Plongée dans la stratégie de diversification de Tether
Demandez à UNE IA DE RÉSUMER CET ARTICLE

Tether signe une année exceptionnelle : déjà 10 milliards de dollars de profits sur trois trimestres et un bilan en pleine mutation avec diversification tous azimuts.

Vous avez atteint votre limite de 2 articles gratuits ce mois-ci

La recherche que vos pairs exploitent déjà

The Big Whale donne aux institutions financières la market intelligence, le réseau, et la plateforme pour naviguer avec confiance dans les actifs numériques.
Choisi par plus de 150 institutions financières.

Points clés

  • L’entreprise a réalisé des profits historiques, avec déjà environ 10 milliards de dollars sur les trois premiers trimestres de l’année (4,3 milliards au T3).
  • Tether renforce son bilan en augmentant fortement la part des prêts garantis (+44 % sur un trimestre) et de l’or dans ses réserves.
  • La baisse des taux menace sa rentabilité, mais l’entreprise dispose encore du temps nécessaire pour réduire sa dépendance aux bons du Trésor.
  • Les fonds propres du groupe Tether pourraient atteindre jusqu’à 30 milliards de dollars.
  • Le rendement moyen des investissements gérés par Tether Investments se situe autour de 13 à 14 %.

Introduction

Dans l’écosystème crypto, deux sujets concentrent aujourd’hui toute l’attention : les stablecoins et la tokenisation. Né en 2014 avec l’ambition de devenir la couche de liquidité des actifs numériques (et, à terme, un moyen de paiement natif du web), Tether a rapidement compris le potentiel du marché et s’est imposé comme l’une des entreprises les plus rentables au monde par employé.

Avec 135 milliards de dollars de bons du Trésor selon son dernier audit, Tether n’est plus seulement le mastodonte des stablecoins : c’est aussi l’un des principaux créanciers étrangers des États-Unis, un acteur clé dans le moteur qui soutient la demande de dette américaine.

La période 2022-2024, marquée par la hausse des taux, a dopé sa rentabilité et permis de consolider ses réserves en développant de nouvelles sources de revenus.

En 2025, le cycle s’inverse : la Fed baisse ses taux, les rendements nominaux reculent et les revenus issus des réserves s’érodent. Mais Tether a vu venir le mouvement. Portée par des années de croissance des dépôts et de gains sur ses liquidités, l’entreprise aborde cette phase de ralentissement en position de force, et reste largement profitable.

Le modèle économique de Tether

Tether s’est imposé comme l’un des acteurs les plus rentables du secteur, grâce à un modèle qui repose presque entièrement sur la gestion d’un gigantesque portefeuille de dette américaine.

L’entreprise est aujourd’hui le 17ème détenteur étranger de T-bills, un rang habituellement occupé par des banques centrales ou des fonds souverains.

Au 30 septembre, son dernier audit indépendant fait état de 181 milliards de dollars d’actifs, dont environ 135 milliards investis dans des bons du Trésor américains de moins de 90 jours, directement ou via plusieurs véhicules : money market funds, opérations de reverse repo et placements très liquides assimilés.

Tether privilégie ces produits pour une raison simple : leur liquidité quasi-instantanée. En cas de choc de confiance ou de retrait massif, ces actifs peuvent être convertis en cash dans la journée, ce qui permet à l’entreprise de défendre au mieux le peg 1:1 de l’USDT.

Contrairement à une idée répandue, Tether n’encaisse pas de commissions sur l’usage de l’USDT. Son chiffre d’affaires provient essentiellement d’une catégorie : le rendement généré par les réserves, qui peut se décomposer en plusieurs lignes.

D’abord, les intérêts des T-bills, devenus extrêmement rémunérateurs dans un environnement de taux élevés. Ensuite, les revenus tirés des prêts sécurisés, des repos et reverse repos et d’autres placements à faible risque. Ce sont ces flux qui constituent la base du résultat opérationnel.

À cette couche “sûre”, il faut ajouter un second moteur : les gains latents sur les investissements en bitcoin et en or, que Tether comptabilise en marked-to-market. La société a accumulé plusieurs milliards de dollars en Bitcoin et en or ces dernières années. Lorsque les prix montent, la valeur de ces réserves gonfle mécaniquement ses profits.

Lorsque les prix baissent, l’effet inverse est possible, mais à ce stade l’entreprise bénéficie d’une importante marge de sécurité.

La récente baisse des taux directeurs de la Fed réduit légèrement les rendements sur les T-bills, mais sans remettre en cause l’équation globale. Tant que l’offre d’USDT continue de croître (et elle a dépassé les 180 milliards de dollars en circulation) Tether collecte toujours plus de dépôts, donc toujours plus d’actifs à placer. Avec un taux moyen de rendement même modéré, l’entreprise reste assise sur un modèle qui imprime mécaniquement du revenu.

