pour la première fois, elles pourraient bâtir leurs réserves de bitcoins de manière organique, sans dépendre systématiquement de l'endettement ou de la dilution. Si ce modèle s'impose, il constituerait un moteur de croissance sain et constructif pour l'actif, même si le secteur doit encore digérer les contraintes logistiques et réglementaires liées à cette convergence industrielle.
>> Le minage de bitcoins : une industrie rentable pour quelques puissants







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