Commençons par un bref retour en arrière. Comment est né Stokr, et où en êtes-vous aujourd'hui ?
STOKR a été fondé en 2018 au Luxembourg. À l'origine, nous nous concentrions sur le financement des PME via l'émission de titres numériques. Avec le temps, notre product-market fit s'est déplacé vers l'écosystème Bitcoin.
Ce virage doit beaucoup au succès des Blockstream Mining Notes (BMN) en 2021. Le BMN est un produit de hashrate titrisé que nous avons lancé avec Adam Back et Samson Mow chez Blockstream, l'un des tout premiers actifs du monde réel véritablement tokenisés. Il a assis notre crédibilité et attiré des investisseurs Bitcoin-natifs, des family offices et des particuliers fortunés.
Vous êtes réputés pour votre proximité avec l'écosystème Bitcoin et avec Tether. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces liens ?
Nous entretenons des relations étroites et de longue date au sein de l'écosystème Bitcoin, notamment avec Bitfinex et Tether. Notre dernier tour de table, bouclé en septembre 2024, a été mené par Fulgur Ventures, un fonds dont la philosophie est très alignée avec celle de Bitcoin.
Notre thèse est simple : Bitcoin fonctionne à la fois comme réserve de valeur et comme couche de règlement haute performance. Cette combinaison est sans précédent. Nous considérons Bitcoin comme l'infrastructure fondamentale pour des marchés de capitaux numériques de qualité institutionnelle, et c'est précisément ce que nous construisons.
Vous opérez depuis le Luxembourg, place forte de la gestion d'actifs. Quel est votre statut réglementaire auprès de l'autorité locale ?
STOKR est enregistré auprès de la CSSF en tant que prestataire de services sur actifs virtuels (VASP) depuis 2022, ce qui fait de nous l'une des premières plateformes de titres numériques enregistrées dans l'UE.
Nous avons déposé une demande de licence de prestataire de services sur crypto-actifs (CASP) au titre de MiCA, couvrant la conservation et le transfert de crypto-actifs. La procédure est en cours auprès de la CSSF. L'ensemble des véhicules d'émission pour les titres tokenisés sur STOKR sont domiciliés au Luxembourg.
Avez-vous besoin du régime pilote DLT de l'UE pour vos activités ?
Le régime pilote DLT est conçu pour les plateformes de négociation exploitant des infrastructures de marché fondées sur la DLT. STOKR n'est pas une plateforme de négociation : nous sommes une plateforme d'émission et de gestion de titres numériques. Nos activités sont couvertes par les autorisations réglementaires que nous détenons déjà.
Cela dit, le régime pilote DLT crée des infrastructures intéressantes côté marché secondaire. Nous sommes d'ores et déjà intégrés à des plateformes de négociation régulées hors de l'UE pour le trading secondaire de nos titres numériques, et nous explorons activement des partenariats avec des entités du régime pilote DLT au sein de l'UE. Ces plateformes complètent nos capacités d'émission primaire et offrent des canaux de liquidité supplémentaires à nos utilisateurs.
Quels actifs numériques vos clients utilisent-ils principalement pour investir sur la plateforme ?
Essentiellement des stablecoins et du Bitcoin.
Liquid semble être votre infrastructure de prédilection, mais Bitcoin reste relativement isolé du reste de l'écosystème DeFi, dominé par l'EVM. Comment gérez-vous cette fragmentation ?
De notre côté, nous avons démontré des résultats solides en émettant des titres numériques exclusivement sur une sidechain Bitcoin : 1,9 milliard de dollars d'émissions cumulées, 1,33 milliard de dollars de valeur distribuée en circulation, le tout sur le Liquid Network. C'est un track record, pas une expérimentation.
Notre priorité actuelle porte sur la liquidité croisée. Notre stratégie repose sur l'intégration avec des plateformes d'échange centralisées détentrices de licences sur titres financiers, permettant à nos instruments émis numériquement d'être négociés sur des venues régulées. En parallèle, nous travaillons avec des infrastructures institutionnelles de conservation et de coffre-fort numérique pour garantir que nos actifs puissent être détenus, nantis et mobilisés dans les workflows qu'utilisent déjà les allocataires institutionnels. L'objectif est d'aller à la rencontre du marché là où il opère, tout en restant ancré à la couche de règlement offrant la liquidité la plus profonde et la dynamique institutionnelle la plus forte.
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L'un de vos produits phares est le BMN. Pour un investisseur traditionnel, de quoi s'agit-il exactement ? Un panier d'actifs, ou une exposition directe ?
Le BMN est une note structurée offrant une exposition directe au hashrate de minage Bitcoin. Pour entrer un peu dans la technique : le sous-jacent est un contrat de hashrate, par lequel un opérateur minier s'engage à fournir une allocation fixe de puissance de calcul (mesurée en pétahash par seconde) sur une durée déterminée, généralement quatre ans.
À maturité, l'investisseur reçoit l'intégralité des bitcoins minés par ce hashrate alloué. Certes, à mesure que la difficulté du réseau augmente sur la période du contrat, la production de bitcoins par pétahash tend à diminuer, mais le profil de rendement reste attrayant sur une base ajustée du risque. Sur le BMN1, les investisseurs ont réalisé un rendement de 103 % en dollars, et un alpha Bitcoin de 32 % par rapport à une simple stratégie buy-and-hold. Cette surperformance (générer davantage de BTC qu'un achat direct n'en aurait produit) est ce qui suscite l'intérêt institutionnel pour le produit.
