Simon Letort (Digital Asset) : “Ethereum a des années d'avance sur le retail, Canton sur l'institutionnel”

Simon Letort (Digital Asset) : “Ethereum a des années d'avance sur le retail, Canton sur l'institutionnel”
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Canton a réuni certains des plus grands cadors de la finance mondiale autour de son réseau. Simon Letort, en charge de la stratégie de Digital Asset (l’entreprise américaine qui développe le projet), détaille son plan.

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The Big Whale : Pour commencer, pourriez-vous nous rappeler comment est née l'aventure Digital Asset ? On parle d'une entreprise qui a déjà une décennie d'existence, ce qui est une éternité dans cet écosystème.

Simon Letort : Effectivement, Digital Asset existe depuis une dizaine d’années. Tout a commencé chez DRW (propriétaire de Cumberland, l'un des pionniers du market making crypto) où les fondateurs, Yuval Rooz et Eric Saraniecki, se sont rencontrés. Ils ont réalisé très tôt qu’il n’existait aucun “backbone”, aucune infrastructure de marché adaptée au traitement institutionnel des transactions sur blockchain.

Nous avons commencé par construire les fondations pour des clients comme Goldman Sachs, HSBC ou BNP Paribas. Au départ, l’idée était simple : la tokenisation d’actifs pour des cas d’usage spécifiques à chaque banque. Puis nous avons glissé vers le repo (pension livrée) et le refinancement interbancaire. Mais il faut être honnête : pendant longtemps, c'est resté poussif. Chaque banque avait son propre “Canton”, son propre jardin fermé. Les réseaux n'étaient pas connectés.

Pouvez-vous nous donner un ordre de grandeur sur l’activité actuelle. Volumes, transactions ?

Le plus gros cas d’usage aujourd’hui, c’est du repo interbancaire opéré par Broadridge : autour de 400 milliards de dollars de nominal par jour, pour 8 000 à 10 000 transactions quotidiennes. Pour une blockchain, c’est énorme. Pour la finance mondiale, c’est encore petit : Tradeweb, par exemple, traite environ 2,5 trillions par jour (au global).

Notre objectif de succès, ce n’est pas de rester à quelques centaines de milliards : c’est d’aller vers des trillions par jour, parce que le potentiel de migration est massif.

>> L’analyse de la blockchain Canton Network

Qu'est-ce qui a provoqué le déclic pour créer ce que l'on appelle aujourd'hui le Canton Network ?

C'est venu des utilisateurs eux-mêmes. Un client nous a dit : “J’aimerais pouvoir émettre un bond sur la plateforme de Goldman Sachs et le refinancer immédiatement sur celle de Broadridge pour faire du repo.” C’est là qu’est né le Canton Network.

Contrairement à beaucoup de projets qui rédigent un white paper, lèvent des fonds, puis cherchent des clients, nous avons fait l'inverse. Nous avons d'abord créé les “Layers 2” (les applications bancaires), nous nous sommes assurés qu'ils avaient une utilité réelle, et seulement ensuite, nous avons lancé le “Layer 1” pour les connecter entre eux, avant de lister le coin.

Vous appelez ça un “réseau”, mais on a plutôt l’impression que c’est davantage un assemblage de smart contracts, qui crée des sous-domaines. C’est juste ?

On dit “réseau” parce que c’est plus simple à comprendre, mais dans les faits, un réseau se matérialise via des smart contracts et des règles d’accès.

Tous les nœuds qui ont déployé le smart contract d’un actif donné forment un sous-domaine. Par exemple, tous ceux qui interagissent avec l’actif de Circle forment un sous-réseau autour de Circle. Et ensuite, ces sous-domaines peuvent communiquer quand les standards sont respectés.

L’analogie, c’est Internet : on a l’impression que tout est “un seul réseau”, mais on n’a pas l’intégralité d’Internet sur son disque dur. On accède à des parties selon tes usages. Canton suit une logique comparable : la donnée est chez les participants concernés, pas répliquée globalement.

“La valeur de ces systèmes réside dans le remplacement du back-office”

Vous étiez à la Société Générale pendant 20 ans, vous avez siégé au board de R3, du nom du consortium de banques chargé d’exploiter les possibilités offertes par la blockchain. Quel regard portez-vous sur ces projets historiques comme Corda qui, aujourd'hui, semblent marquer le pas ?

La valeur de ces systèmes réside dans le remplacement du back-office. Ce n'est pas glamour. C’est de l’optimisation de coûts. Or, depuis 2008, les banques sont en réduction de coûts permanente. Pour qu'une transformation de cette ampleur réussisse, il faut décommissionner l'ancien système.