Tether’s Balance Sheet

L’impact de la baisse des rendements sur les T-Bills

La Fed a enclenché en septembre un cycle de détente monétaire qui pourrait ramener le Fed Funds Rate autour de 3,5 % d’ici la fin de l’année ou début 2026 (contre 3,75–4 % aujourd’hui). Pour les émetteurs de stablecoins indexés sur le dollar (dont la rentabilité dépend directement du rendement des T-Bills) le choc est immédiat.

Les marchés obligataires ont déjà anticipé cette trajectoire. Les rendements des bons du Trésor à 1 mois, 2 mois et 3 mois se situent désormais à 3,945 %, 3,891 % et 3,858 %. Si l’on se base sur le taux à deux ans comme indicateur avancé, cela équivaut à une baisse potentielle de 18,6 % par rapport aux niveaux observés au deuxième trimestre.

Cette compression des taux met forcément la pression sur Tether. Les rendements vont diminuer : la seule inconnue porte désormais sur l’ampleur de la baisse.

Jusqu’ici, l’entreprise a compensé en élargissant encore son exposition aux T-Bills. Les revenus provenant exclusivement de ces titres ont progressé de 59 millions de dollars entre le deuxième et le troisième trimestre, contre 35 millions entre le premier et le deuxième. La raison : une hausse de 7,63 % de l’allocation en T-Bills au T2, contre 4,10 % au T1.

Mais cette stratégie atteint ses limites. Pour maintenir son rythme actuel, Tether doit continuer à augmenter son portefeuille obligataire d’au moins 6 % par trimestre, comme en 2025. Si les taux tombent effectivement vers 3,75–3,5 %, sans hausse supplémentaire d’allocation, l’entreprise pourrait générer 30 millions de dollars de moins qu’au troisième trimestre — et jusqu’à 150 millions de moins si les taux étaient restés à leurs niveaux précédents.

Pour l’instant, Tether a absorbé la baisse des rendements grâce à la croissance de ses réserves liquides. Le vrai test viendra en 2026 : si les taux repassent sous les 3 %, chaque réduction de 50 points de base viendra rogner significativement les revenus issus des réserves. Rien qui ne menace la couverture de l’USDT, mais assez pour réduire la capacité de Tether à investir, diversifier son bilan ou maintenir le rythme actuel de ses projets annexes.

Variation des revenus de Tether due aux baisses de taux - Source : rapport d'attestation de Tether, U.S. Treasury Fiscal Data

>> Quel sera l'impact des baisses de taux sur la rentabilité de Tether et Circle ?

L’approche diversifiée et l’avantage concurrentiel de Tether

Le rendement des réserves liquides de l’USDT ne sert pas seulement à générer des profits : il alimente une vaste stratégie d’investissement pilotée par Tether Investments. Grâce à ces bénéfices, le groupe finance des projets dans des secteurs très variés (IA, mining Bitcoin, énergies renouvelables, blockchains, streaming) tout en gardant des positions dans des activités plus traditionnelles et stables comme l’agro-industrie.

En septembre 2025, Tether aurait aussi lancé une tournée de levée de fonds de 15 à 20 milliards de dollars, qui valoriserait le groupe autour de 500 milliards (environ 3 % du capital). L’objectif : développer le futur stablecoin USAT, conforme au GENIUS Act, et accélérer les investissements dans l’IA.

>> Tether, bientôt valorisé 500 milliards de dollars ?

Tether Investments fonctionne grâce aux fonds propres du groupe et aux profits cumulés par sa maison-mère. Chaque fin d’année, Tether verse un dividende interne correspondant à ses profits, entièrement transféré à la filiale d’investissement. Pour 2024, ce montant a atteint 10,255 milliards de dollars.

Tether Investments opère ensuite comme un véritable fonds de capital-risque : investissements sur 3 à 5 ans, prises de participation majoritaires ou minoritaires, valorisations fortement décotées, et recherche de rendements internes pouvant grimper jusqu’à 40 %. À la sortie, le groupe vise souvent des multiples d’au moins x5 sur les revenus ou les résultats des sociétés financées.

Les principaux investissements

Rumble : 775 millions de dollars

C'est le plus gros pari de Tether. Le groupe a investi 775 millions de dollars fin 2024 pour environ 48 % du capital de Rumble, une plateforme de streaming vidéo, d'hébergement et de cloud. Objectif stratégique : exploiter les 50 millions d'utilisateurs pour pousser l'adoption du stablecoin USAT via un wallet natif.

À ce stade, la position accuse toutefois un recul de 23 % fin 2025.

