TL;DR
- Les stablecoins déplacent déjà de l'argent réel, surtout en coulisses : le trading crypto fait vivre des émetteurs comme SG-FORGE, tandis que les paiements transfrontaliers B2B tournent à l'échelle de la production dans les systèmes des PSP.
- La fragmentation est durable : il faut s'attendre à des centaines de stablecoins et à des marges d'émetteurs proches de zéro, ce qui avantage les banques.
- Ordre de déploiement : d'abord les paiements transfrontaliers B2B, ensuite la gestion de trésorerie, le paiement en caisse en dernier.
- Les projets bancaires mettent environ trois ans à atteindre les clients : les intervenants ont exhorté les acteurs en place à commencer maintenant, avec des partenaires.
- Il n'existe pas de meilleure forme de monnaie numérique : stablecoins, dépôts tokenisés et monnaie de banque centrale arbitrent entre risque de contrepartie et accessibilité, et des dépôts tokenisés construits banque par banque risquent de recréer des jardins clos.
- L'état final reste ouvert, mais Kraken s'attend à ce que la négociation d'actions américaines 24h/24 d'ici 12 mois pousse les teneurs de marché vers un règlement en stablecoins.
Intervenants
Panel 1 : Stablecoins in Practice: Where They Actually Move Money Today
- Stéphanie Cabossioras, Chief Strategy chez Société Générale Forge
- Clarisse Hagège, Founder & CEO chez DFNS
- Mark Greenberg, Chief Commercial Officer chez Payward Services (Kraken)
Panel 2 : Build or Buy: Should You Launch Your Own Stablecoin, or Just Use One?
- Severin Kranz, Head of Business Development chez 21X
- Julien Clausse, Head of AssetFoundry chez BNP Paribas
- Thibault Pelé, Head of Innovation & New Products chez Worldline
Les deux panels étaient modérés par Raphaël Bloch, CEO de The Big Whale.
Panel 1 · Le trading crypto paie les factures ; c'est dans les paiements B2B que les stablecoins passent à l'échelle
SG-FORGE est arrivée aux stablecoins après avoir tokenisé des obligations dont la jambe espèces se réglait encore avec deux jours de retard. Sur ses trois cas d'usage (trading crypto, paiements transfrontaliers avec Société Générale, règlement de titres avec des infrastructures comme Euroclear, DTCC et SWIFT), Stéphanie Cabossioras a indiqué que seul le trading crypto rapporte de l'argent aujourd'hui, et qu'un émetteur sans activité rentable « finit par mourir ».
Les paiements rattrapent vite leur retard :
- Kraken signe un nouveau PSP presque chaque semaine pour des paiements transfrontaliers sur rails crypto, alors que la plupart des PSP étaient réticents il y a un an (Mark Greenberg)
- Chez DFNS, les PSP forment le premier groupe de clients et changent de rails dans leurs systèmes sans le dire à leurs clients, tout en baissant leurs prix (Clarisse Hagège)
- Les banques suivent un cycle de trois ans (budget, fournisseurs, production) : les nombreux appels d'offres reçus par DFNS en 18 mois devraient se traduire en offres bancaires d'ici deux ans environ
Panel 1 · La fragmentation est durable, et les marges des émetteurs vont vers zéro
Presque tout le volume reste en dollars. Mark Greenberg, « grand fan des banques qui lancent des stablecoins », les préfère aux dépôts tokenisés, qui ne peuvent pas freiner la fuite des dépôts depuis un jardin clos. Sa lecture :
- Les revenus des émetteurs tomberont à zéro à mesure que les stablecoins deviennent interchangeables, au profit de ceux qui gagnent de l'argent sur des activités annexes, comme les banques
- Les prestataires de paiement doivent prévoir des centaines de stablecoins dans de nombreuses devises : « nous ne travaillons qu'en USDC » ne tiendra pas
Panel 1 · L'infrastructure vient avant l'adoption
Les institutions qui arrivent aujourd'hui veulent des rails d'actifs numériques intégrés à leurs systèmes existants, pas une pile séparée : c'est pourquoi DFNS s'est repositionnée comme système de core banking. Clarisse Hagège a comparé la période aux débuts d'internet, quand la bataille des standards et des écosystèmes fermés comme AOL ont retardé l'adoption jusqu'à ce que l'infrastructure fonctionne. Stéphanie Cabossioras a illustré l'effort avec un flux Europe–Japon que construit Société Générale, qui suppose des wallets dans chaque entité et une conversion de l'euro vers le yen via le fiat ou un stablecoin yen : « si vous commencez dans deux ans, il sera trop tard ».
Panel 1 · D'abord le B2B, ensuite la trésorerie, le paiement en caisse en dernier
- Les paiements transfrontaliers B2B d'abord, car la contrepartie n'a pas besoin de savoir qu'un stablecoin a été utilisé
- La gestion de trésorerie attend les banques, peu de trésoriers étant prêts à conserver eux-mêmes leurs actifs, même si des éditeurs de TMS commencent à ajouter des rails stablecoins et des fonds monétaires tokenisés. Clarisse Hagège pense que la trésorerie portera les stablecoins hors dollar
- Le paiement en caisse en dernier : il suppose des wallets entre les mains des consommateurs, et « cette partie du processus fonctionne déjà plutôt bien » (Mark Greenberg)
Mark Greenberg a ajouté que les utilisateurs ne se soucieront jamais du chemin d'un paiement : les POC fondés sur des clients qui choisiraient « mon stablecoin » dans un jardin clos échoueront, le vrai chantier est l'interopérabilité. Stéphanie Cabossioras a noté que l'innovation part désormais du détail vers le marché de gros, à l'inverse des décennies passées.