Le problème, c'est que si vous gardez vos rails Swift tout en ajoutant des rails blockchain (qu'il s'agisse de Corda, Canton, Polygon ou ce que vous voulez), vos coûts augmentent. Le CEO finit par dire : “On m'avait promis des économies, et ça me coûte plus cher.” C'est la même difficulté que pour la migration vers le cloud. La vision de Corda était correcte, mais c'est le “go-to-market” qui a péché.

Quelle est la différence fondamentale avec votre approche actuelle ?

L’incitation. Ce que Bitcoin et Ethereum ont prouvé, c’est la puissance du modèle d’incitation par le token. Pendant des années, on a dit : “La blockchain c’est génial, la crypto c’est mal.” C’est une erreur.

En lançant le Canton Coin il y a deux ans, nous avons combiné une technologie de grade institutionnel (vie privée, contrôle) avec des tokenomics. Aujourd'hui, des acteurs comme Citadel ou des hedge funds rejoignent le réseau, non pas seulement pour l'optimisation du back-office, mais parce qu’il y a un upside financier sur le coin. Le token est le lubrifiant de l'adoption.

On voit quand même émerger des réseaux concurrents : Kinexys (JP Morgan), Partior, et SWIFT qui s’active. Vous allez tous vous connecter, ou nous nous dirigeons vers une guerre de standards ?

Sur JP Morgan, il y a eu un changement majeur : historiquement, ils étaient très concentrés sur Quorum. Puis ils ont élargi : ils ont émis un token de type Deposit Token sur Base récemment, et ils ont annoncé que Canton serait une autre chaîne supportée. C’est un shift important.

Partior est un consortium où JP Morgan joue un rôle. Est-ce que ce shift se répercute ? Je ne peux pas le dire, je ne connais pas exactement leur stack.

Sur SWIFT, ce n’est pas un développeur de blockchain à proprement parler : ils vont probablement choisir des technologies. Ils ont un potentiel énorme (onboarding massif, gestion des clés, etc.), mais ils ont aussi un dilemme stratégique : la blockchain menace leur business model. Donc ils sont partagés entre accélérer et temporiser.

DTCC, c’est pareil : une base de données centrale menacée par la tokenisation. Leur mouvement, c’est de finir par adopter la vague plutôt que la subir. Ils sont maintenant impliqués sur Canton, ce qui est un signal fort.

“C'est l'image de la boîte de nuit : pour qu'elle fonctionne, il faut des gens branchés à l'intérieur et un cordon de velours à l'entrée”

Quand on regarde vos partenaires, on a l'impression que tout le gotha de la finance mondiale est là. Comment expliquez-vous cette force d'attraction ?

C'est l'image de la boîte de nuit : pour qu'elle fonctionne, il faut des gens branchés à l'intérieur et un “Velvet Rope” (le cordon de velours, ndlr) à l'entrée. On a convaincu les gros acteurs dans le bon ordre : d'abord les banques, puis les asset managers et les market makers crypto. Cela attire naturellement les Prime Brokers.

Aujourd'hui, nous intégrons les grands dépositaires (custodians). BNY Mellon vient de nous rejoindre, Taurus est live, et un autre acteur particulièrement important arrivera sur Canton au deuxième trimestre 2026.

Une fois que les custodians seront pleinement live, on pourra débloquer les asset managers traditionnels, puis derrière, les fonds de pension — là où se trouve la masse de capitaux. Et comme ces institutions passent par leurs custodians, la stratégie n’est pas d’aller convaincre chacun individuellement : c’est de faire monter l’infrastructure “en amont”.

Si vous deviez convaincre un Head of Digital Assets d’un groupe TradFi qui hésite encore, quel serait l'argument massue ?

Souvent, le meilleur vendeur, ce n’est même pas moi. Ce sont des plateformes comme Tradeweb, que ces entreprises utilisent déjà au quotidien, et qui sont déjà membres de Canton.

L’argument clé, c’est le settlement : pouvoir faire du delivery-versus-payment beaucoup plus rapide, y compris en dehors des cut-offs traditionnels. Aujourd’hui, on peut trader “hors horaires” dans certains cas, mais le cash bouge souvent avec 24 à 30 heures de délai. Là, on peut avoir un règlement en quelques minutes, contre l’actif acheté.

Et surtout, la vraie différence, ce n’est pas juste “aller plus vite”. C’est l’optimisation de trésorerie quand on fait des opérations multi-jambes : spreads, arbitrages, trades croisés entre marchés et devises.