On observe de nombreux mineurs pivoter vers l'IA et le calcul haute performance. Constatez-vous un changement dans la demande de produits liés au hashrate ?
Oui, le virage est réel et nous le constatons directement. Le cours du Bitcoin est resté dans une fourchette relativement étroite, et le hashrate du réseau ainsi que le hashprice traversent une phase volatile. Cette combinaison comprime les marges des mineurs et les contraint à des arbitrages stratégiques.
Nous observons deux mouvements nets. D'abord, les mineurs diversifient leurs infrastructures vers des centres de données dédiés à l'IA et au calcul haute performance. Ensuite, et c'est sans doute plus déterminant pour l'économie du minage,; les mineurs poursuivent une intégration verticale avec les infrastructures énergétiques. L'énergie représente le premier poste de charges opérationnelles dans le minage, et sécuriser des coûts d'électricité prévisibles sur le long terme, via une production en propre ou en co-localisation, modifie fondamentalement le profil de risque de la production de hashrate.
Ces deux tendances ouvrent de nouvelles opportunités de structuration. Le BMN2 reste notre produit phare, avec 1,12 milliard de dollars d'encours sous gestion et un classement au quatrième rang mondial des investissements émis numériquement. Mais nous lancerons prochainement sur STOKR des déclinaisons supplémentaires de produits adossés au hashrate, conçues pour refléter ces nouveaux modèles d'infrastructure et offrir aux investisseurs institutionnels des expositions plus ciblées sur l'ensemble de la chaîne de valeur du minage.
Quels chiffres résument l'activité de Stokr aujourd'hui ? Quelle est votre empreinte réelle dans le domaine des RWA ?
En avril 2026, STOKR a traité 1,9 milliard de dollars d'émissions cumulées de titres numériques à travers 17 opérations finalisées. Notre valeur distribuée en circulation, telle que suivie par RWA.xyz, s'élève à 1,33 milliard de dollars, avec un volume de transferts mensuel supérieur à 506 millions de dollars. Le BMN2 seul représente 1,12 milliard de dollars d'encours.
Au-delà du minage, notre plateforme héberge des fonds de dette privée, des produits de prêt collatéralisés en Bitcoin et le Goldstream Fund, qui offre une exposition au XAUT de Tether (or émis numériquement) et génère du rendement via un arbitrage entre les taux de prêt sur l'or et l'emprunt collatéralisé en Bitcoin. À ce jour, nous avons facilité plus de 283 millions de dollars de flux de paiements reversés aux investisseurs.
Quel profil d'investisseur ciblez-vous, et quelle est votre couverture géographique ?
STOKR s'adresse exclusivement aux investisseurs professionnels et institutionnels, avec un ticket minimum standard de 100 000 dollars. Via certains dispositifs de courtage, des seuils inférieurs sont accessibles, mais notre base principale se compose d'allocataires institutionnels, de family offices et de particuliers fortunés. Géographiquement, nous acceptons les investisseurs qualifiés de plus de 130 juridictions. Nous ne servons pas le marché américain à ce stade.
Vous avez mentionné Morpho. Pourquoi vous intéresser à ce protocole DeFi français en particulier ?
Morpho est un excellent exemple de DeFi de qualité institutionnelle bien exécutée sur EVM. Notre raisonnement est simple : si vous disposez d'un actif tokenisé offrant un rendement de 11 % sur une base ajustée du risque, tout le monde souhaite l'utiliser comme collatéral pour du prêt-emprunt. La difficulté, c'est de trouver la bonne approche. STOKR est un pionnier dans l'espace des titres numériques régulés, avec huit ans d'historique opérationnel. Morpho s'est imposé comme un protocole de référence pour le prêt-emprunt institutionnel on-chain.
Nous suivons de près la manière dont des acteurs institutionnels comme Bitwise et Apollo utilisent l'infrastructure de Morpho, et cela confirme l'orientation du marché.
Cela dit, le marché du prêt institutionnel on-chain adossé à des actifs émis numériquement en est encore à ses débuts. Nous anticipons l'émergence de collaborations stratégiques majeures dans cet espace à court terme, et STOKR est bien positionné dans cette évolution. D'autres annonces suivront prochainement.
Quelles sont vos grandes priorités pour 2026 ?
Trois axes. D'abord, le passage à l'échelle de notre offre de fonds, en particulier les fonds monétaires. Nous observons une demande significative de la part de certains des plus grands noms de l'écosystème européen de la gestion d'actifs.
Deuxième axe, un développement récent et très encourageant : la CSSF autorise désormais les fonds UCITS à détenir des stablecoins en tant qu'actifs accessoires. Cette décision va accélérer l'adoption du règlement en stablecoins dans la gestion d'actifs européenne. En tant que plateforme enregistrée auprès de la CSSF et au cœur de l'écosystème luxembourgeois des titres numériques, STOKR se positionne comme le partenaire d'infrastructure pour faciliter cette transition.
Troisième axe, l'obtention de notre licence CASP au titre de MiCA et le renforcement continu de notre assise réglementaire. Pour les allocataires institutionnels, la crédibilité réglementaire n'est pas un facteur de différenciation : c'est un prérequis. Nous comptons continuer à relever cette exigence.
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