Panel 1 · Commencer maintenant et construire avec des partenaires, car les actions 24h/24 vont forcer le mouvement
Le conseil de Mark Greenberg aux acteurs en place : commencer maintenant, lancer un vrai stablecoin plutôt que des dépôts tokenisés qui restent « surtout théoriques », et travailler avec des partenaires en prévoyant des briques qui n'existent pas encore, car « ce que vous écrivez aujourd'hui dans vos appels d'offres ne sera pas l'état final ». Sa prévision : les actions américaines se négocieront 24h/24 et 7j/7 d'ici 12 mois, et comme les banques ne règlent pas le week-end, les teneurs de marché passent déjà aux stablecoins. Stéphanie Cabossioras attend le plus grand gain de l'allocation automatisée de la liquidité, qui libérerait le capital aujourd'hui immobilisé en garantie.
Panel 2 · Il n'existe pas de meilleure forme de monnaie numérique
Julien Clausse, qui dirige AssetFoundry chez BNP Paribas CIB, a posé le choix comme un arbitrage entre risque de contrepartie et accessibilité : les stablecoins (émetteur privé, forte accessibilité), la monnaie de banque centrale (aucun risque de contrepartie, accessibilité plus faible) et les dépôts tokenisés entre les deux. Ils peuvent se combiner, avec des dépôts tokenisés le long de la chaîne de valeur et un stablecoin pour le dernier kilomètre, mais on ne règlerait pas une obligation d'un million d'euros en stablecoins. Sur les marchés de gros, le segment des stablecoins reste petit et surtout crypto.
Panel 2 · Les commerçants veulent des stablecoins pour les reversements et la trésorerie, pas pour l'encaissement
Worldline observe une demande pour les stablecoins plutôt que pour les dépôts tokenisés, que Thibault Pelé considère comme le registre interne d'une banque. Les commerçants européens les veulent pour les reversements et les paiements B2B à leurs fournisseurs, tandis que l'acceptation en caisse intéresse surtout les jeux vidéo, les jeux d'argent et le luxe. Un groupe hôtelier mondial, par exemple, préfère être réglé en stablecoins dans certains pays pour pouvoir en sortir sa trésorerie facilement.
Panel 2 · Les dépôts tokenisés risquent de recréer des jardins clos
Severin Kranz a prévenu que chaque banque construit « son propre petit jardin », alors que les stablecoins circulent librement : la solution passe par une couche technologique commune et des standards. Thibault Pelé a ajouté que relier des blockchains privées par des HTLC revient presque à connecter des systèmes par des API, d'où le choix de Worldline de rester agnostique et de router chaque paiement par le meilleur chemin. Les réserves de Julien Clausse :
- Le règlement exige la jambe titres et la jambe espèces sur le même réseau, et la jambe titres tokenisée reste naissante : « nous n'y sommes pas encore »
- Ce qui se passe avant et après un transfert (comptabilité, KYC, fiscalité) limite le champ des stablecoins, et les fonds monétaires tokenisés font le pont pour les trésoriers parce qu'ils sont rémunérés
21X, autorisée dans le cadre du régime pilote DLT européen, peut régler en stablecoins, en dépôts tokenisés ou en monnaie de banque centrale, et s'attend à ce que les stablecoins l'emportent comme option la plus liquide. Severin Kranz a critiqué les dispositifs européens de règlement de gros qui laissent les soldes sur TARGET2 : le marché a besoin d'une monnaie de banque centrale dotée de l'utilité d'un stablecoin.
Panel 2 · La pile monétaire idéale, et le débat sur la fragmentation
- Julien Clausse : « aujourd'hui, c'est le fiat », et tokeniser les titres, puis le cash, « prendra des années »
- Severin Kranz : les fonds monétaires tokenisés deviendront le moyen de règlement, les participants restant investis 24h/24
- Thibault Pelé : une couche mondiale sur le modèle du Finternet décrit par la BRI, et une leçon de Tesla : construire les bornes de recharge, c'est-à-dire apporter les cas d'usage avec le stablecoin
Sur les stablecoins bancaires, Julien Clausse s'attend à une explosion suivie d'une consolidation, et juge les consortiums bancaires adaptés aux marchés institutionnels. Severin Kranz a averti que chaque émetteur privé fragmente la liquidité, ce qui ramène le marché « à l'époque où un dollar n'était pas un dollar », et s'attend à l'émergence de standards porteurs de confiance et de liquidité.
Conclusion
Miami a montré un marché passé de la question « les stablecoins fonctionnent-ils ? » à celle de l'architecture à bâtir autour. L'argent circule déjà dans le trading crypto et les paiements transfrontaliers B2B ; la gestion de trésorerie attend les banques, et le paiement en caisse vient en dernier. La question « construire ou acheter » n'a pas de réponse unique, et les solutions construites banque par banque risquent de recréer les jardins clos que la technologie devait supprimer. Les deux panels se sont accordés sur la contrainte clé, l'interopérabilité, et sur le calendrier : les projets bancaires prennent des années, alors que les actions américaines négociées 24h/24 pourraient imposer le règlement en stablecoins d'ici douze mois. Les institutions qui commencent maintenant, avec des partenaires, fixeront les standards.


.png)
.png)












%201.png)
%201.png)









%201.png)