Si tu paies en dollars et reçois du yen, le décalage de trésorerie te coûte. Si tu peux synchroniser les deux pattes — même à une heure précise — tu réduis un coût de funding réel. Le game changer, c’est l’optimisation du cash et du collateral.

Sur Canton, chaque institution gère son nœud et ses règles. Donnez-moi un exemple concret de règle paramétrable.

Tout se passe au niveau des smart contracts, et plus précisément au niveau des actifs émis.

Exemple simple : waitlisting vs blacklisting. Sur certains actifs (un bond, par exemple), on peut exiger que chaque détenteur soit explicitement autorisé : c’est un modèle de type waitlist, avec KYC/validation préalable. À l’inverse, un stablecoin fonctionne souvent en modèle “blacklist” : on peut recevoir et transférer par défaut, mais l’émetteur doit pouvoir blacklister certaines adresses si nécessaire.

Autre dimension : qui voit quoi. Le Canton Coin est public : tout le monde voit les transactions. Mais un stablecoin émis sur Canton peut être configuré pour que les transactions ne soient visibles que par l’acheteur, le vendeur et l’émetteur — pas par l’ensemble du réseau. C’est une confidentialité codée dans le smart contract : contrairement à une blockchain publique où la donnée est répliquée partout, ici la donnée est segmentée.

On peut aussi imaginer des nœuds “observer” : un régulateur pourrait recevoir certaines informations, mais seulement si l’émetteur le permet au niveau du smart contract (et typiquement parce qu’il y est obligé dans un cadre de reporting).

“Lorsque Circle émet de l’USDC sur Canton, seules les parties prenantes voient le flux”

L’un des grands débats de la finance on-chain est la confidentialité et Canton en fait un argument de poids pour séduire les institutionnels. La plupart des projets misent sur les Zero-Knowledge Proofs (ZKP). Pas vous. Pourquoi ce choix ?

C’est un point fondamental. Shaul Kfir, notre CTO et cofondateur, est l’un des chercheurs qui a écrit la librairie ZK-SNARKs (formes de Zero-Knowledge Proofs utilisées par les blockchains) il y a dix ans. Il connaît le sujet par cœur. Son constat est pragmatique : pour les volumes de la finance institutionnelle (des dizaines de milliards par jour), le Zero-Knowledge n’est pas encore “production grade”. C'est trop complexe et cela peut créer des situations ingérables pour un responsable des risques.

Comment garantissez-vous alors le secret des transactions ?

Par la segmentation de la donnée. Sur Ethereum, chaque nœud stocke l’intégralité de la blockchain. Sur Canton, personne n’a tout sur son disque dur. Les transactions ne sont visibles que par l’acheteur, le vendeur et, éventuellement, l’émetteur. Si Circle émet de l’USDC sur Canton, seules les parties prenantes voient le flux. C’est du peer-to-peer. On n’a donc pas besoin de la complexité des ZKP car la donnée n'est tout simplement pas répliquée partout.

Cela ne risque-t-il pas de créer des “jardins privés” incapables de communiquer entre eux ?

C’est tout l’enjeu du protocole. Nous fonctionnons comme un système d’exploitation commun — disons Linux — installé sur tous les serveurs. Pour assurer l’interopérabilité, nous avons créé un standard (le CIP-56, l'équivalent de l'ERC-20). Si vous respectez ce standard, l'intégration prend cinq minutes. Le réseau est une collection de smart contracts qui communiquent via un “Global Synchronizer”.

Justement, parlons de ce Global Synchronizer. N'est-ce pas une boîte noire difficile à auditer pour le département conformité d’un groupe institutionnel ?

L’analogie la plus juste est celle d’un fournisseur d’accès Internet. Dans une banque, on audite certains fournisseurs critiques, on ne fait pas l’audit de tous les opérateurs mondiaux. Ce qui compte, c’est la confiance dans un sous-ensemble d’opérateurs et le contrôle du risque fournisseur.

Ici, le Global Synchronizer est composé d’une trentaine de “super-validateurs”. Pour qu’une transaction soit validée, il faut que les deux tiers d’entre eux confirment la réception.

La force de Canton, c’est que ces validateurs sont des entités régulées : Euroclear (qui préside la Canton Foundation), DTCC, Circle, Cumberland, etc. Pour une banque européenne, le risque systémique est déjà accepté : si Euroclear ou la DTCC tombent, le système financier mondial a de toute façon un problème bien plus grave que le réseau Canton.

