Crypto : ce qui manque pour que les institutionnels s'y mettent vraiment

15.02.2024
Crypto : ce qui manque pour que les institutionnels s'y mettent vraiment
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Si l'arrivée des ETF Bitcoin Spot aux États-Unis a clairement accéléré les choses, les banques et les fonds d'investissement ont encore besoin de produits financiers structurés et de confidentialité pour vraiment se plonger dans les cryptomonnaies.

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Un "avant" et un "après". Tous les investisseurs institutionnels le disent : l'arrivée des ETF Bitcoin Spot aux États-Unis est un tournant pour le marché des cryptomonnaies. "Beaucoup de banques et de gestionnaires se sentent plus à l'aise avec ce type de produits", souligne Valentin François, gestionnaire de portefeuilles au sein de la société d'investissement Arbevel.

Depuis janvier, des dizaines de banques et de hedge funds ont en effet profité de l'arrivée des ETF pour se positionner. Mais est-ce pour autant le début de "l'institutionnalisation massive" tant vantée par certains ? Pour cela, il manque en réalité encore beaucoup de choses. On fait le point.

👉 Des options et des produits structurés

Les "investisseurs institutionnels" ne sont pas des investisseurs comme les autres. Que ce soit les banques, les hedge funds ou les gestionnaires d'actifs, leur objectif est de générer de la performance sur les marchés pour gagner de l'argent et en faire gagner à leurs clients.

Cette "performance" vient essentiellement de leurs activités de trading. Sauf que le trading chez les institutionnels ne ressemble pas vraiment à celui que l'on connaît chez les particuliers.

"Aucun professionnel ne fait de l'argent sur le long terme en faisant du trading tous les jours. Ça, c'est le truc que l'on voit sur les réseaux sociaux, mais c'est de la flûte", résume un trader professionnel.

En réalité, les institutionnels ont des approches de moyen-long terme où l'objectif est de capter la volatilité des prix d'un actif. "On fixe une stratégie à 3 mois avec une fourchette (plus haut et plus bas) de prix, et nous utilisons des options pour capter les hausses et les baisses dans la fourchette de prix", explique un banquier.

Or si les options sont légion sur les marchés traditionnels, elles le sont beaucoup moins côté cryptomonnaies. "Il y a peu d'options aujourd'hui et lorsqu'il y en a, la liquidité est encore très limitée", indique Benjamin Deplus, investisseur au sein du fonds Breega.

Cette situation est évidemment due à la "jeunesse" du marché et les choses vont se mettre en place progressivement. Actuellement seuls quelques acteurs crypto comme la plateforme Deribit offrent des dérivés sur Bitcoin et Ethereum.

Sinon, ce sont des acteurs plus traditionnels comme le Chicago Mercantile Exchange aux États-Unis ou des sociétés comme CoinShares en Europe. "Le marché des cryptomonnaies pèse à peine 2000 milliards de dollars quand celui des obligations en fait 130.000 milliards", souligne Alexandre Baradez, responsable de l’analyse des marchés au sein de la société d’investissement IG France. "Les choses vont arriver progressivement”, ajoute-t-il.

👉 Un "Terminal Bloomberg" de la crypto

Si les investisseurs individuels utilisent beaucoup les réseaux sociaux et certaines applications pour investir, les institutionnels ont eux besoin d'un système "un peu plus" sophistiqué. La star en la matière sur les marchés traditionnels s'appelle "Bloomberg".

En quelques décennies, la société américaine est devenue incontournable dans le paysage financier. "Tous nos ordres sur les marchés passent par eux", confirme un banquier.

Au-delà des ordres, les fameux "terminaux" de Bloomberg permettent de fixer des prix, de définir des stratégies et surtout d'échanger directement avec les autres acteurs du marché, ce qui n'est pas encore possible dans la crypto. De son côté, Bloomberg n’avance que timidement sur le sujet.

"Aujourd'hui, vous allez traiter tous vos investissements via Bloomberg, sauf justement les cryptomonnaies", explique Valentin François.

Plusieurs acteurs de l'univers crypto se sont lancés sur le créneau. L'Américain Messari essaie de jouer ce rôle, "mais ils en sont encore très loin, notamment en termes de qualité des données", souligne un investisseur crypto.

D'autres sociétés comme le Français Kaiko fournissent quant à eux des données particulièrement fiables, mais leur accès est loin d'être aussi simple que sur Bloomberg. "Si on veut que les institutionnels se mettent vraiment aux cryptomonnaies, il va falloir leur offrir un outil aussi efficace que Bloomberg", martèle Benjamin Deplus.

👉 Plus de confidentialité

L'un des autres points très importants est celui de la confidentialité. Le but d'un hedge fund ou d'une banque est de détecter des écarts et des retours à la moyenne sur des actifs pour se positionner dessus avant les autres.

Le seul problème, c'est qu'en passant par des blockchains et des portefeuilles, les stratégies peuvent devenir assez vite transparentes. "Même si vous divisez vos positions sur plein de portefeuilles, il est possible de remonter les transactions et de repérer le détenteur de plusieurs portefeuilles", explique un banquier.

Plusieurs protocoles se sont évidemment lancés sur ce créneau. Leur objectif ? Permettre aux "gros" portefeuilles de n'être vu que des autres "gros" portefeuilles présents sur le réseau via un système de Know Your Business (KYB). Violet est l'une des applications les plus connues sur le sujet, mais ces acteurs restent encore tout petits.

👉 Une activité encore trop peu régulée

Comme dans tous les domaines qui touchent à la crypto, la question de la régulation n'est jamais bien loin. "Certaines activités sont régulées, mais pas toutes", explique Valentin François.

"Vous allez donc pouvoir acheter une option auprès du CME, mais vous allez peut-être vous retrouver bloqué à cause d'une banque qui ne veut pas traiter avec un gardien de cryptomonnaies ou un échange", ajoute un investisseur. Ce qui complexifie évidemment les opérations. L'arrivée du règlement MiCA devrait commencer à simplifier les choses, même si le chemin devrait encore être un peu long.

Format
Analyses
Raphaël Bloch

Raphaël Bloch est CEO et cofondateur de The Big Whale, une plateforme indépendante d’intelligence de marché sur les actifs numériques, destinée aux acteurs des marchés financiers à travers une couverture éditoriale, de la recherche, un briefing hebdomadaire et des événements en présentiel. Il a cofondé The Big Whale en avril 2022. Au sein de la plateforme, il modère et anime des événements institutionnels réunissant banques, asset managers, custodians et fournisseurs d’infrastructure sur des sujets tels que le staking, l’on-chain yield, les stablecoins, le DeFi lending et la tokenisation. Il a modéré des panels lors d’événements organisés en partenariat avec Bitwise, Everstake, Gemini, Morpho, Hexarq, Coinhouse, Delubac, Franklin Templeton et l’Ethereum Foundation, à Londres et à Paris entre fin 2025 et mi-2026.

Avant de fonder The Big Whale, Bloch a travaillé comme journaliste aux Echos de décembre 2016 à mars 2020, puis à L’Express de mars 2020 à mars 2022. Il a également travaillé auparavant chez Reuters. Depuis septembre 2022, il exerce en parallèle le rôle de Business Analyst chez BFM Business. Il couvre le secteur crypto comme journaliste depuis 2016. Il est diplômé d’emlyon et du CFJ.

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