Adecoagro : 600 millions de dollars

Deuxième mouvement majeur : un ticket de 600 millions de dollars dans ce géant sud-américain actif sur plus de 200 000 hectares en Argentine et au Brésil. L'entreprise combine activités agricoles, énergies renouvelables et tokenisation d'actifs, avec une capacité énergétique de 1,1 million de MWh via panneaux solaires et biomasse (notamment canne à sucre). Tether y trouve une diversification à rendement plus stable.

Twenty One : 25 000 BTC (environ 2,9 milliards de dollars)

Tether a injecté l'équivalent de 2,9 milliards de dollars dans l'achat de 25 000 BTC via la structure Twenty One (une Bitcoin Treasury Company), lui donnant plus de 50 % du capital. L'opération ne génère pas de revenus directs, mais constitue un pilier stratégique de son exposition au Bitcoin.

L'offensive IA et les paris L1

Tether investit massivement dans l'IA avec QVAC, une plateforme interne visant à décentraliser l'intelligence artificielle via un réseau peer-to-peer, loin des architectures cloud centralisées. Le groupe défend une IA open source, adossée à une couche blockchain pour sécuriser les transactions.

Au total, la branche venture de Tether prévoit d'allouer environ 5 milliards de dollars au développement de son portefeuille IA.

Côté infrastructures blockchain, Tether a participé au financement de Plasma, une Layer 1 lancée en juin, après deux tours ayant levé 28 millions de dollars. Son CEO Paolo Ardoino apparaît au capital comme angel investor.

Un investissement dans le football

Parmi les investissements plus exotiques, Tether détient désormais 11,5 % du club de football de la Juventus Turin. L'intérêt réel de cette participation dans la prestigieuse équipe italienne reste flou, mais elle pourrait servir de levier de soft power, à l'image de la stratégie du Qatar avec le Paris Saint-Germain.

Après une longue bataille, Tether a obtenu un siège au conseil d'administration début novembre.

L’analyse de The Big Whale

Tether n'a jamais été une entreprise à croissance explosive. Sa force repose sur un modèle d'une stabilité remarquable, patiemment construit, qui lui permet aujourd'hui de figurer parmi les sociétés les plus rentables au monde par employé. Dépasser les 10 milliards de dollars de bénéfices sur l'année envoie un signal clair : malgré la baisse des taux, la diversification du bilan porte ses fruits.

Là où Circle concentre la quasi-totalité de ses réserves dans les bons du Trésor américain, Tether adopte une stratégie plus diversifiée : prêts garantis en forte expansion, or, Bitcoin, investissements venture dans la tech, l'IA, les blockchains et l'agriculture. Cette approche offre une plus grande marge de manœuvre face à l'érosion des rendements obligataires.

Cette stratégie comporte des zones de vulnérabilité. Les investissements venture exigent des performances élevées (tant en taux de retour interne qu'en multiples) pour créer de la valeur. De mauvais arbitrages, des conditions de marché défavorables ou une exécution approximative peuvent rapidement détériorer une position.

Mais la trajectoire reste cohérente. En élargissant son bilan, en maintenant la croissance des dépôts, en préservant l'ancrage de l'USDT et en évitant qu'un actif périphérique ne fragilise l'ensemble, Tether se place progressivement dans une catégorie unique. Si la tendance se confirme, l'entreprise pourrait bien devenir la plus rentable du monde par collaborateur.

>> Briefing des stablecoins au T3 2025

>> Découvrez notre Stablecoin Dashboard

Format
Analyses
Aleksandar Bukovski

Aleksandar Bukovski est Lead Analyst chez The Big Whale, où il est spécialisé dans la finance décentralisée et les crypto-actifs. Ses publications chez The Big Whale couvrent notamment les stablecoins, la finance tokenisée, les protocoles DeFi, le minage de Bitcoin et l’adoption institutionnelle des actifs numériques. Il anime également le Market Call, un format récurrent d’analyse de marché produit par The Big Whale.

Avant de rejoindre The Big Whale en février 2025, Bukovski a passé cinq mois comme Research Analyst chez The Block, une société de services d’information spécialisée dans la crypto, où il indiquait se concentrer sur la tokenisation. Il est titulaire d’un diplôme d’ingénieur en finance et gestion financière ainsi que d’un master en gestion des investissements, tous deux obtenus à la Faculté des sciences techniques de l’Université de Novi Sad, en Serbie.

See all articles ↗
Abonnez-vous à The Drop
Le briefing hebdomadaire de référence sur les actifs numériques pour les institutions financières : analyses indépendantes, rapports, benchmarks et événements exclusifs, directement dans votre boîte mail.
Lu par 30 000 professionnels
12-13 novembre 2026

The Geneva Summit

Le Corporate Gateway : là où l'avenir de la finance onchain se décide.
300 décideurs triés sur le volet.
300
Décideurs
2 jours
Programme complet