“Pour qu’un régulateur voie une transaction, il faut que l’émetteur du smart contract (la banque) l'ajoute comme “observateur”

Est-ce qu’un régulateur, comme la SEC, peut observer tout ce qui se passe sur le réseau même sur des transactions qui ne concernent pas les États-Unis ?

C'est techniquement impossible. Chez Digital Asset, nous ne sommes que le fournisseur de technologie. Pour qu’un régulateur voie une transaction, il faut que l’émetteur du smart contract (la banque) l'ajoute comme “observateur”. Si la Société Générale émet un bond régulé par la SEC, elle peut donner l'accès à la SEC sur ce contrat précis. Mais personne, pas même Digital Asset, n'a de “pass universel” pour voir l'ensemble des flux.

Dans un contexte géopolitique tendu, est-ce que le gouvernement américain pourrait “couper” l’accès à Canton à des banques européennes ?

Il n’y a pas d’opérateur central. Il y a des super-validateurs dans plusieurs juridictions. Ce n’est pas parce qu’un régulateur américain dit quelque chose qu’une entité japonaise ou européenne va changer sa posture.

Ce qui pourrait se passer, c’est qu’une partie des entités sous influence américaine devrait se conformer et pourrait refuser certains flux. Mais ça ne fera pas tomber le réseau : il faut deux tiers des super-validateurs. L’analogie, c’est le mining de Bitcoin Chine : quand la Chine a “coupé”, Bitcoin a continué. Par contre, certains acteurs localisés ont été impactés.

Donc le risque existe à la marge sur certains participants, mais ce n’est pas une coupure centralisée.

Venons-en au token. Il est listé sur des plateformes d’échange crypto, ce qui a surpris pour un projet si institutionnel. Pourquoi ce listing ?

C’était nécessaire pour donner une valeur de marché au jeton. Mais attention, nous avons “institutionnalisé” les tokenomics.

On a introduit un mécanisme de frais exprimés en dollars, avec règlement en Canton Coin, mais avec une option de paiement indirect pour les institutions qui ne souhaitent pas détenir des crypto-actifs.

Concrètement, le coût de traitement d’une transaction est défini en dollar américain, en fonction de la taille du paquet (kilobytes). En prenant l’exemple d’un smart contract qui coûterait autour d’un dollar, une banque peut estimer : “si je fais 100 000 transactions par mois, ça me coûtera environ 100 000 dollars”. Cela donne une visibilité budgétaire totale.

Les banques ont des contraintes réglementaires (Bâle III) qui pénalisent la détention de cryptos dans leur bilan. Comment contournez-vous cet obstacle ?

Nous avons prévu une option “sans jetons”. Une banque peut payer un fournisseur de service (un super-validateur) en monnaie traditionnelle (euro, dollar, etc.) pour acheter de la bande passante. C'est ce fournisseur qui se chargera d’utiliser les jetons nécessaires pour traiter les transactions. La banque n'aura donc jamais de crypto-actifs à son bilan si elle ne le souhaite pas.

Comment les tokenomics du Canton Coin sont-elles designées ?

Sur Canton, la rémunération n’est pas seulement orientée vers ceux qui opèrent l’infrastructure. Une grande partie de la valeur est dirigée vers ceux qui construisent des applications. C’est une logique proche d’un “app store” : plus ton app est utilisée, plus elle est rémunérée. C’est une différence fondamentale par rapport à Bitcoin où l’essentiel des revenus va aux mineurs, ou à Ethereum où les frais de gaz ne vont pas naturellement aux applications.

Qu'est-ce qui va donner de la valeur au token à long terme ?

Il y a deux grands mécanismes.

Le premier, c’est la courbe de mint : elle est déterministe, avec des réductions de rythme façon “halving” au fil du temps (et une durée qui s’allonge). En revanche, il n’y a pas un supply cap strict : c’est un modèle où l’émission tend asymptotiquement vers une faible inflation.

Le second, c’est le burn lié à l’usage. Comme les frais sont exprimés en dollars, plus le réseau traite de transactions, plus il y a de burn. Et si le burn dépasse le mint, alors l’offre entre dans une dynamique déflationniste.

Après, il faut être honnête : le prix est aussi drivé par des flux spéculatifs court terme, comme partout. Et un point particulier : les tokens ne sont pas “faciles” à obtenir autrement qu’en participant au réseau (via des apps, des volumes, des engagements).

“Il y aura des ponts entre Canton et Ethereum”

Ethereum s'impose comme la couche de règlement de la DeFi. Canton peut-il vraiment rivaliser ?

Ethereum a des années d'avance sur le retail, Canton a des années d'avance sur l'institutionnel. Je ne vois pas Ethereum comme un concurrent, mais plutôt le “statu quo”. 99 % des flux financiers ne sont pas encore on-chain. Notre job, c’est de faire passer ce chiffre à 5, 10 puis 20 %.

Il y aura des ponts entre Canton et Ethereum, comme il y en a entre Solana et Ethereum. Mais pour la finance lourde, qui nécessite de la confidentialité et du traitement parallèle (ne pas être bloqué par un succès de NFT qui congestionne le réseau), Canton est mieux outillé.

Les blockchains publiques sont-elles condamnées à rester “retail” faute de confidentialité et de parallélisation ?

C’est difficile d’être catégorique, mais pour l’institutionnel, la transparence totale est un frein. Et la full replication rend certaines optimisations (notamment de parallélisation) plus difficiles. Canton fonctionne davantage comme du peer-to-peer segmenté : si deux clusters d’acteurs interagissent, ils ne mobilisent pas tout le réseau.

Encore une fois, notre intérêt, c’est que la blockchain réussisse globalement. Mais l’institutionnel a besoin d’un outil différent : la finance institutionnelle n’est pas conçue pour être “censorship resistant” au sens Bitcoin. Elle est conçue pour être conforme, auditable, contrôlable — et pour protéger l’information.

Sur Canton, est-ce qu’on aura une “monnaie de règlement” dominante ? Stablecoins, dépôts tokenisés, CBDC wholesale… comment ça se structure ?

Notre stratégie, c’est d’avoir les acteurs majeurs. On a déjà Circle avec USDC, qui est un leader stablecoin. On a également des dépôts tokenisés, comme ceux de grandes banques. Et tu as aussi des acteurs européens qui sont des références crédibles sur l’euro.

Le point crucial, c’est que les gens ont besoin d’un dénominateur commun : une forme de cash on-chain, stable, pour régler les transactions d’actifs.

Ensuite on a un sujet de conversion et de netting : si un participant reçoit du cash sous forme de tokenized deposit bancaire, et l’autre sous forme de stablecoin, comment tu gère-t-on le clearing entre ces formes de cash ?

On travaille sur des briques de clearing stablecoin, mais au niveau plus systémique, il y a un modèle qui prend forme : des dépôts tokenisés dans les banques commerciales, et un mécanisme de conversion/clearing au niveau banque centrale — une logique de CBDC wholesale ou de registre de liabilities régulé. On a déjà travaillé sur des projets type Regulated Liability Network (UK/US). La Banque de France s’y intéresse aussi. Ça prendra du temps, mais c’est une trajectoire cohérente.

Et il y a un point important côté banques : le stablecoin représente un risque de “deposit flight”. Pour se défendre, elles ont intérêt à proposer leurs propres dépôts tokenisés, pour rester dans le jeu du cash on-chain.

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People in the article
Grégory Raymond

Grégory Raymond est directeur de la recherche et co-fondateur de The Big Whale. Spécialiste de l'intersection entre finance traditionnelle et actifs numériques, il couvre depuis 2017 les enjeux réglementaires, institutionnels et technologiques du secteur pour une audience de décideurs (banques, asset managers, fintechs). Il est également l'auteur de "Bitcoin & Cryptos : L'enjeu du siècle" (Talent Éditions, 2025), un ouvrage structuré autour d'entretiens avec des figures clés de l'écosystème.

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Lorris Beziers

Lorris Beziers est Digital Assets Research Analyst chez The Big Whale, un média crypto basé à Paris, poste qu’il occupe depuis janvier 2024. Ses travaux publiés couvrent plusieurs sujets liés aux actifs numériques, notamment les marchés de prêt DeFi, l’architecture des blockchains layer 2, les mécanismes de MEV, les plateformes de dérivés on-chain et les infrastructures blockchain institutionnelles. En parallèle, il est Associate chez White Loop Capital, une société française d’investissement privé spécialisée dans les crypto-actifs, depuis octobre 2024.

Avant de rejoindre The Big Whale, Beziers a travaillé comme DeFi Analyst chez Mon Livret C de juin à août 2023, où il a analysé des projets Web3 couvrant les blockchains, les stablecoins et les protocoles, évalué des opportunités de rendement sur des protocoles de finance décentralisée et conçu un cadre d’évaluation des risques pour les blockchains layer 2. Il est diplômé de NEOMA Business School et a effectué une classe préparatoire ECS au Lycée Masséna. Il détient des certifications d’IBM et de Bocconi, avec des compétences en Web3, finance et data.

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